PARIS

Le monde de la mode réserve un accueil triomphal aux frères Tarloyan

Pour les frères Vartan et Guévork Tarloyan, la mode est une sorte de défi. Les moyens financiers des frères jumeaux originaires d'Arménie étant pour le moins limités, ils n'auraient, en toute logique, jamais dû décider de se lancer dans la réalisation d'un défilé de haute couture, qui demande des investissements très importants et des soutiens fiables. Mais aussi invraisemblable que cela puisse paraître, nos deux jeunes créateurs de mode - ils sont âgés de 37 ans - ont pu surmonter ce lourd handicap et réalisé l'exploit de montrer leur collection, et ce dans le cercle très élitiste de la haute couture parisienne, en réussissant à se faire accepter comme couturiers "en off" par la chambre syndicale de la couture. Ils ont dévoilé devant un public enthousiaste les 43 pièces de leur collection le 9 juillet dernier dans le décor luxueux du Grand Hôtel de Paris : l'assistance, forte de plusieurs centaines de personnes leur a réservé un accueil triomphal.

Que l'on soit intéressé ou non par la mode, que l'architecture d'un vêtement où la matière utilisée pour le réaliser nous passionne ou pas, il restera de toute manière de tous ces tissus splendidement travaillés cette fibre arménienne qui nous rend les deux créateurs éminemment sympathiques et on ne peut que se réjouir qu'un tel événement ait pu avoir lieu. Certes, il y a eu principalement un don désintéressé de la part d'un généreux donateur qui a cru en eux et vis-à-vis duquel les frères Tarloyan ne peuvent être que très profondément reconnaissants. Mais les frais sont tels (43 mannequins provenant d'agences de prestige, location du Grand Hôtel, équipe de l'attachée de presse, montage des accompagnements musicaux, paiement de l'organisation de l'événement, paiement des couturières) qu'aujourd'hui, nos deux créateurs restent avec une ardoise de 250 000 francs qu'ils doivent régler dans les délais les plus brefs.

Si ces dettes étaient apurées, ils seraient en mesure de commencer à préparer, dégagés de leurs soucis matériels, leur deuxième collection qui doit se tenir en janvier 2002 toujours à Paris.

Au final, les frères Tarloyan ont-ils bien fait de présenter leur collection sans avoir la carrure financière idoine? La réponse est oui. Ces deux créateurs sont littéralement dévorés par la passion de la mode et ils sont dotés d'un indéniable talent. leur formation a commencé à Erévan dans l'académie des Beaux-Arts et dans une école de miniaturiste et s'est poursuivie à Paris dans l'école privée Es-mode. Leur talent est tel que la directrice les a acceptés tous deux en les dispensant de payer les frais de trois années de scolarité. Ayant par ailleurs bénéficié de généreux soutiens au sein de la communauté arménienne, ils doivent à présent voler de leurs propres ailes. En quittant l'Arménie soviétique le 18 août 1991, ils poursuivaient un but. Ils sont sur le point de le réaliser mais ont besoin encore d'un sérieux coup de pouce. La communauté aurait tort de ne pas leur marquer son soutien, alors qu'ils sont en train de se faire un nom, dans un domaine où la France excelle et est réputée dans le monde entier à juste titre. En devenant collaborateur-sponsor de la future maison de haute couture Tarloyan on peut espérer engranger des gains réels et à court terme, sachant que pas moins de dix commandes de robe leur ont été déjà passées. Mais où est la structure de production? Dans l'immédiat les circonstances exigent la sous-traitance. Mais au-delà de ces contingences matérielles, certes incontournables, il convient de revenir sur la qualité esthétique de l'événement dont le Grand Hôtel a été le théâtre le 9 juillet avec ce défilé de 25 minutes sur fond musical évoquant l'Inquisition, thème choisi pour ce défilé.

