| 27-11-2007 TRIBUNE : Lettre ouverte au Président Nicolas Sarkozy |
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Pour un règlement politique de la question arménienne au sein de l’Union européenne. Monsieur le Président, Votre discours du 13 novembre 2007 devant le Parlement européen a fait honneur à la France et a dépassé les clivages politiques. Vous avez défendu votre vision de l’Europe et de son avenir. Vous avez eu ainsi raison de rappeler que « le non à la Constitution européenne n’était pas l’expression d’un refus de l’Europe mais l’expression d’une plus grande exigence à son égard ». C’est en effet parce que l’Europe a failli à sa parole donnée aux citoyens d’origine arménienne le 18 juin 1987, c’est parce que l’Europe a accepté l’ouverture de négociations d’adhésion avec la Turquie sans lui fixer comme condition la reconnaissance du crime de génocide commis contre les populations arméniennes de l’Empire ottoman, qu’elle a créé une désespérance chez certains et un besoin d’exigence chez beaucoup. A l’orée de la signature du Traité simplifié, il nous semble important de ne pas faire la même erreur. Si nous voulons redonner espoir dans l’Europe aux Français d’origine arménienne, la clarification de la position de la France à l’égard du processus d’adhésion de la Turquie s’impose. La France doit appeler la Turquie à reconnaître le génocide arménien. Il s’agit là d’un devoir et une obligation de clarté de la France à l’égard de la Turquie car comme vous l’avez dit « L’Europe doit pouvoir débattre de tout …. ou alors ce n’est pas la peine de parler d’une Europe démocratique ». Comme vous, nous pensons que nous pouvons parler de tout, y compris avec la Turquie. Le peuple turc vit dans la désinformation et subit la politique négationniste de ses gouvernements successifs, entretenant ainsi la haine à l’égard des Arméniens. Certes, des voix favorables à la reconnaissance du génocide arménien s’élèvent aujourd’hui en Turquie, encore ultra-minoritaires mais qui ne demandent qu’à être encouragées pour peu que l’Europe et les Etats européens ne se compromettent pas dans le silence complice avec les autorités turques. C’est pourquoi nous avons la conviction qu’il faut tenir à la Turquie le langage de la vérité et du courage politique et lui dire que tôt ou tard (mais mieux vaut pour elle tôt que tard), il lui faudra reconnaître le crime de génocide commis contre le peuple arménien que ce soit pour devenir partenaire privilégié comme vous le souhaitez ; a fortiori comme membre comme le souhaite aujourd’hui la Commission européenne. Il n’est pas bon pour reprendre votre expression de ne pas « tout mettre sur la table » car si on est des amis « on a le droit de tout se dire ». Alors oui je crois que si vous voulez être fidèle à vos propos, vous devez dire à la Turquie qu’elle devra reconnaître le génocide des Arméniens et le lui dire publiquement. A cet égard, vous avez également eu raison de rappeler que l’Europe est « Une espérance de paix, de fraternité et de progrès né des grandes tragédies du 20ième siècle » qui rassemble autour de ces valeurs tous les Européens convaincus comme je le suis et comme le sont beaucoup des mes concitoyens français d’origine arménienne. Mais cette espérance impose à l’Europe, nous impose de facto une exemplarité sans faille pour être cette « Europe des droits de l’Homme » que vous évoquez : « les droits de l’Homme font partie de l’identité européenne. Partout dans le monde, chaque fois qu’un être humain est opprimé, qu’un homme est persécuté, qu’un enfant est martyrisé, qu’un peuple est asservi, l’Europe doit se trouver à ses côtés, parce que l’Europe des droits de l’Homme doit être fidèle à elle même et c’est à l’Europe de porter la question des droits de l’Homme dans toute les régions de l’Homme ». Alors oui, l’Europe doit être aux cotés du peuple arménien. Vous devez être aux côtés du peuple arménien dans l’exigence de justice qu’il exprime. Il ne s’agit pas là d’un acte historique (les historiens internationaux se sont depuis longtemps mis d’accord sur la réalité du génocide des Arméniens à l’exception de quelques négationnistes) mais d’un acte politique, peut être l’acte politique fondateur de la nouvelle Europe. « Ces mots sont des défis. Ces défis sont ceux que nos concitoyens attendent que l’Europe fasse…. Nous n’avons plus de temps pour que les peuples européens reprennent confiance dans l’Europe ». Oui ces mots, ces défis les Français d’origine arménienne les attendent de votre part pour reprendre confiance dans l’Europe et ne plus désespérer dans la parole politique et dans la diplomatie européenne. Vous avez même ajouté « tout ceux qui ont fait l’expérience de renoncer à la défense des droits de l’Homme au bénéfice de contrats, n’ont pas eu les contrats et ont perdu sur le terrain des valeurs ». Arrivé à ce stade, nous vous prenons aux mots. Nous attendons de la France qu’elle ne perde pas sur le terrain des valeurs. Nous attendons de la France, notre terre de naissance et d’intégration pour laquelle certains de nos parents sont morts en la défendant, qu’elle soit fidèle à ses valeurs, ses principes humanistes et au rôle politique qu’elle a joué aux côtés des Arméniens, que ce soit déjà en 1896 avec Jaurès que vous citiez pendant votre campagne présidentielle ou que ce soit plus près de nous par la loi du 29 janvier 2001, que vous aviez votée en première lecture, en tant que député le 29 mai 1998. La France ne peut avoir deux discours, l’un formidable devant les institutions européennes, l’autre médiocre dès lors que l’on revient dans les arcanes de la diplomatie. La France et l’Union européenne que vous vous préparez à présider doit donc exiger de la Turquie, et pourquoi pas à votre initiative dès le prochain Conseil européen du 14 décembre 2007, la reconnaissance du génocide arménien comme une condition « sine qua non » de son adhésion et la faire figurer dans un des chapitres des négociations. Il en va de la crédibilité de l’Europe, de la crédibilité de la France et de votre crédibilité après un discours européen sur lequel nous ne demandons qu’à pouvoir vous suivre s’il se traduit par des actes concrets qui sont la seule réponse qui pourra redonner de l’espérance à nos concitoyens dans leur avenir européen. Dans l’attente de pouvoir vous entretenir rapidement sur cette question, je vous prie de croire monsieur le Président de la République en l’assurance de ma haute considération et en celle des citoyens européens d’origine arménienne qui seront le 14 décembre 2007 devant le Conseil européen, attentifs à vos propos et aux engagements de l’Europe à l’égard de leur mémoire meurtrie. Pour le CDCA le Président Harout Mardirossian Vous pouvez retrouver le discours inextenso du Président Nicolas Sarkozy devant le Parlement européen en cliquant sur le lien suivant : Elysee.fr discours- Parlement européen 13/11/2007 |
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