Sénat: réactions (suite)

la presse turque dénonce une "erreur historique"

La presse turque dénonçait jeudi une "erreur historique" de la France après l'adoption par le Sénat français la veille une proposition de loi reconnaissant le génocide arménien

Mais les commentaires restaient relativement modérés, la plupart des journaux soulignant surtout la "forte réaction " turque" à cette décision, et préférant consacrer leurs éditoriaux au non résultat des élections américaines ou au partenariat d'adhésion à l'Union européenne de la Turquie.

"L'erreur historique de la France", lançait en une le quotidien islamiste modéré Zaman.

"Ils sont restés spectateurs" titrait le quotidien libéral Milliyet, en allusion à la délégation de parlementaires turcs qui s'était rendue en France pour exposer le point de vue turc aux Sénateurs.

Le journal commentait en page intérieure "la dernière erreur de Paris".

"Paris s'incline devant le lobby arménien , estimait le quotidien kémaliste Cumhuriyet dans un article en pages intérieure.

"Ce n'est pas bien, France!", estimait le quotidien à grand tirage Hurriyet en page intérieure, après avoir relevé en une que la Turquie "a tancé la France dans une note diplomatique".

"Forte réaction de la Turquie envers la France", relevait également le quotidien à grand tirage Sabah en page intérieure, rappelant que le ministère turc des Affaires étrangères a mentionné dans son communiqué condamnant la décision du Sénat l'assassinat de diplomates turcs dans les années 70 et 80.

 

Réactions jeudi à l'Assemblée nationale suite au vote par le Sénat d'une proposition de loi sur la reconnaissance du génocide arménien de 1915:

C'est avec une très grande satisfaction que j'accueille le vote final du Sénat sur la proposition de loi reconnaissant le génocide arménien.

Présent dans les tribunes de l'hémicycle du Sénat, j'ai vécu un moment d'intense émotion. Le texte adopté par les sénateurs est important et sa portée hautement symbolique.

Malgré les pressions directes ou indirectes qu'ont dû subir les parlementaires depuis des mois, le processus de reconnaissance du génocide vient donc d'être relancé.

Je salue la démarche courageuse de mes 6 collègues sénateurs représentant les différents groupes du Sénat; ils ont dû dépasser les clivages politiques traditionnels et se rassembler pour faire adopter ce texte.

J'ose espérer que l'Assemblée nationale pourra très vite confirmer ce vote, ce qui permettra à la France de reconnaître le génocide arménien perpétré par le gouvernement Jeune Turc comme le premier génocide du XXe siècle.

François Rochebloine

Vice-président du groupe d'amitié

France-Arménie à l'Assemblée nationale

Saint-Chamond,

Le 8 novembre 2000

René Rouquet, rapporteur du projet de loi sur la reconnaissance du génocide arménien à l'Assemblée nationale le 29 mai 1998, se réjouit de l'adoption cette nuit par le Sénat, après plus de deux ans d'attente, du projet de loi sur la reconnaissance du génocide arménien de 1915.

Après le vote à l'unanimité de l'Assemblée nationale et celui du Sénat à une large majorité, ce texte hautement symbolique doit à nouveau être soumis à l'Assemblée nationale pour devenir une loi de la République.

René Rouquet oeuvrera pour son inscription rapide à l'Assemblée nationale en espérant que le gouvernement prenne lui-même l'initiative d'inscrire la proposition de loi à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale.

René Rouquet

Député de Vitry et d'Alfortville

Paris, le 8 novembre 2000

Après plus de deux ans de persévérance et suite à l'adoption à l'unanimité par l'Assemblée nationale, de la proposition de loi relative à la reconnaissance officielle du génocide arménien de 1915, le Sénat vient, à son tour, de l'adopter.

Grâce à la détermination de l'ensemble des sénateurs et sénatrices de gauche, cette reconnaissance juste et fondamentale a abouti. L'unanimité aurait dû être obtenue. Malheureusement, jusqu'au dernier moment, certains sénateurs de droite ont usé d'artifices réglementaires pour la retarder. Leur tentative a échoué.

C'est le combat en faveur de la vérité, du devoir de justice et de mémoire qui a gagné.

