Le Sénat français reconnaît enfin le génocide arménien La nuit la plus longue... C'est sans doute en ces termes que les quelques centaines d'Arméniens de France qui "montaient la garde" devant le Palais du Luxembourg, et avec eux toute la communauté arménienne de France, se souviendront de cette nuit du 7 au 8 novembre 2000 qui vit le Sénat voter, à 05h30, un texte de loi par lequel "la France reconnaît publiquement le génocide des Arméniens de 1915". Approuvé par 164 voix pour, 40 contre et 4 abstentions (208 votants sur 321 sénateurs) après plus de quatre heures de débats houleux, le texte sénatorial sanctionnait une attente bien plus longue de deux ans et demi depuis le vote par l'Assemblée nationale d'un texte similaire le 29 mai 1998, et couronnait les efforts inlassables de la communauté arménienne et des amis de la cause arménienne dans le paysage politique afin de le voir enfin ratifier par la Haute Assemblée. Trente mois marqués par des dérobades, des faux-fuyants, des menaces surtout, confinant au chantage, de la part des autorités turques qui agitaient l'épouvantail de mesures de rétorsion économiques, marchandages honteux sur la mémoire d'un peuple, auxquels, il faut hélas le reconnaître, le pouvoir exécutif français, de l'Elysée à Matignon, ne sera pas insensible, le gouvernement et la présidence de la République se renvoyant la balle pour éviter ou du moins différer le vote dans le Sénat. Mardi après-midi pourtant, en dépit des menaces et des pressions insistantes de la Turquie, qui avait dépêché une délégation de parlementaires en France dans un ultime effort visant à convaincre le Sénat, plus de 30 sénateurs, répondant à l'appel de leurs noms, demanderont formellement que la proposition de loi sur la reconnaissance du génocide arménien soit examinée selon la procédure de discussion immédiate. Revenant sur le refus formulé sur la même question le 21 mars dernier, les partisans de l'inscription du texte à l'ordre du jour, le sénateur-maire DL de Marseille Jean-Claude Gaudin, soutenu par des collègues de tous les groupes politiques, devaient convaincre dans la soirée une majorité de sénateurs de débattre de la proposition de loi. La discussion sur le génocide arménien est finalement intervenue après l'examen des autres sujets à l'ordre du jour, en l'occurrence une nouvelle lecture du projet sur l'outremer et un texte sur la transposition de directives européennes, vers 02h00 du matin. Les opposants à la proposition de loi, regroupés derrière le président du groupe d'amitié France-Turquie du Sénat, Jacques Richard Delong, tenteront en vain d'imposer une motion d'irrecevabilité, selon lequel la question du génocide serait du seul ressort des historiens et non des législateurs; elle sera rejetée par 168 voix contre 54, mais ils reviendront à la charge lors des débats, notamment avec un amendement qui tentera de retirer sa substance arménienne au texte. Il semblait dès lors acquis que la partie était gagnée pour les partisans du texte sur le génocide arménien, d'autant qu'au nom du gouvernement, M.Queyranne, ministre des relations avec le Parlement, sera nettement moins virulent que le ministre des affaires étrangères, M.Védrine, qui avait jusque là opposé son veto à cette loi. Le vote qui conclura les débats au petit matin tendra à confirmer que les impressions selon lesquelles à l'Elysée comme à Matignon, on semblait s'être résigné à voir passer ce texte, quitte à déclencher un tollé à nouveau en Turquie, semblaient fondées. L'ambassadeur de France en Turquie, M.Garcia, s'exprimant devant les journalistes turcs avant le vote, avait cherché à en minorer la portée en en soulignant le caractère électoraliste et en rappelant qu'il n'avait pas caractère exécutoire et qu'en tout état de cause, les autorités turques actuelles n'avaient pas à se sentir visées par un texte condamnant l'Empire ottoman. Il rappelait dans le même temps que rien en pouvait être obtenu par la menace, une allusion à peine voilée aux mises en garde de la Turquie. C'est donc tout à l'honneur de la France, alors qu'elle occupe encore pour quelques semaines la présidence de l'Union européenne, d'avoir aujourd'hui privilégié ses principes plutôt que des considérations mercantiles et d'avoir su résister aux pressions d'Ankara, mieux que la superpuissance américaine dont le Congrès rejetait le mois dernier un