Si quatre tenues ont été présentées à seules fin de démonstration pour mettre en valeur le thème de l'Inquisition, avec les éclairages adéquats, les 39 autres en revanche sauront séduire les amoureux des beaux vêtements. Le sentiment qui se dégage de ceux qui étaient de la profession après le défilé ou grâce à la télévision par exemple, c'est d'avoir affaire non pas à une collection "tendance" ou "influence" mais à une collection "hors norme". A tel point que de nombreux journalistes sont impatients de voir la prochaine pour avoir confirmation de la présente qu'ils ont trouvée très prometteuse. En attendant donc le mois de janvier, nombreux sont les costumes qui hanteront encore nos mémoires dont entre autres une robe de toute beauté en crinoline avec pour motif une partie de l'étonnant tableau du peintre flamand Jérôme Bosch. Les frères Tarloyan n'ont pas eu à courir après la presse pour obtenir une large couverture médiatique, mais ce sont les media nationaux et étrangers qui se sont rués sur eux. Pour l'heure nos couturiers sont toujours au CRDA où ils ont été accueillis aimablement dans la plus vaste des pièces des locaux du centre.

Photos et texte J.M.Yérémian

 Les créateurs sont joignables au numéro suivant : 06 62 79 43 14 

Le Parti du peuple secoué par une crise majeure après le départ d'Armen Khatchatrian

Comme on pouvait s'y attendre, l'annonce mardi par le président du Parlement arménien Armen Khatchatrian, qu'il quittait les rangs du Parti du peuple, a provoqué une crise sans précédent dans les rangs de cette formation théoriquement toujours alliée au parti républicain du premier ministre Andranik Markarian au sein du bloc "Unité" majoritaire à l'Assemblée nationale d'Arménie. Dans une déclaration, le président du Parlement avait indiqué qu'"après le 27 octobre 1999, le parti, en dépit d'idéaux puissants hérités de Karen Démirdjian, n'a pas été capable de préserver son unité et de reprendre sérieusement ses activités", en reprochant donc en termes à peine voilés à la direction de son parti d'avoir trahi les idéaux de son prédécesseur assassiné au perchoir de l'Assemblée le 27 octobre 1999. Le fils du président du Parlement assassiné, Stépan Démirdjian, se voit ainsi reprocher d'avoir mis en place une nouvelle orientation et de nouvelles valeurs, au nom desquelles ceux qui manifestent des désaccords avec la nouvelle direction seraient sanctionnés. M.Khatchatrian en veut pour preuve que plusieurs membres du Parti du peuple qui étaient proches de Karen Démirdjian, ont été exclus ou marginalisés. M.Khatchatrian va jusqu'à accuser la nouvelle direction du parti de trahir ces idéaux, en l'accusant de collaborer avec des forces qui étaient opposées à Karen Démirdjian. Il aurait pris la décision de quitter le parti faute d'avoir pu remettre le parti dans le chemin qu'avait tracé Karen Démirdjian, et veut bien croire que ceux qui restent fidèles à ses principes se regroupent et poursuivront leur action dans l'unité. La réaction ne s'est pas fait attendre dans les rangs du parti, secoué par la défection de l'un de ses plus hauts représentants. Dès le lendemain, une dizaine de députés du groupe parlementaire du Parti du peuple s'unissent pour mettre en cause la ligne suivie par la direction de leur parti, mettant en garde Stépan Démirdjian contre une "menace sérieuse d'éclatement" s'il ne cesse pas sa politique discriminatoire à l'encontre de ceux des responsables du parti qui veulent coopérer avec le gouvernement. Sans aller donc, jusqu'à suivre Armen Khatchatrian dans sa sédition, les neuf députés frondeurs ont approuvé sa position et adressé une ferme mise en garde au Parti du peuple, qui risque bien de se retrouver, si ce vent de fronde persiste, avec dix députés seulement au Parlement.

La crise au sein du Parti du peuple, née en fait depuis ce jour où la direction du parti avait refusé, contrairement à son allié le Parti républicain, de collaborer avec Robert Kotcharian, joue en faveur de ce dernier. La question de la collaboration avec le pouvoir se pose aussi souvent en termes aigus dans d'autres formations, comme le bloc Stabilité, dont un député a fait défection cette semaine, et aussi dans le Parti communiste, dont des responsables viennent d'être exclus pour avoir prôné une attitude plus conciliante avec le pouvoir.

 

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