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19 octobre 2000
RAPPORT
sur le rapport régulier 1999 de la Commission sur les
progrès réalisés par la Turquie sur la voie de l'adhésion
Commission des Affaires étrangères, des droits de l'homme,
de la sécurité commune et de la politique de défense
Rapporteur: Philippe Morillon
PAGE RÉGLEMENTAIRE
Par lettre du 20 octobre 1999, la Commission a transmis
au Parlement européen son rapport régulier 1999 sur les progrès réalisés
par la Turquie sur la voie de l'adhésion (COM(1999) 513 - 2000/2014(COS)).
Au cours de la séance du 21 janvier 2000, la Présidente
du Parlement a annoncé qu'elle avait transmis ce rapport, pour examen
au fond, à la commission des affaires étrangères, des droits de l'homme,
de la sécurité commune et de la politique de défense (C5-0036/2000).
Au cours de sa réunion du 25 janvier 2000, la commission
des affaires étrangères, des droits de l'homme, de la sécurité commune
et de la politique de défense a nommé Philippe Morillon rapporteur.
Au cours de ses réunions du 10 juillet et 10 octobre 2000,
elle a examiné le rapport de la Commission ainsi que le projet de rapport.
Au cours de cette dernière réunion, elle a adopté la proposition
de résolution par 47 voix pour 2 contre et 2 abstentions.
Étaient présents au moment du vote : Elmar Brok, président;
Baroness Nicholson of Winterbrourne, William Francis Newton Dunn et Catherine
Lalumière, vice-présidents; Philippe Morillon, rapporteur; Danielle Auroi
(suppléant Per Gahrton), Alexandros Baltas, Bastiaan Belder, Andre Brie,
Gunilla Carlsson, Daniel Marc Cohn-Bendit, Ozan Ceyhun (suppléant Elizabeth
Schroedter, conformément à l'article 153, paragraphe 2, du règlement),
Andrew Nicholas Duff (suppléant Bertel Haarder), Pernille Frahm (suppléant
Luigi Vinci), Jas Gawronski, Alfred Gomolka, Rosa M. Díez González, Pere
Esteve, Michael Gahler, Vitalino Gemelli (suppléant Gerardo Galeote Quecedo),
Klaus Hänsch, Magdalene Hoff, Giorgos Katiforis (suppléant Sami Naïr),
Efstratios Korakas, Rodi Kratsa (suppléant Hughes Martin), Alain Lamassoure,
Cecilia Malmström (suppléant Francesco Rutelli), Pedro Marset Campos,
Linda McAvan, Emilio Menéndez del Valle, Pasqualina Napoletano, Raimon
Obiols i Germa, Arie M. Oostlander, Reino Kalervo Paasilinna (suppléant
Mario Soares), José Pacheco Pereira, Jacques F. Poos, Luís Queiró, Mechtild
Rothe (suppléant Jan Marinus Wiersma), Lennart Sacrédeus (suppléant Jacques
Santer), Tokia Saïfi (suppléant Franco Marini), Jannis Sakellariou, Ioannis
Souladakis, Francesco Enrico Speroni, Ursula Stenzel, Hannes Swoboda,
Freddy Thielemans, Gary Titley, Johan Van Hecke, Geoffrey Van Orden, Matti
Wuori, Christos Zacharakis.
Le rapport a été déposé le 19 octobre 2000.
Le délai de dépôt des amendements sera indiqué dans le projet
d'ordre du jour de la période de session au cours de laquelle le rapport
sera examiné.