texte similaire sous la pression du président Clinton qui s'était plié devant le chantage de la Turquie. Il reste que ces pressions risquent encore de perturber le cours de la procédure législative qui, veut que le texte soit renvoyé à l'Assemblée nationale, qui l'avait voté sous cette forme deux ans et demi plus tôt. La vigilance et la mobilisation sont donc toujours à l'ordre du jour. G.U. UBU Sénateur Le Sénat français s'est enfin résolu à inscrire la reconnaissance du génocide des Arméniens à l'ordre du jour de ses débats. Félicitons-nous de cette heureuse disposition. Et félicitons-nous surtout de la légitime conclusion à laquelle nous avons abouti à l'issue d'une séance au Sénat qui s'est prolongée toute la nuit. Face au bloc sénatorial de gauche, auquel aucune voix n'a manqué, et faisant preuve d'un engagement exemplaire, il a fallu se mesurer à la droite engagée dans un combat de harcèlement tous azimuts auquel se refusèrent de participer quelques uns d'entre eux tels que messieurs Gaudin, Peltier et Badré. Mais lorsqu'au petit jour le dernier scrutin sanctionna, d'une écrasante majorité, la décision du Sénat, c'est un incontrôlable sentiment mêlé de soulagement, de satisfaction et d'émotion qui étreignit les nombreux arméniens encore présents dans l'hémicycle. Car ce fut un succès enlevé de haute lutte, au prix d'un combat au quotidien, finalisée par la réunion marathon de cette nuit. Il fut mené sans relâche par quelques-uns, dont l'exemplaire obstination a contribué a la mobilisation populaire sans laquelle cette victoire n'aurait sûrement pas été au rendez-vous. Mais, après l'euphorie consécutive à l'adoption du projet de loi par l'Assemblée Nationale, n'oublions pas qu'il a fallu surmonter, durant plus de deux ans, les tergiversations incompréhensibles et suicidaires de la droite sénatoriale, dont on découvre aujourd'hui les motivations profondes. En effet, après s'être, durant des mois, retranché derrière les pressions insupportables de l'Elysée et du Quai d'Orsay ; après avoir brandi, à coups de millions de dollars, l'intérêt supérieur de la France ; le Sénat nous a servi le couplet de la mission pacifiste de la France dans le conflit du Kosovo, mission mise en péril dans l'éventualité de la reconnaissance du génocide (mais oui souvenez-vous en, on a cru rêver !.). Puis on nous a infligé le refus d'en débattre au nom de la qualification de "l'Histoire" qui n'entrerait pas dans les prérogatives du Sénat (juste 48 h avant que ce même Sénat ne vote un texte de condamnation de l'esclavage, dont l'implication "Historique" n'est, heureusement, contesté par personne). Et enfin ce fut le discours en faveur des perspectives de dialogue au Caucase, que ce projet de loi risquerait de compromettre. Mais de guerre lasse, après avoir épuisé tous les "arguties" imaginables et devant l'opiniâtreté des Arméniens, la majorité de droite du Sénat a finalement tombé le masque et dévoilé son vrai visage, celui qu'elle nous a également révélé, cette nuit, dans l'hémicycle. C'est ainsi qu'on a découvert, voici peu, que sa véritable réticence se situerait aux antipodes des "intérêts majeurs" derrière lesquels elle se retranchait. Qu'il ne s'agirait en fait que d'une minuscule et mesquine manoeuvre politicienne orchestrée par la majorité de droite au Sénat. Cette dernière se refusant à entériner une proposition de loi dont elle craignait qu'elle ne profite à la gauche qui avait pris, à l'Assemblée nationale, l'initiative audacieuse d'imposer au gouvernement (pourtant de gauche) une démarche à laquelle il était opposé. C'est pourquoi plutôt que d'approuver ce projet proposé par le Palais Bourbon, messieurs les sénateurs ont rédigé un nouveau texte, en tout point identique au précédent, mais dont ils pourront prétendre, cette fois, en être les seuls auteurs, et qu'ils soumettront à l'approbation des députés. Ces derniers, dont il convient de rappeler qu'ils sont les rédacteurs du texte initial (le même), ne devraient, à priori, pas opposer de réticences, sauf à s'inscrire dans la spirale de l'absurde que les sénateurs de droite ont ainsi initiée. Ubu qui n'est décidément pas mort, semble dignement représenté au Sénat. Espérons pour l'aboutissement positif de notre projet, qu'il aura épargné l'Assemblée Nationale. Quant aux Arméniens, si cette tragi-comédie ne jouait pas avec leur mémoire