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26-05-2005
QUID et génocide arménien : la presse en parle.

25 mai 2005, LE FIGARO, par Cécilia Gabizon
http://www.lefigaro.fr

JUSTICE L'éditeur publie les thèses officielles turques
Le Quid jugé pour négation du génocide arménien

Gorune est un petit-fils de rescapés arméniens. Il porte en lui l'histoire de ses grands-mères, l'une laissée pour morte parmi les cadavres, l'autre violée au cours de la déportation dans le désert. Gorune sait l'apaisement impossible tant que la Turquie niera le génocide. Comme lui des centaines d'Arméniens regroupés dans le Comité de défense de la cause arménienne (CDCA) tentent de contrer les thèses négationnistes. En 2003, ils ont ainsi porté plainte contre le Quid, accusé de faire prévaloir la version turque et de présenter le génocide comme une «interprétation arménienne» de l'histoire. L'Union des étudiants juifs de France, J'accuse, et Mémoire 2000 se sont joints à la procédure que la justice doit trancher cet après-midi.

Tout commence en 2002, lorsque des associations juives assignent le Quid en justice pour avoir publié les chiffres du négationniste Faurisson. Marc Knobel, président de J'accuse, alerte les associations arméniennes car, dit-il, «le Quid utilisait les mêmes procédés, publiant de pseudo-travaux scientifiques pour minimiser le nombre de morts arméniens et nier le génocide».

Au-delà des estimations des victimes, variant entre 1,2 million «selon des Arméniens» et 300 000 selon Ankara, le Quid explique dans la rubrique «Histoire de la Turquie» : «1915... Transfert d'Arméniens vers les provinces méridionales de l'Empire ottoman (collaborent avec la Russie) nombreux décès (épidémie, maladie) pendant le voyage.» Cette description occulte totalement la planification de l'extermination, s'insurgent les associations arméniennes. Le directeur général du Quid, Fabrice Frémy, s'en défend : «Nous évoquons à plusieurs reprises le génocide», en renvoyant au chapitre sur l'Arménie.

De fait, le Quid mentionne la décision du Tribunal permanent des peuples en 1984, ou encore la loi française du 29 janvier 2001 qui reconnaît le génocide. Mais toutes les entrées sur ce printemps 1915 – négation des massacres comme éléments à charge – semblent sur le même plan. Pis encore, jugent les associations arméniennes, la version turque est valorisée dans un large encadré. «C'est comme si l'on donnait la parole aux nazis sur la Shoah», s'insurge Harout Mardorissian, président du CDCA.

Leur avocat, Me Bernard Jouanneau, propose de remplacer le chapitre sur la «position turque» par un texte explicite : «La question arménienne est aujourd'hui réglée par la reconnaissance du génocide de 1915 par les historiens. Néanmoins, la Turquie continue de nier sa responsabilité dans le génocide arménien.»

Dans ses conclusions, le procureur n'a pas suivi cette suggestion. Il estime que la diversité des points de vue vaut objectivité historique. Pour autant, les associations arméniennes veulent croire que la justice retiendra «l'atteinte à la dignité humaine». Elles entendent également proposer à la rentrée un amendement pour punir la négation du génocide arménien. Pour l'instant, seule celle de la Shoah est illégale.

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Le directeur du Quid invoque la liberté d'opinion
Fabrice Frémy : «Ce n'est pas aux juges de dire l'histoire»

[25 mai 2005]

LE FIGARO. – Les associations arméniennes disent que vous relayez la thèse turque selon laquelle il n'y a pas eu de génocide ?

Fabrice FRÉMY. – Nous ne pouvons occulter la position de la Turquie, Etat de droit aux portes de l'Europe. Le grand public doit connaître tous les éléments du débat. Ailleurs, dans la section Arménie, nous donnons le chiffre avancé par les Arméniens de 1,2 million de morts.

Le génocide arménien n'est-il qu'une «version» de l'histoire ?

Nous reconnaissons ce génocide. Mais les travaux évoluent sans cesse et nous jugeons nécessaire de publier les différentes estimations des victimes. L'encyclopédie n'est pas le temple d'un savoir figé et consensuel. C'est pourquoi nous avons présenté les travaux de Faurisson...

... qu'une condamnation vous a obligés à retirer...

Les associations juives ont attaqué en justice et mené une campagne de presse inique, juste au moment de Noël où nous réalisons l'essentiel de nos ventes. Nous avons transigé et supprimé ce chiffre (NDLR : «150 000 morts dont environ 100 000 juifs, la plupart morts du typhus»). Je regrette cependant que la vigilance nouvelle des associations mette en péril la liberté d'expression. On est en train de casser l'appareil critique de réflexion. Ce n'est pas aux juges de dire l'histoire.

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AFP // 25-05-05 // 19:53:29
http://www.afp.com
Génocide arménien: le Quid mis en cause défend sa liberté éditioriale

Le Quid, célèbre ouvrage encyclopédique, mis en cause devant le tribunal de grande instance de Paris par des associations pour sa présentation du génocide arménien, a défendu mercredi sa liberté éditioriale affirmant n'avoir jamais voulu remettre en cause l'existence du génocide.

Le Comité de défense de la Cause arménienne (CDCA), auquel s'étaient jointes plusieurs associations, dont l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), J'accuse et Mémoire 2000, remettaient en cause la présentation faite par le Quid 2003 du massacre des Arméniens par la Turquie, estimant qu'elle aboutissait à nier le caractère génocidaire de cet évènement historique.

Le CDCA reprochait notamment aux auteurs de l'ouvrage d'avoir écrit pour l'année 1915: "Transfert d'Arméniens vers les province méridionales de l'Empire ottoman (...) nombreux décès (épidémie, maladie) pendant le voyage".

Pour Me Bernard Jouanneau, avocat du CDCA, le Quid a ainsi "gommé les massacres et donc forcément l'aspect génocidaire". En outre, "Le génocide arménien est présenté comme une thèse et non comme un fait avéré", a-t-il poursuivi devant la 17e chambre réunie en formation civile.

Pour l'avocat, par cette présentation, "les victimes déjà privées de sépulture se voient ainsi en plus privées de préserver leur mémoire".

Les associations réclament un euro de dommages-intérêts et la possibilité de modifier la rédaction des chapitres concernés.

Dans son édition 2005, le Quid a déjà changé certaines formulations, une "manière de reconnaître que nous avions touché juste", selon Me Jouanneau.

Pas du tout, a répondu Me William Bourdon, défenseur de Robert Laffont, éditeur du Quid, et de Fabrice Frémy, directeur général de l'ouvrage, n'y voyant "aucun aveu" de la part de ses clients.

"Une chose est de dire que la présentation n'était pas parfaite, une autre de considérer qu'elle est juridiquement condamnable", a notamment affirmé Me Bourdon, estimant que le débat lancé par les associations n'avait pas sa place dans une enceinte judicaire.

En outre, dans plusieurs passages, le Quid fait mention du crime contre l'humanité que représente le massacre des Arméniens.

Interrogé par l'AFP à l'issue de l'audience, M. Frémy a qualifié de "procès d'intention" l'action des associations, revendiquant de donner le point de vue turc sur la question arménienne.

"Donner la parole aux génocidaires permet aussi un contact avec la réalité, et peut les amener à finir par reconnaître ce qui s'est passé, la parole doit être donnée aux deux parties avec toutes les réserves qui s'imposent", a-t-il expliqué, citant les démarches suivies par Claude Lanzmann dans "Shoah" ou celle du réalisateur cambodgien Ritty Pahn dans son film "S-21, la machine de mort khmère rouge".

Jugement le 6 juillet.


 
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