PROPOSITION DE RÉSOLUTION
Résolution du Parlement européen sur le rapport régulier
1999 de la Commission sur les progrès réalisés par la Turquie sur la voie
de l'adhésion (COM(1999) 513 - C5-0036/2000 - 2000/2014(COS))
Le Parlement européen,
- vu la demande d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne,
- vu sa résolution du 3 décembre 1998, sur la nouvelle stratégie de
l'Union européenne vis-à-vis de la Turquie ,
- vu le rapport régulier 1999 de la Commission européenne sur les progrès
réalisés par la Turquie sur la voie de l'adhésion, publié le 13 octobre
1999 (COM(1999) 513 - C5-0036/2000),
- vu sa résolution du 2 décembre 1999 sur la mise en oeuvre d'actions
visant à approfondir l'Union douanière CE-Turquie ,
- vu le règlement du Conseil n° 764/2000 du 10 avril 2000 visant la
mise en oeuvre de l'Union douanière ,
- vu sa résolution du 6 septembre 2000 sur les mesures visant à promouvoir
le développement économique et social de la Turquie , - vu sa résolution
du 7 septembre 2000 sur les bombardements turcs au nord de l'Irak ,
- vu l'article 47, paragraphe 1, de son règlement,
- vu le rapport de la commission des affaires étrangères, des droits
de l'homme, de la sécurité commune et de la politique de défense (A5-0297/2000),
A. rappelant la décision du 13 décembre 1999 du Conseil européen
d'Helsinki d'accorder à la Turquie le statut de pays candidat à l'adhésion
à l'Union européenne, et de mettre en place un partenariat d'adhésion
ainsi qu'un cadre financier unique pour aider la candidature de la
Turquie à progresser en conformité avec les critères de Copenhague,
B. considérant que, une fois le statut de pays candidat reconnu,
il importe que l'Union, d'un commun accord avec le gouvernement turc,
élabore une stratégie crédible et globale en vue de l'adhésion et
qu'elle la mette en œuvre de manière appropriée,
C. considérant que les négociations d'adhésion ne peuvent pas commencer
tant que les critères définis lors du Conseil européen de Copenhague
ne sont pas respectés par la Turquie,
D. considérant qu'il y a lieu de créer entre la Turquie et l'Union
européenne un climat de confiance mutuelle dans lequel la Turquie
puisse concevoir l'Union non pas comme un "club chrétien exclusif"
mais comme une communauté partageant les mêmes valeurs, parmi lesquelles
figure en particulier la tolérance à l'égard des autres religions
et cultures, et constatant que l'adhésion à l'Union européenne ne
comporte aucune condition culturelle ou religieuse formelle,
E. prenant acte des changements législatifs réalisés sur la voie
de la démocratisation depuis la réforme constitutionnelle de 1995
et la création de la commission de conciliation auprès de la Grande
Assemblée Nationale Turque chargée des travaux de réforme de la constitution,
F. saluant la signature par la Turquie, les 15 août et 8 septembre
2000, de quatre importantes Conventions des Nations Unies portant
respectivement sur les droits politiques, civils, sociaux et culturels,
qui doivent être ratifiées le plus rapidement possible, afin que les
droits de l'homme et le pluralisme démocratique soient garantis dans
ce pays,
G. soulignant que malgré les progrès ainsi accomplis sur la voie
de la démocratisation, la situation des droits de l'Homme et des minorités
doit continuer a être améliorée par la mise en oeuvre la plus rapide
possible de ces conventions,
H. considérant que la confirmation à Ankara des peines prononcées
contre l'ancien Premier ministre Necmettin Erbakan n'est pas conforme
aux règles de la démocratie pluraliste comme l'a déclaré Lord Russel-Johnston,
Président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe,
I. considérant que la résolution 1250 du Conseil de Sécurité des
Nations Unies invitait les parties chypriotes turque et grecque à
engager des négociations à l'automne 1999 et qu'aucun progrès en ce
sens n'a été constaté en dépit des contacts encourageants établis
sous l'égide du Secrétaire Général des Nations Unies en décembre 1999
et en janvier 2000; déplorant au contraire la violation du statu quo
militaire par les forces d'occupation turques dans le village de Strovilia
depuis le 1er juillet 2000,
J. considérant que l'arrêt de la Cour Européenne des Droits de l'Homme
"Loïzidou contre Turquie" (n°15318/89), rendu le 28 juillet 1998,
statuant en faveur de la requérante, n'a toujours pas été appliqué
à ce jour,
K. considérant que l'élection à la Présidence de la République de
M. Sezer, qui a fait la preuve de son engagement en faveur de l'Etat
de droit, constitue un atout pour mener à bien les réformes nécessaires,
L. constatant la place de la Turquie dans l'économie européenne avec
un PIB de 185 milliards de dollars en 1999, et les liens déjà établis
entre la Turquie et l'Union européenne, 53 % des exportations de ce
pays s'effectuant avec les membres actuels de l'Union européenne et
la Turquie se trouvant au 6ème rang des pays importateurs de produits
en provenance de l'Union,
M. considérant qu'en décembre 1999, le train de réformes économiques
réclamées par le FMI, visant à instaurer la rigueur budgétaire et
à endiguer l'inflation galopante, a été approuvé par le Parlement
turc,
N. encourageant le gouvernement turc, d'une part, à s'engager à mener