Au travers de ce vote, c'est enfin une sépulture qui est donnée aux victimes de cette barbarie. Le travail de deuil peut commencer. Un espoir est né. Je me félicite qu'il vienne de la France, la patrie des droits de l'homme.

Gilbert Chabroux

Sénateur du Rhône

 

 

La Turquie doit "regarder l'histoire en face" (René Olmeta, PS)

Le candidat de la gauche plurielle à la mairie de Marseille René Olmeta (PS) a estimé mercredi que la Turquie devait "trouver le courage de regarder l'histoire en face" pour "entrer pleinement dans la grande famille européenne", après l'adoption de la proposition sénatoriale sur la reconnaissance du génocide arménien de 1915.

"Il appartient aux autorités morales, intellectuelles et politiques de la République de Turquie de trouver le courage de regarder l'histoire en face, comme d'autres peuples ont su le faire, y compris les Français à propos de la période de l'Occupation", écrit dans un communiqué René Olmeta, candidat à Marseille, où vit la deuxième communauté arménienne de France.

"J'espère qu'au moment où (la Turquie) aspire à devenir membre de l'Union européenne (...), elle saura trouver les mots et les gestes qui permettront aux victimes de reposer en paix et à leurs familles de pardonner", poursuit-il.

"Par ce travail de mémoire et de courage, la Turquie pourra entrer pleinement dans la grande famille européenne. Elle pourra aussi renouer des liens avec son voisin, la République d'Arménie, pour le plus grand intérêt des peuples et de la stabilité du Caucase", conclut-il.

 

 

 

- Didier Migaud (PS, Isère), premier signataire du texte identique voté par l'Assemblée en 1998: "Cette reconnaissance n'est en aucune manière la condamnation de l'actuelle Turquie, à laquelle on peut toutefois reprocher les pressions exercées pour éviter le vote intervenu. Cette reconnaissance est l'expression du devoir de réalité et de vérité historique qui est dû aux victimes de ce génocide et à leurs descendants".

Les Verts "félicitent" le Sénat

Les Verts, "une fois n'est pas coutume, félicitent le sénat," qui a voté mercredi une proposition de loi reconnaissant le génocide arménien déclare mercredi un communiqué du parti écologiste.

"Le devoir de mémoire constitue la meilleure garantie de vigilance contre la haine", ajoute la porte-parole, Maryse Arditi, dans un communiqué.

"Voila pourquoi, poursuit-elle, la République ne doit pas craindre de se pencher sur les heures sombres de son passé: la complicité de Vichy devant la Shoah, le sinistre 17 octobre 1961, la torture en Algérie, la politique coloniale (...) et la lâcheté avec laquelle plus de 100 000 harkis ont été abandonnés".

Représentant arménien à Marseille:

"aider la Turquie à sortir du négationnisme"

Georges (Garo) Hovsepian, maire socialiste du 7ème secteur (13 et 14èmes arrondissements) de Marseille où vit une grande partie des 80.000 Arméniens de la ville, voit dans la reconnaissance du génocide de 1915 par la France un moyen d'"aider la Turquie à sortir de son négationnisme".

Georges Hovsepian, par ailleurs responsable associatif, estime dans un entretien avec l'AFP que le Parlement français "a donné réparation morale à 1,5 millions de victimes".

Q: Quelle conséquence concrète peut avoir le vote du Sénat ?

R: Cette reconnaissance est un appel à la Turquie à faire un travail de vérité sur son histoire, qui ne peut que la servir et non l'affaiblir. Tout pays doit tirer une leçon de son passé. Cette reconnaissance par la France, en attendant, pourquoi pas, celle des Etats-Unis, doit aider la Turquie à sortir de son négationnisme. Il faut que la Turquie redevienne un pays démocratique qui accepte la continuité de son histoire.

Q: Comment la communauté arménienne ressent-elle ce vote ?

R: Avec une grande satisfaction morale. Le Parlement français a donné réparation morale à 1,5 millions de victimes. Il réhabilite l'histoire et nous réconcilie avec les véritables traditions humanistes de la République. Le Sénat a fait oeuvre de lucidité et de mémoire.

Q: Le maire DL de Marseille Jean-Claude Gaudin est à l'origine de la proposition de loi. Quel impact cela peut-il avoir sur le vote de la communauté aux élections municipales ?