collective, ils auraient sûrement pris le parti d'en sourire et d'ironiser sur ces personnages indignes qui prétendent incarner la sagesse de la France. La victoire obtenue contre la médiocrité des sentiments véhiculés par ces politiciens, constitue néanmoins un réel soulagement. Elle devrait nous inciter à la magnanimité. Mais le prix qu'on nous a fait payer, durant plus de deux ans, pour imposer et justifier cette reconnaissance qui n'aurait du souffrir d'aucune réserve, constitue une humiliation qui restera gravée dans nos mémoires. Héritiers des rescapés du génocide, nous ne supporterons pas d'avoir été pris en otage dans ce jeux politicien qui déshonore ses acteurs. Nous avons été confrontés au cynisme d'individus qui ont manipulé notre douleur collective et individuelle et fait peu de cas de la souffrance endurée par notre peuple. Il ne fait aucun doute que nous saurons nous en souvenir et nul ne sera fondé à nous le reprocher. Henri PAPAZIAN Sénat: réactions Erévan se félicite de la décision du Sénat français Les autorités arméniennes se sont félicitées mercredi de la reconnaissance par le Sénat français du génocide arménien de 1915, selon un communiqué du porte-parole du ministère des Affaires étrangères Ara Papian. "L'Arménie se félicite de la décision du Sénat français sur la reconnaissance du génocide arménien de 1915. Cette décision non seulement rétablit la vérité historique mais, en donnant une appréciation exacte des événements, offre la possibilité de surmonter les problèmes hérités du passé et crée un terrain favorable pour la coopération dans la région", a déclaré le porte-parole dans son communiqué. La communauté arménienne en France "très heureuse, mais le combat continue" La communauté arménienne vivant en France est "très heureuse, très satisfaite, après une attente qui n'a duré que trop longtemps" du vote ce matin du Sénat français reconnaissant le génocide arménien de 1915 par les Turcs, "mais le combat continue", a déclaré mercredi à l'AFP à Lyon une responsable de sa diaspora, Hilda Tchoboian. Directrice de la maison de la culture arménienne à Lyon et responsable européenne de la coordination des organisations pour la reconnaissance du génocide arménien Hilda Tchoboian estime pourtant que "le combat n'est jamais achevé tant que la Turquie n'aura pas elle-même reconnu ce génocide". "Le temps ne compte pas car c'est un crime imprescriptible d'après le droit international", ajoute-elle. "Mais pour nous, membres de la 3e ou 4e génération, cette reconnaissance est un peu un acte de naissance pour notre diaspora. Ce vote est intéressant car c'est notre existence d'enfants rescapés du génocide qui est reconnu, c'est la reconnaissance du fait arménien français", estime-t-elle. Après avoir rappelé les nombreuses marches et manifestations organisées en France "pour dénoncer l'attitude du gouvernement et du président de la République" qui ont longtemps "bloqué" cette reconnaissance, elle indique qu'un nouveau rassemblement aura lieu le 14 novembre devant le Parlement européen de Strasbourg. Il s'agira pour la diaspora arménienne de dénoncer le rapport du général à la retraite Philippe Morillon, député européen PPE (démocrate-chrétien) sur la possible entrée de la Turquie dans la communauté européenne. La communauté arménienne en France est estimée à quelque 500.000 membres, dont 200.000 en région parisienne, 150.000 à Marseille et 100.000 en Rhône-Alpes. Paris veut maintenir des relations étroites avec la Turquie La France souhaite maintenir et développer avec la Turquie "des relations de coopération étroite dans tous les domaines" a indiqué mercredi un communiqué des autorités françaises, à la suite de la reconnaissance par le Sénat français du "génocide arménien de 1915". "La France souhaite continuer à entretenir et à développer avec la Turquie des relations de coopération étroite dans tous les domaines", selon le communiqué publié au nom du président Jacques Chirac et du gouvernement. Selon le communiqué des autorités françaises "ce vote, intervenu à l'initiative du pouvoir parlementaire et qui relève de sa responsabilité, ne constitue pas une appréciation sur la Turquie d'aujourd'hui". La France "continuera à oeuvrer pour le rapprochement de la Turquie avec l'Union européenne dans le cadre défini par le Conseil européen d'Helsinki" (décembre 1999), ajoute le