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Identité & Diaspora

25-01-2005
Le conflit du Haut-Karabagh : les enjeux de la médiation internationale

C’est en 1918 pour la première fois qu’au lendemain de sa création et appuyée par l’armée turque d’occupation, l’Azerbaïdjan réclame le Haut Karabagh ; en dépit des massacres et des destructions accomplies dans la foulée du génocide perpétré de l’autre côté de la frontière, la résistance farouche de la population arménienne majoritaire, empêche alors son annexion.
A la fin de la première guerre mondiale, la communauté internationale déclare la région «territoires disputés» dans l’attente de la Conférence de la Paix. En décembre 1920, l’Azerbaïdjan soviétique accepte la cession du Haut Karabagh à l’Arménie soviétique, approuvée par la Ligue du Conseil des Nations (1). Mais en 1921, le bureau caucasien du CC du PC russe, offre «la région autonome du Haut- Karabagh » à la RSS d’Azerbaïdjan.
Le règne azéri se distingue par des discriminations qui maintiennent la région en état d’insurrection permanente ; la politique de « désarménisation », réussit au Nakhitchevan mais donne peu de résultats au Haut Karabagh : pourtant, le pourcentage de la population arménienne tombe de 94,4% en 1921 à 75,9% en 1987. Les demandes de rattachement à l’Arménie surgissent à intervalles réguliers par des pétitions et des manifestations, mais les protestataires sont liquidés ou déportés.
En 1988, le Haut Karabagh réclame son rattachement à l’Arménie ; bien que formulée dans le respect du Droit soviétique, la revendication est réprimée par des pogroms d’Arméniens à Soumgaït et à Kirovabad, probablement organisés par les autorités azéries, suivis de l’évacuation de force de dizaines de villages et la déportation de leurs habitants dans l’inévitable cycle répression- autodéfense.
Le 2 septembre 1991, devant la déclaration d’indépendance de l’Azerbaïdjan, le Karabagh s’en sépare et reste au sein de l’URSS en vertu de la loi en vigueur sur la sécession des provinces autonomes. Le 2 novembre 1991 l’Azerbaîdjan supprime le statut d’autonomie du Haut Karabagh et déclenche les opérations militaires. Les appels des populations arméniennes assiégées de 1991 à 1993 restent sans réaction de la communauté internationale.
Le référendum du 10 décembre 1991 légitime l’indépendance du Haut Karabagh.
En mai 1992, les forces arméniennes prennent la ville de Chouchi pour mettre fin aux bombardements des civils et ouvrent le couloir humanitaire de Latchine. Puis, l’union victorieuse des armées azerie et russe en 1992 se défait, et l’Azerbaïdjan perd début 1993 des batailles importantes face aux forces arméniennes qui occupent une bande de territoires supplémentaires autour de la région, en prévision des négociations futures. Dans cette situation, le cessez le feu est signé 1993 en confirmé en 1994.
La CSCE, décide en mars 1992 de la tenue d’une conférence de paix à Minsk, et forme un groupe de 9 pays, dont la Russie, la Turquie, la France et le Etats Unis, chargé de faire des propositions. Celles-ci succèdent aux initiatives de la Russie jusqu’à la présidence tripartite française, russe et américaine en 1997.
On distingue deux grandes périodes dans le processus de Minsk.

- De 1992 à 1997 les plans de paix s’inspirent de manière univoque de la prééminence de l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan, et se heurtent au refus de la partie arménienne qui fait valoir son droit à l’autodétermination. Pendant cette période, les co- présidents proposent une « large autonomie » au Haut Karabagh, dans une série de plans de paix «par étapes» qui remettent à plus tard la question cruciale du statut du territoire. En 1997, contournant l’OSCE, les USA intensifient les pressions sur le président arménien Ter Petrossian pour obtenir un accord à la cession à l’Azerbaïdjan des territoires sous contrôle arménien; mais loin d’aboutir, ces pressions précipitent la chute de Ter Petrossian et son remplacement à la tête de l’état arménien par Robert Kotcharian, ex - président du Haut Karabagh.

- La deuxième période est caractérisée par les USA jouant un rôle des plus dynamiques ; c’est aussi la période où les médiateurs abandonnent le raisonnement fondé sur les principes du Droit international, à savoir, l’autodétermination et l’intégrité territoriale qui avaient amené les discussions dans l’impasse. Les propositions deviennent pragmatiques, et les solutions par étapes laissent la place à des plans globaux qui sortent des sentiers battus. C’est ainsi qu’en 1998, la proposition originale de l’« état commun » entre le Karabagh et l’Azerbaïdjan, est acceptée par l’Arménie et le Karabagh, mais rejetée par l’Azerbaïdjan.

Commence alors le processus de rencontres entre Robert Kotcharian et Heidar Aliev , qui se formalise à Paris sous l’égide de Jacques Chirac, début 2001 : les deux présidents arménien et azéri, doivent s’accorder sur un paquet de mesures permettant une solution finale au conflit, sous l’égide des pays de la co- présidence. En avril, aux rencontres de Key West aux USA, un plan est accepté par les deux présidents sous la bénédiction de Colin Powell, mais dénoncé par Aliev dès son retour au pays en proie aux déclarations guerrières de rigueur en période pré-électorale.

Motivé par la levée du dernier obstacle à l’extension de son influence sur les richesses énergétiques d’Asie Centrale, les USA semble être le protagoniste le plus préoccupé par une solution rapide du conflit. La dynamique régionale pousse au contraire en faveur d’une prolongation du conflit. La Russie tente exerce des pressions afin de ramener l’Azerbaïdjan dans son giron ; la Turquie et l’Azerbaïdjan comptent sur l’intégration européenne de la première et les importants revenus pétroliers de Baku-Ceyhan pour reprendre le Karabagh par la force. Pour la partie arménienne, la prolongation du conflit œuvre en faveur de la pérennisation de l’indépendance «de facto» du Karabagh, Enfin, l’Iran veut repousser le danger des revendications d’annexion du nord ouest du pays à l’Azerbaïdjan et juguler les visées séparatistes de sa population turcophone (40 % des habitants).
Aujourd’hui, l’avènement du règne d’Ilham Aliev, crée de nouvelles incertitudes pour le processus de paix : Aliev le fils, n’a pas renoncé à la rhétorique guerrière, dénonce «l’incapacité» de l’OSCE à trouver une solution, et tente de déplacer son règlement vers des instances où le facteur pétrolier et l’influence de la Turquie joueraient en faveur d’une annexion pure et simple du Haut Karabagh.

(1) Résolution de l’Assemblée de la Ligue du Conseil des Nations du 27 janvier 1921 – mémorandum du secrétaire général

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L’Histoire

Territoire disputé depuis la création de l’état de l’Azerbaïdjan et l’indépendance de l’Arménie en 1918, le Haut Karabagh, est un massif montagneux d’une superficie de 4388 Km2 à l’extrémité orientale du plateau arménien. L’appartenance du Karabagh, (Artsakh en Arménien) aux différents royaumes d’Arménie dès la haute antiquité, attestée par de nombreuses sources, dont les auteurs grecs et romains (1) et des sources historiques arméniennes (2) est contestée par les historiens azéris qui ont tenté de démontrer qu’il a appartenu à l’Albanie du Caucase, qui serait l’ancêtre de l’Azerbaïdjan.

1) Strabon, Pline l’Ancien, Plutarque, Ptolémée, Dion Casius
2) Agathange, Korioun, Pavstos Buzand, Moîse de Khorène


 
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