des réformes structurelles qui, du démantèlement des subventions d'Etat
à la refonte des retraites ou encore à l'accélération des privatisations,
doivent tendre à renforcer les règles d'un marché libre et accessible
à tous, et, d'autre part, à continuer ses efforts pour adopter la
législation communautaire,
O. reconnaissant la grande importance géostratégique de la Turquie,
eu égard à son rôle dans le cadre de l'Alliance atlantique et à son
statut de membre associé à l'UEO, mais faisant observer que des considérations
géopolitiques et stratégiques ne sauraient être prépondérantes dans
les négociations relatives à l'adhésion,
P. se félicitant du fait que la Turquie a signalé son intention de
contribuer à engager des capacités militaires dans le cadre de la
politique européenne commune en matière de sécurité et de défense
(PECSD),
Q. déplorant la récente incursion de l'aviation turque en territoire
irakien à l'occasion du bombardement de Kendakor le 15 août 2000,
qu'il condamne catégoriquement,
R. considérant, en accord avec le rapport de la Commission européenne,
que "la Turquie a réalisé un important travail d'auto-évaluation du
niveau d'harmonisation de sa législation avec l'acquis communautaire"
et qu'elle est le seul pays candidat à avoir adhéré à l'Union douanière,
S. saluant la décision, prise dans cet esprit le 5 juillet 2000 par
le Parlement turc, d'inclure dans le huitième plan quinquennal de
développement les principes de la reprise de l'acquis communautaire
et de créer un secrétariat à l'Union européenne chargé de coordonner
les travaux nécessaires à cette reprise,
T. soulignant cependant qu'un effort conséquent reste à réaliser
pour la réforme en cours d'élaboration du code civil turc, notamment
en matière de droit parental et de droits des femmes,
U. exprimant sa préoccupation envers le projet visant à rendre possible
le licenciement de fonctionnaires pour des raisons idéologiques ou
religieuses,
1. se réjouit de la reprise des activités institutionnelles et
du dialogue politique au sein du Conseil d'Association qui s'est
réuni le 11 avril 2000, après trois ans d'interruption salue en
particulier la récente mise en oeuvre des conclusions du Conseil
d'association, à savoir l'ouverture de l'examen analytique de l'acquis
communautaire par la création de huit sous-comités chargés de la
définition des priorités concernant l'intégration de l'acquis communautaire;
constate avec satisfaction que les premières réunions de trois de
ces organes ont été fructueuses et espère que les autres auront
lieu d'ici à la fin de l'année;
2. encourage le gouvernement turc à intensifier ses efforts de
démocratisation, notamment dans les domaines de la réforme du code
pénal, de l'indépendance de la justice, de la liberté d'expression,
des droits des minorités et de la séparation des pouvoirs, surtout
en ce qui concerne l'impact du rôle de l'armée dans la vie politique
turque;
3. invite le gouvernement et le parlement turcs à ratifier et à
mettre en œuvre les Conventions des Nations Unies signées récemment
et relatives aux droits politiques, civils, sociaux et culturels;
4. encourage à cet égard le Parlement et le gouvernement turcs
à intégrer dans le programme gouvernemental le rapport élaboré par
le Secrétariat du Haut Conseil de coordination turc des droits de
l'homme ; salue l'adoption par le Conseil des ministres turc, le
21 septembre 2000, de ce rapport comme "document de référence et
de travail" et demande que soit réintégrée dans ce rapport la partie
concernant les droits culturels, en y ajoutant des mesures concrètes
en faveur de la protection des droits des minorités;
5. escompte une abolition urgente des cours de sûreté de l'État
et salue l'adoption de la loi portant ajournement des poursuites
et des peines pour des délits de presse et de radiodiffusion;
6. demande, dans un premier temps, une amnistie en vue d'aboutir,
à moyen terme, à une réforme du Code pénal qui le rende compatible
avec le principe universel de la liberté d'expression;
7. interprète la décision récente de la Cour constitutionnelle
sur la loi offrant un sursis aux crimes commis par voie de presse
comme une mesure visant à conforter l'État de droit ; encourage
les autorités compétentes à saisir cette occasion pour poursuivre
leurs réformes en ce sens, sachant que ce processus, en toute logique,
les conduira notamment à une remise en question profonde de l'article
312 du Code pénal;
8. demande qu'après beaucoup de promesses, la peine de mort soit
abolie au plus vite dans le cadre de la réforme pénale et qu'en
attendant, le moratoire en cours soit maintenu;
9. rappelle son attachement à la reconnaissance des droits élémentaires
des identités culturelles, linguistiques et religieuses qui composent
la mosaïqueturque;
10. invites therefore the Turkish Government and the Great Turkish
National Assembly to add fresh support to the Armenian minority
as an important part of Turkish society, due to their tragic past
before the establishment of the modern state of Turkey;
11. prend note des décisions intervenues le 30 novembre 1999 pour
la levée de l'état d'urgence, dans la province de Siirt et, le 26
juin 2000, dans la province de Van ; demande au gouvernement turc
