La FRA Dachnaktsoutioun célèbre son 110e anniversaire à Paris La FRA Dachnaktsoutioun a fait salle comble dimanche après-midi au Palais des Congrès de Paris où quelque 800 personnes étaient venues célébrer le 110e anniversaire de ce vieux parti qui constitue un élément majeur du paysage politique arménien, en Arménie comme en diaspora. Une affluence record, qui témoigne du haut degré de mobilisation de la communauté arménienne de France, dans un contexte marqué par le vote récent par le Sénat d'une proposition de loi reconnaissant enfin le génocide des Arméniens en 1915. Partisans de toujours du Parti dachnak, personnalités religieuses ou du monde politique, culturel ou associatif arménien mais aussi représentants de la classe politique française, comme le député-maire d'Alfortville René Rouquet, simples anonymes aussi, tous étaient venus rendre hommage à la contribution de la FRA et des organisations affiliées à la cause arménienne, à un moment où celle-ci connaît un regain d'actualité en Europe. Car la FRA Dachnaktsoutioun et avec elle la communauté arménienne de France et d'Europe sont sur la brèche, alors que le texte du Sénat doit encore être retourné, comme le veut la procédure législative, devant l'Assemblée nationale pour être enfin ratifié après deux ans et demi d'attente et de lutte, alors que le 14 novembre prochain, le Parlement européen doit adopter un rapport déterminant les critères à imposer à la Turquie pour son adhésion à l'Union européenne, dont les Arméniens exigent qu'elle soit conditionnée à sa reconnaissance du génocide arménien et manifesteront pour cela à Strasbourg, alors enfin que l'Arménie vient d'être admise, autre bonne nouvelle, au sein du Conseil de l'Europe. La FRA Dachnaktsoutioun est présente sur tous ces fronts, montrant ainsi qu'en dépit de ses 110 ans, elle est un parti moderne et dynamique, ancré dans l'actualité et agissant pour l'avenir de la nation arménienne. Les orateurs qui se sont succédés à la tribune de la salle bleue du Palais des Congrès après l'hymne arménien qui a ouvert cette réunion et après la présentation de Taline Tachdjian, ont tous insisté sur cette dimension d'actualité et de modernité de la FRA, à commencer par l'ambassadeur arménien à Paris Édouard Nalbandian, qui a salué dans son allocution le rôle éminent joué par ce parti dans la vie politique arménienne et la place majeure qu'il occupe dans la diaspora. Prenant ensuite la parole au nom du Bureau de la FRA, son représentant Hrant Markarian (nous publierons la traduction de son intervention dans une prochaine édition), a dressé un état des lieux exhaustif du Parti dachnak, inscrivant son action dans une perspective historique tout en définissant les grandes lignes de son programme politique en Arménie comme en diaspora. Mettant l'accent sur les différents enjeux d'une cause arménienne à laquelle la FRA Dachnaktsoutioun a toujours montré son dévouement, comme en témoigne le lourd tribut qu'ont payé ses militants à la libération du Karabagh, dont il a d'ailleurs tenu à réaffirmer qu'il ne saurait faire l'objet de marchandages contre une autre terre arménienne (une allusion aux rumeurs sur un échange de territoires entre Erévan et Bakou), Hrant Markarian a annoncé la création prochaine au coeur de l'Europe, d'un bureau du Comité de défense de la cause arménienne (CDCA) pour le continent européen. Évoquant la situation difficile de l'Arménie, il a aussi souligné qu'une Arménie forte était la condition d'une diaspora forte et qu'à cet égard, tous les efforts devaient être déployés pour que les conditions socio-économiques de l'Arménie s'améliorent, et a appelé le président Kotcharian a tenir ses engagements en ce sens. Le président du CDCA France, Ara Krikorian, est lui aussi revenu bien sûr sur le vote du Sénat tout en appelant la communauté à ne pas baisser la garde après cette victoire et à rester mobilisée, vigilante et aussi unie, l'unité ayant finalement à chaque fois permis les avancées de la cause arménienne. Rappelant les 35 années d'activité du CDCA, M. Krikorian s'est aussi félicité de le coopération accrue entre l'Arménie et la diaspora au service des grands enjeux de la cause arménienne. L'intervention de Garo Arménian, membre du Bureau de la FRA en charge de la diplomatie, a porté plus particulièrement sur les intérêts géopolitiques et stratégiques en jeu dans la région du Caucase en précisant la position du Parti dachnak face aux luttes d'influence que s'y livrent les puissances. Mourad Papazian enfin, représentant du Comité central de la FRA Europe occidentale, a pour sa part axé son intervention sur la mobilisation de la communauté arménienne de France et d'Europe, en mettant lui aussi l'accent sur l'exigence d'unité et de coopération entre ses différentes composantes, pour permettre d'autres victoires sur le front de la cause arménienne. Il a à cet égard annoncé que la FRA lançait une initiative en ce sens, en vue de fédérer la communauté arménienne et de lui donner des représentants élus qui seraient les interlocuteurs de droit de l'État français. Le discours de Mourad Papazian clôturait la première partie de cette manifestation, qui sera suivie d'une partie artistique animée par Jean Pierre Nergararian, Herminé Yerissians et Yerso, qui ont fort opportunément et agréablement rappelé qu'un anniversaire est aussi une fête et se doit d'être célébré en musique...