R: Les membres de la communauté jugeront. Le 21 mars, Jean-Claude Gaudin avait en vain essayé de rassembler un certain nombre de ses collègues de la majorité sénatoriale (NDLR: les sénateurs avaient repoussé à 172 voix contre 130 la demande de discussion de la loi). La gauche avait en revanche voté en bloc, tout comme M.Gaudin et une trentaine de ses amis. Je me félicite que d'autres sénateurs se soient joints à lui et qu'il soit parvenu à convaincre son camp.

M.Gaudin "l'attendait" depuis 22 ans

Jean-Claude Gaudin, vice-président du Sénat et maire DL de Marseille où vit la deuxième communauté arménienne de France, "attendait depuis 22 ans" la reconnaissance par la France du génocide arménien de 1915, a-t-il indiqué mercredi dans un entretien avec l'AFP.

Le maire de Marseille, qui avait déposé la proposition de loi adoptée dans la nuit de mardi à mercredi par le Sénat par 164 voix contre 40 et 4 abstentions, a estimé que cet événement ne devait pas "dresser la France contre la Turquie d'aujourd'hui".

Q: Quelle est votre première réaction après ce vote du Sénat ?

R: Je suis heureux, bien sûr, pour toutes les communautés arméniennes de France, aussi pour celle de Marseille. Cela d'ailleurs me rajeunit, car en 1978, alors que j'étais élu député à Marseille pour la première fois, j'avais déjà demandé la reconnaissance par la France du génocide arménien Il m'aura fallu attendre 22 ans de vie parlementaire, mais hier soir (mardi), quand j'ai fait, depuis la tribune du Sénat, repousser la motion d'irrecevabilité présenté par un sénateur ( en fait Jacques Delong, RPR, et Michel Pelchat, RI, NDLR) qui s'opposait à cette reconnaissance, j'étais bien entendu très heureux.

Q: Quelles peuvent être les conséquences de cette reconnaissance dans les relations franco-turques ?

R: Cela ne veut pas dire que nous voulons dresser la France contre la Turquie d'aujourd'hui. En aucun cas, le gouvernement turc actuel ne peut être tenu pour responsable de ce qu'a fait l'Empire ottoman. Certains sénateurs, qui étaient contre, ont évoqué des difficultés dans les relations diplomatiques et économiques entre les deux pays. Au risque de paraître naïf, je suis de ceux qui pensent qu'on ne peut pas mettre, sur les plateaux d'une même balance, des intérêts diplomatiques ou économiques d'un côté, la reconnaissance d'un million et demi d'Arméniens de l'autre.

Q: Que répondez vous à ceux qui pourraient vous prêter une démarche électoraliste, à quelques mois des municipales dans une ville où vivent 80.000 Arméniens ?

R: Depuis 1978, j'ai été un militant convaincu de la reconnaissance du génocide. Quelles que soient les échéances électorales, et j'en ai connu plusieurs, je n'ai jamais varié. Pourquoi voudriez-vous que je change d'avis aujourd'hui ?".

Visite officielle du catholicos Karékine II au Vatican

Le catholicos Karékine II est arrivé le 8 novembre à Rome à la tête d'une délégation de 17 responsables religieux, pour une visite officielle de quatre jours au Vatican à l'invitation du pape Jean Paul II. Le temps fort de cette visite, qui marque le rapprochement des deux églises, devrait être la cérémonie solennelle du 10 novembre au cours de laquelle le chef de l'église catholique remettra les reliques de Saint Grégoire l'Illuminateur, conservées jusqu'ici dans une église de Naples, au chef de l'église arménienne. Les reliques repartiront avec le catholicos à Erévan, où elles doivent reposer dans la toute nouvelle cathédrale Saint Grégoire l'Illuminateur, qui doit être consacrée l'an prochain à l'occasion du 1700e anniversaire de la conversion de l'Arménie au christianisme.

Le catholicos devrait déjà être reparti pour l'Arménie quand le Parlement italien discutera d'une résolution sur la reconnaissance du génocide arménien. Initialement prévue le 7 novembre dernier, cette discussion a été reportée aux 13 et 14 novembre.