de lever aussicet état d'urgence dans les autres provinces de la
région du Sud-Est ; demande qu'une solution spécifique soit apportée
au conflit kurde, qui s'assortisse des indispensables réponses politiques,
économiques et sociales;
12. engage le gouvernement turc à réorienter concrètement sa politique
en vue d'améliorer la situation des droits de l'homme de tous ses
citoyens, y compris ceux appartenant à des identités dont les racines
plongent dans l'histoire de ce pays, afin de trouver, pour ceux
d'origine kurde, une solution politique respectant l'intégrité territoriale
de la Turquie;
13. se félicite de ce que le gouvernement turc ait adopté en septembre
2000 un plan d'action visant à rétablir les équilibres économiques
dans le but de résorber les disparités régionales, en fournissant
des ressources appropriées, ainsi qu'à promouvoir la revitalisation
des hameaux et la reconstruction des villages, ceci afin de permettre
aux habitants d'y revenir, ce à quoi s'ajoutent de nombreuses autres
mesures tendant à favoriser l'investissement dans le sud-est;
14. salue la décision du Conseil européen d'Helsinki de mettre
en place un cadre financier unique qui serait basé sur des ressources
d'un niveau approprié ainsi qu'un partenariat d'adhésion ; invite
le Conseil et la Commission à donner le plus rapidement possible
un contenu à ces deux décisions et à réexaminer le volume de l'aide
financière apportée par l'Union européenne à la Turquie, qui devrait
répondre aux besoins de la stratégie de pré-adhésion;
15. demande au Conseil européen, conformément aux dispositions
du dialogue politique de l'Union européenne avec les pays associés
de prendre note de la requête du gouvernement turc d'être associé
d'une façon ou d'une autre au processus d'évolution de la politique
étrangère et de sécurité commune et salue la volonté de la Turquie
de contribuer à l'amélioration des capacités européennes dans le
cadre de la politique européenne commune en matière de sécurité
et de défense (PECSD);
16. demande au gouvernement turc, conformément à la résolution
1250 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, de participer à la
création d'un climat propice, et sans conditions préalables, aux
pourparlers entre les communautés chypriotes grecque et turque,
en vue de parvenir à un règlement négocié, global, juste et durable
qui soit conforme aux résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité
et aux recommandations de l'Assemblée générale des Nations Unies,
comme réaffirmé par le Conseil européen; espère que cela pourra
se faire au cours du cinquième tour des négociations de proximité,
qui débutera le 10 novembre 2000 et que celles-ci déboucheront sur
des négociations bilatérales, sous le contrôle de l'ONU, permettant
d'aboutir à des progrès substantiels;
17. demande au gouvernement turc de retirer ses troupes d'occupation
de la partie nord de Chypre;
18. invite le gouvernement turc, comme il l'a proposé, à améliorer
ses relations avec l'ensemble de ses voisins du Caucase dans le
cadre d'un Pacte de stabilité pour la région;
19. invite le gouvernement turc, en coopération avec la Commission,
à poursuivre ses efforts tendant à intensifier la mise en œuvre
de la stratégie de pré-adhésion en matière d'intégration de l'acquis
communautaire en améliorant notamment la situation dans des domaines
tels que le marché intérieur, l'agriculture, les transports, l'environnement
et l'organisation administrative;
20. se félicite de ce que le gouvernement turc ait indiqué récemment
que le processus de réforme, qui englobe la modification du code
pénal et du code civil turcs, y compris les droits parentaux et
les droits des femmes, serait renforcé au cours de l'année à venir;
21. invite le gouvernement turc à se conformer aux décisions, passées
et à venir, de la Cour Européenne des Droits de l'Homme,
22. estime que la Turquie ne remplit pas actuellement tous les
critères politiques de Copenhague et réitère sa proposition de mise
en place de forums de discussion, réunissant des personnalités politiques
de l'Union européenne et de la Turquie mais aussi des représentants
de la société civile, afin de favoriser le dialogue politique et
d'aider la Turquie à progresser sur la voie de l'adhésion; salue
l'initiative prise par l'ancien Président de la Turquie, M. Demirel,
d'établir une fondation Europe-Turquie qui pourrait prendre place
dans ce forum;
23. demande à la Commission d'élaborer et de mettre en œuvre des
programmes supplémentaires dans le domaine de l'éducation, eu égard
au pourcentage extrêmement élevé (50%) de jeunes de moins de 25
ans, afin de contribuer à la promotion de la compréhension en ce
qui concerne les principes fondamentaux des valeurs communes de
l'Europe;
24. invite le Conseil et la Commission à trouver les moyens d'améliorer
l'efficacité des programmes MEDA pour la démocratie en Turquie afin
d'y renforcer la société civile, d'y consolider le système démocratique
et d'y soutenir les médias libres et indépendants;
25. charge son Président de transmettre la présente résolution
à la Commission, au Conseil, aux gouvernements et aux Parlements
des Etats membres ainsi qu'au gouvernement et au Parlement turcs.