Pape-Arménie Jean Paul II et Karékine II évoquent le génocide des Arméniens Jean Paul II et le catholicos Karékine II, évoquent le génocide des Arméniens au début du XXème siècle, dans une déclaration commune diffusée par le Vatican. "Le génocide arménien a été le prélude des horreurs qui ont suivi, les deux guerres mondiales, d'innombrables conflits régionaux et des campagnes d'extermination délibérément organisées, qui ont supprimé des millions de fidèles", ont-ils souligné dans leur déclaration signée à l'issue d'une longue célébration oecuménique dans la basilique Saint-Pierre. Les chefs des deux Églises chrétiennes se sont déclarés optimistes quant à l'avenir: "En Occident et en Orient, après avoir expérimenté les conséquences meurtrières de régimes et de systèmes rejetant Dieu, de nombreuses personnes cherchent à connaître la vérité et les chemins du salut". Séparés par des différences doctrinales très nuancées, les deux Églises entretiennent un dialogue étroit depuis des années et "considèrent plutôt complémentaires qu'opposées leurs traditions théologiques, liturgiques et canoniques", ont affirmé le pape et le catholicos dans leur déclaration. Au cours de la concélébration oecuménique, une relique de saint Grégoire l'Illuminateur, l'évangélisateur de l'Arménie au troisième siècle, a été remise au catholicos. Il s'agit d'un fémur du saint offert au pape par les religieuses du couvent Saint-Grégoire l'Arménien de Naples pour qu'il puisse le remettre au chef de l'Église arménienne Les restes du corps de saint Grégoire avaient été apportés à Naples, selon la tradition, par des religieuses arméniennes obligées d'abandonner leur pays à une époque non précisée. La relique, abritée dans un précieux reliquaire offert par le cardinal archevêque de Naples, Michele Giordano, est destinée à la nouvelle cathédrale d'Erévan qui sera terminée l'an prochain. Jeudi, lors d'un premier entretien au Vatican, le catholicos a invité le souverain pontife à assister aux célébrations du 17ème centenaire de la conversion du peuple arménien au christianisme, qui auront lieu l'année prochaine à Etchmiadzine, siège central de l'Église arménienne près de la capitale Erévan. Le journal libéral turc Milliyet s'en est vivement pris samedi au pape Jean Paul II pour avoir condamné avec Karékine II le génocide des Arméniens au début du XXème siècle, estimant qu'il est "atteint de démence sénile". "Le pape est atteint de démence sénile", écrit en gros titres à la une le quotidien, avec à l'appui une photo du chef de l'Église catholique en train de somnoler. "Le pape, qui présente tous les signes de vieillesse à 80 ans, a affirmé que le prétendu génocide arménien de 1915 a provoqué la Première Guerre mondiale en 1914. Il s'agit d'une grosse erreur historique due à son âge avancée", estime Milliyet. "Le génocide arménien a été le prélude des horreurs qui ont suivi, les deux guerres mondiales, d'innombrables conflits régionaux et des campagnes d'extermination délibérément organisées, qui ont supprimé des millions de fidèles", ont souligné vendredi le pape Jean Paul II et le catholicos Karékine II dans leur déclaration signée à l'issue d'une célébration oecuménique dans la basilique Saint-Pierre à Rome. "Mentalité de croisade du pape", lance Milliyet. D'autres journaux turcs se sont contentés de rapporter cette déclaration en page intérieur, indiquant que le pape a "reconnu" le génocide arménien sous l'Empire ottoman.