communiqué. Lors de ce sommet européen d'Helsinki, les Européens avaient reconnu à la Turquie le statut de candidat à l'adhésion à l'UE, mais ils avaient estimé qu'il était trop tôt pour ouvrir des négociations avec elle. La Commision européenne continue de juger de telles négociations prématurées, à en croire un projet de rapport de l'exécutif européen obtenu mercredi par l'AFP à Bruxelles. "La France poursuivra vis-à-vis de tous les pays de la région, en particulier du Caucase, une politique de paix fondée sur le dialogue et la compréhension mutuelle", conclut le communiqué . Ankara condamne sévèrement le vote du Sénat français La Turquie a sévèrement condamné mercredi l'adoption par le Sénat français d'une proposition de loi stipulant que "la France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915", estimant qu'elle "a déjà détérioré les relations bilatérales". "Nous rejetons et condamnons cette initiative absolument erronée et regrettable", a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. "Cette décision revient à distordre fâcheusement les réalités historiques et à calomnier une nation entière par des allégations dénuées de tout fondement", souligne le ministère, ajoutant que "la décision a déjà détérioré les relations turco-françaises". "La nation turque n'a, à aucune période de son histoire, commis de crime contre l'humanité", poursuit le ministère dans son communiqué, accusant le président arménien Robert Kotcharian d'avoir "provoqué" la diaspora arménienne afin de faire adopter dans les parlements de certains pays des résolutions contre la Turquie". "Cette politique renforce l'isolement de l'Arménie dans le Caucase et porte atteinte au peuple arménien , souligne le communiqué. "Il n'est pas de la compétence des députés et des sénateurs de tenter de juger d'autres nations. L'adoption de cette décision a profondément blessé le peuple turc, d'autant plus qu'elle intervient dans un pays avec lequel la Turquie entretient d'étroits liens d'amitié", indique le document. Il souhaite que l'"erreur" au Sénat français ne soit pas "répétée" à l'assemblée nationale française à l'instar du Congrès américain où une résolution allant dans le même sens avait été arrêtée à la dernière minute sur intervention pressante du président Bill Clinton. Si l'assemblée nationale française (chambre basse) entérine la proposition de loi reconnaissant le génocide arménien de 1915, adoptée mercredi par le Sénat français, cela portera un "coup dur" aux relations bilatérales, a estimé un autre responsable politique turc. "Il semble que le gouvernement français n'ait pas fait grand chose pour empêcher l'adoption de la proposition au Sénat. Si elle est adoptée à l'assemblée, elle portera un coup dur à nos relations", a dit à l'AFP le président de la commission des Affaires étrangères du parlement turc, Kamran Inan. M.Inan, un ancien ambassadeur respecté par l'ensemble de la classe politique turque, a estimé que les relations économiques turco-françaises, notamment dans le secteur de l'industrie de défense, seront affectées par le vote du Sénat, qui "ne sert à satisfaire qu'une poignée d'électeurs", . "La position du gouvernement (socialiste) français est maintenant importante. S'il soutient la proposition, cela aura des répercussions diplomatiques", a-t-il précisé. M.Inan a averti que la "facture" de l'initiative du parlement français sera envoyée à l'Arménie voisine avec laquelle Ankara n'entretient pas des relations diplomatiques, pour avoir "mobilisé sa diaspora à l'étranger contre la Turquie". "Une honte pour le Sénat français" Un autre responsable turc a vilipendé l'adoption de la proposition de loi reconnaissant le génocide arménien la qualifiant de "honte" et dénonçant "la lâcheté du président de la République et du Premier ministre" français. "C'est une honte pour le Sénat français", a déclaré à l'AFP Bulent Akarcali, vice-président du part de la mère patrie ANAP (centre-droit), membre de la coalition gouvernementale. "Le Sénat a voulu nettoyer sa conscience sale en employant la Turquie comme un détergent pour les crimes commis par la France, que ce soit en Indochine, en Afrique ou ailleurs", a-t-il ajouté. M.Akarcali, interrogé par téléphone à Bruxelles, a déploré que le gouvernement et la présidence français n'aient "absolument rien fait" pour arrêter la proposition. "Le Sénat a jugé, décidé, condamné