Le Conseil de l'Europe se prononce en faveur

de l'admission de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan

Le Conseil de l'Europe s'en est finalement tenu au principe de la simultanéité dans l'examen de la candidature de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan. Après avoir donné son feu vert à l'entrée des deux républiques du sud du Caucase en juin dernier, l'organisation paneuropéenne basée à Strasbourg avait pourtant reporté sa décision finale au lendemain des élections législatives d'Azerbaïdjan, qui se sont déroulées le 7 novembre dernier, le scrutin ayant valeur de test pour la candidature de Bakou. En dépit des nombreuses irrégularités constatées par les observateurs étrangers lors du scrutin remporté par le parti au pouvoir à Bakou, le Conseil de l'Europe vient toutefois de décider, à l'issue d'une réunion de deux jours à Strasbourg, que l'Azerbaïdjan, comme l'Arménie, étaient désormais prêtes pour intégrer l'organisation dédiée au respect des droits de l'homme. La décision a été annoncée le 8 novembre par les représentants des ministères des affaires étrangères des 43 pays membres, après de longs débats dominés par les objections des représentants des pays occidentaux, réticents à admettre l'Azerbaïdjan en raison du scrutin législatif du 5 novembre. Le ministre arménien des affaires étrangères Vartan Oskanian avait annoncé un peu plus tôt que le Conseil de l'Europe n'était pas favorable à l'idée d'admettre l'Arménie avant l'Azerbaïdjan, afin de ne pas donner l'impression de prendre parti entre les deux pays dont les relations sont tendues en raison du conflit du Karabagh. La décision finale devrait être ratifiée le 17 janvier 2001, à l'occasion de la prochaine réunion du conseil des ministres. Une cérémonie devrait avoir lieu dans les jours suivants, pour officialiser l'entrée des deux pays dans le Conseil de l'Europe.

 

PARLEMENT EUROPÉEN

APPEL À LA MANIFESTATION

 

- Le 14 novembre 2000, le Parlement Européen va adopter un rapport déterminant les critères à imposer à la Turquie pour son adhésion à l'Union Européenne.

- Le général Morillon n'a pas cru bon d'intégrer dans son rapport la reconnaissance du génocide des Arméniens comme l'une des conditions d'entrée de la Turquie, malgré des amendements déposés par des députés européens.

Le général Morillon n'a donc pas respecté les termes de la résolution du Parlement Européen votée en 1987, qui non seulement a reconnu le génocide des Arméniens, mais impose aussi à la Turquie de reconnaître ce génocide si elle veut adhérer à l'Europe.

- L'Union Européenne perdrait de sa crédibilité en oubliant ce qu'elle a voté en 1987. Il n'y aurait plus de principe de continuité et les députés pourraient défaire ce qu'ils auraient décidé la veille.

- Les Arméniens de la région Rhône-Alpes comme ceux des autres régions se doivent d'agir collectivement en se mobilisant pour manifester à Strasbourg le 14 novembre 2000, jour du débat qui se conclura par un vote des députés.

- Nous exigeons de conditionner l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne, à la reconnaissance par l'État turc du génocide des Arméniens de 1915-1918 : c'est une affaire de justice et de dignité.

Soyons tous présents à Strasbourg le mardi 14 novembre 2000 à 9h30

A cet effet, un service de cars est organisé au départ :

De Vienne à3H30 la Gare Routière

De Décines à 4H00 Place de la Libération

De Villeurbanne à 4H15 devant la Maison de la Culture Arménienne

Participation aux frais : 100 F par personne.

Renseignements et réservations:

Région LYONNAISE :

Maison de la Culture Arménienne de Décines au 04-78-49-42-97

Maison de la Culture Arménienne de Vienne au 04-74-53-43-80

Maison de la Culture Arménienne de Villeurbanne au 04-78-26-28-71

Région parisienne :

Issy les Moulineaux : Église arménienne - rendez-vous 02h00

Réservation : 06 14 49 16 24 (Ara) - 06 12 08 71 46 (Hagop)

Alfortville : Place Achtarag - 06h00 - Réservation MCA 01 43 76 55 89

Asnières : Mairie - 06h00 - Réservation : 01 47 99 41 49 (Jeanette)

Arnouville : Stade Léo Lagrange - 06h00 - Réservation : 01 39 87 08 73 (Mesrob)

CDCA / Délégation Européenne

 

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