Le Président turc demande à la France de renoncer à la loi sur le génocide arménien Le président turc Ahmet Necdet Sezer appelle la chambre basse du Parlement français à ne pas donner son approbation finale à un projet de loi qualifiant de génocide les assassinats d'Arméniens sous l'Empire Ottoman, a annoncé vendredi un collaborateur du chef de l'État. "Nous nous attendons à ce que l'Assemblée ne répète pas l'erreur du Sénat, qui pourrait détériorer les relations bilatérales, et à ce que le bon sens prévale", a déclaré Tacan Ildem lors d'une conférence de presse. Le projet de loi controversé, adopté mercredi par le Sénat, a suscité des condamnations fermes de la part d'Ankara et des avertissements sur les dommages que son acceptation pourrait causer aux bonnes relations entre la Turquie et la France. Le texte doit être approuvé par l'Assemblée Nationale, la chambre basse du Parlement, pour avoir force de loi. M. Sezer considère le vote de résolution par le Sénat comme un "développement regrettable", a indiqué son collaborateur M. Ildem. "Il n'y a aucun génocide dans l'histoire turque. Il est absolument impossible d'entériner ces revendications de génocide qui déforment la réalité historique", a-t-il ajouté. Au même moment, un groupe de manifestants ont déposé une couronne mortuaire ce vendredi devant l'Ambassade de France pour protester contre ce projet de loi, a indiqué un porte-parole de l'Ambassade. "Nous condamnons fermement cette résolution dégoûtante" a déclaré un représentant des manifestants, des membres d'une association de Turcs d'origine bulgare ayant immigré en Turquie, selon l'agence Anatolie. "La France semble avoir oublié l'oppression et la brutalité auxquelles elle a soumis les habitants de ses colonies en Afrique" a-t-il ajouté. En revanche à Erévan, des centaines d'Arméniens ont déposé des fleurs devant l'ambassade de France vendredi, en guise de remerciement au Sénat français . Une manifestation similaire s'était déroulée la veille dans la capitale de l'Arménie.
Turquie-France-génocide TROIS QUESTIONS A : Taner Akcam, sociologue et historien turc
ISTANBUL. - Taner Akcam, sociologue et historien turc à l'Université de Hambourg, auteur du livre "Lever le voile sur le tabou arménien y a-t-il d'autre solution que le dialogue ?", répond aux questions de l'AFP par téléphone après le vote du Sénat français reconnaissant le génocide arménien de 1915. QUESTION : Comment expliquez-vous que la Turquie soit régulièrement montrée du doigt par les Parlements étrangers sur la question arménienne ?
RÉPONSE : J'ai du mal à comprendre la finalité de ces projets de loi, à l'origine desquels il y a de bas calculs politiques. C'est une mauvaise arme qui est utilisée là contre la Turquie. Mais il est vrai que sans cela, Ankara n'ouvrirait pas le débat d'elle-même. Maintenant que l'argument kurde ne peut plus être utilisé, c'est sur la question arménienne que la communauté internationale demande des comptes. Mais si la Turquie engageait un débat directement avec l'État arménien d'autres Parlements n'auraient plus à mettre cela à leur ordre du jour...
QUESTION : Quelle est la nature du débat aujourd'hui en Turquie?
RÉPONSE : Les centres de recherche établis récemment en Turquie fonctionnent comme des réflexes de défense; ils sont incapables de faire un vrai travail scientifique car ils sont motivés par des critères idéologiques. Le travail des historiens est d'établir qui a fait quoi. L'idéologie officielle n'a pas à s'en mêler. La Turquie, elle, devrait faire les gestes à même de réparer les souffrances du peuple arménien Ankara se demande ce qui se passera si le génocide était reconnu. Moi je dis : rien, au contraire, les relations entre les deux pays s'arrangeraient !
QUESTION : Comment voyez-vous la question évoluer à l'avenir?
RÉPONSE : Le problème aujourd'hui en Turquie, c'est de savoir ce qui s'est exactement passé. Les dirigeants turcs pour le moment réagissent non pas sur le fond de la question, mais à ceux qui la mettent sur la table, comme lorsque se sont présenté à eux les problèmes de l'extrême gauche et du soulèvement kurde. Aujourd'hui, pour remplir les critères de Copenhague (NDLR: les critères politiques de respect des droits de l'Homme et de la démocratie nécessaires pour une adhésion à l'Union européenne), Ankara surmontera cette attitude.
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