EXPOSE DES MOTIFS
Le 13 décembre 1999 le Conseil européen d'Helsinki décidait d'accorder
à la Turquie le statut de candidat à l'adhésion à l'Union européenne et
de mettre en place un partenariat d'adhésion ainsi qu'un cadre financier
unique pour aider la candidature de la Turquie à progresser en conformité
avec les critères de Copenhague.
Depuis cette date, il faut saluer les efforts accomplis par la Turquie
dans la définition d'un programme d'évolution de son arsenal juridique
pour mieux satisfaire en particulier les exigences de l'Union en matière
de respect des droits de l'homme.
En témoigne, entre autres, le rapport élaboré sous la direction de M.
Demirok, Secrétaire du Haut Conseil de coordination turc des droits de
l'homme, proposant un très volumineux ensemble de réformes de la Constitution,
rapport qui pourrait être transformé rapidement en programme de gouvernement
selon la suggestion du Commissaire Verheugen lors de sa dernière visite
à Ankara.
Mais force est aussi de constater et de comprendre l'émotion suscitée
au sein des différents partis politiques et dans l'opinion publique turque
par la prise de conscience de l'importance de ces réformes. Les citoyens
turcs mesurent que leur entrée dans l'Union nécessitera non seulement
une révision sans douleur de leurs institutions et l'abandon partiel d'une
souveraineté à laquelle ils restent jalousement attachés, mais aussi un
changement radical de leurs habitudes et de leurs mentalités.
C'est la raison qui a amené notre Parlement à proposer la mise sur pied
d'un forum euro-turc associant dans une réflexion approfondie les représentants
qualifiés de la communauté turque et les parlementaires européens qui
en auront reçu le mandat. La décision d'adhésion de la Turquie aura trop
d'importance pour l'avenir de l'Union et de la Turquie elle-même pour
qu'elle puisse être conclue dans le silence feutré, voire dans le secret
des cabinets. Il y faudra de longs débats tant au Parlement européen que
dans les parlements nationaux et c'est pourquoi tout le monde s'accorde
à reconnaître que la route sera longue et qu'elle sera difficile. La mise
sur pied du forum proposé par notre Parlement devrait permettre de surmonter
ainsi les premiers obstacles rencontrés sur cette route.
Notre Parlement devra, à l'intérieur de ce forum et au cours de ces débats,
dire très clairement à nos partenaires turcs qu'ils n'ont pas à craindre
une quelconque volonté européenne d'ingérence dans leurs affaires intérieures
mais que nous leur proposons un contrat en cours de définition plus précise
à l'occasion du Partenariat d'adhésion et au sein de la convention sur
la charte des droits fondamentaux. Il leur appartiendra de l'accepter
ou de le refuser.
Dans l'état actuel des choses, il appartient aussi à notre Parlement
de dire au peuple turc qu'il y a aujourd'hui au moins trois conditions
préalables à son adhésion.
Tout d'abord le respect du besoin d'identité manifesté d'autant plus
clairement à travers l'Europe par nos concitoyens qu'ils ont un plus ferme
désir de préserver leurs racines, face aux inéluctables progrès de la
mondialisation. L'Europe, consciente que sa richesse est forte de sa diversité,
est résolue à reconnaître ce besoin d'identité et c'est pourquoi elle
insiste sur les droits et aussi sur les devoirs des minorités. C'est dans
cet esprit qu'elle est prête à aider la Turquie à trouver en particulier
une solution au problème kurde.
Le deuxième problème, qui devra à l'évidence trouver sa solution dans
les meilleurs délais, c'est celui de Chypre, dont personne ne comprendrait
aujourd'hui qu'elle demeure divisée par un mur comme il s'en est heureusement
abattus beaucoup d'autres au cours de la décennie écoulée comme, par exemple,
à Berlin et à Sarajevo.
Enfin, dans la mesure où le combat contre le terrorisme peut être considéré
comme achevé, le poids que pèse l'armée turque dans l'élaboration des
décisions politiques devrait progressivement diminuer. Cela évitera la
persistance de dérapages comme il s'en est produit cette année encore
à Chypre et dans le Nord de l'Irak. Parce qu'ils sont détenteurs de la
force, les militaires ne peuvent être ceux qui en décident l'emploi.
"Cedant Arma Togae". L'adage romain est toujours valable.
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