et exécuté la Turquie sans avoir le courage de rencontrer les représentants turcs", a ajouté le député d'Istanbul, selon qui les sénateurs français, à quelques exceptions près, ont refusé de recevoir la délégation de 5 parlementaire turcs, dont lui, venue à Paris exposer son point de vue. L'ambassadeur de France convoqué L'ambassadeur de France en Turquie Bernard Garcia a été convoqué mercredi au ministère turc des Affaires étrangères, a-t-on appris de source diplomatique. Cette convocation est intervenu quelques heures après l'adoption par le Sénat français d'une proposition de loi stipulant que "la France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915". Elle doit encore être votée par l'Assemblée nationale (chambre basse) pour avoir force de loi. La Turquie ne devrait pas manquer d'exprimer son mécontentement après l'adoption de cette proposition, comme elle l'a fait le mois dernier lorsque le congrès américain était sur le point d'adopter une résolution allant dans le même sens, arrêtée à la dernière minute sur intervention pressante du président Bill Clinton. Paris "rend officiellement hommage aux victimes" du génocide (G. Teissier, DL) Le député DL Guy Teissier (Bouches-du-Rhône) s'est félicité mercredi de la reconnaissance du génocide arménien par le Sénat, estimant que "par ce geste, la France rend officiellement hommage à toutes les victimes de cette terrible période de l'histoire arménienne". "La reconnaissance du Génocide arménien de 1915 par l'Assemblée nationale puis cette nuit par le Sénat représente un grand moment d'émotion pour tous ceux qui se sont battus depuis des années pour que justice soit faite envers le peuple arménien , estime dans un communiqué M.Teissier, vice-président du groupe d'amitié France-Arménie. Communiqué de presse Deux ans et demi après une trop longue attente, le Sénat vient enfin de reconnaître le génocide arménien. Engagé depuis toujours dans l'action de la reconnaissance de ce qui fut le premier crime contre l'humanité de ce siècle finissant, je me réjouis de ce vote qui constitue une étape importante du combat mené par tous les défenseurs de l'Histoire et de la Vérité. La mobilisation doit se poursuivre pour que la procédure législative aille enfin à son terme, pour que la France, patrie des droits de l'homme, reconnaisse enfin ce génocide, pour qu'un jour, justice puisse enfin être rendue au peuple arménien. Pierre Crédoz, maire de Décines Décines, le 8 novembre 2000 Enfin ! Le Sénat vient de reconnaître le génocide arménien dans les termes utilisés par l'Assemblée nationale en mai 1998. J'ai été à l'origine de la proposition de loi acceptée unanimement par les députés et, au cours de ces deux années et demi d'attente, j'ai à plusieurs reprises insisté auprès des sénateurs pour que le texte soit inscrit à l'ordre du jour de leur assemblée. Je rends particulièrement hommage aux sénateurs socialistes et communistes qui, chaque fois que cela a été possible, ont fait force auprès du président du Sénat pour examiner ce texte. Ils se sont longtemps heurtés au mur des sénateurs de droite dont quelques-uns d'entre eux, jusqu'au dernier moment, ont utilisé tous les artifices pour repousser cette inscription. Deux d'entre eux ont même déposé une motion d'irrecevabilité hier soir. Mais aujourd'hui, je ne retiendrai que l'essentiel de l'information : la France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915 à travers les deux assemblées de son parlement. C'est une grande victoire sur le mensonge. Nous savons tous que tout au long de ce siècle, les responsables de ce génocide puis leurs héritiers ont tout essayé pour faire disparaître la vérité. C'est une grande victoire sur la réal politik. Depuis deux ans et demi, stratèges et tacticiens ont tenté de nous expliquer que les intérêts économiques étaient les seuls dignes d'attention. C'est une grande victoire sur la morale : la vérité l'a emporté sur les intérêts marchands. Maintenant, comme le veulent les règles du Parlement français, le texte retournera à l'Assemblée nationale qui confirmera son premier vote. Il est évident que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que nous allions vite. Jean-Paul Bret Député, président du groupe d'amitié France Arménie de l'Assemblée nationale Villeurbanne, 8 novembre 2000
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