Dans le cadre des élections présidentielles 2002, le Comité de Défense de la Cause Arménienne (CDCA) a été délégué pour interroger l'ensemble des candidats sur une série de questions préoccupant la communauté arménienne. (lire le courrier)

Dans ce cadre, nous avons reçu les réponses de Robert Hue

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Paris, le 14 mars 2002

Monsieur le Président,

C'est bien volontiers que je souhaite répondre aux cinq questions que vous posez. Je voudrais rappeler, en préalable, l'appui constant des parlementaires communistes à la cause du peuple arménien parce qu'elle touche aux fondements même de notre philosophie. Nous sommes restés fidèles à nos engagements exprimés dès 1965, à l'occasion du 50ème anniversaire du génocide, et pour la première fois à l'Assemblée nationale, par l'interpellation de mon ami Guy Ducoloné.

Question : Quelles mesures entendez-vous prendre pour empêcher la négation du génocide des Arméniens, pour organiser le devoir de mémoire et pour contribuer à sa reconnaissance internationale ?

Robert Hue : D'abord s'impose le respect pour les innombrables victimes de cette tragédie comme pour ceux qui, ayant réussi à la fuir, ont tout perdu. La reconnaissance aussi du rôle joué par la communauté arménienne dans notre pays en apportant, par son arménité, un facteur de dynamisme, une source d'enrichissement social et culturel. Sans oublier les Français d'origine arménienne qui, aux heures les plus sombres de notre histoire, prirent toute leur part des combats pour notre liberté, à l'image de Missak Manouchian et de son groupe de " l'Affiche rouge " qui, comme l'a changé Aragon, donnèrent " leur cœur avant le temps " et qui " criaient " " la France en s'abattant ". Tout cela explique la nécessité d'exercer un devoir de mémoire sur le premier génocide du XXème siècle, d'une brûlante actualité. L'Education nationale devra y occuper un rôle central. J'agirai ensuite au sein de la communauté internationale pour la reconnaissance du génocide. Une action d'autant plus nécessaire que les campagnes négationnistes contre le mouvement d'opinion internationale en faveur de cette reconnaissance ne désarment pas.
Je demanderai de compléter la loi de mon ami Jean-Claude Gayssot du 13 juillet 1990 tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite, xénophobe et d'élargir le dispositif prévu par la loi pour la défense des intérêts moraux de la Résistance ou des déportés aux victimes de tout génocide.
Je souhaite enfin exprimer ma fierté et l'honneur que je ressens d'avoir contribué au nom des citoyens français à faire de notre pays l'un de ceux qui mettent solennellement et institutionnellement un terme à plus de 85 ans d'occultation et de négation du premier événement tragique du XXème siècle.

Question : Quelles sont pour vous les conditions préalables à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne ?
Robert Hue : La Turquie devra tôt ou tard affronter son histoire et la voie de son intégration dans l'Union européenne passe par là, par l'établissement d'un Etat de droit, par le règlement de la question kurde, par l'évacuation de Chypre…

Chercher à " arrondir les angles " avec les autorités turques à propos de la reconnaissance du génocide ne pourra que conforter la Turquie dans un comportement qui compromet son entrée au sein de l'Union européenne, et l'établissement d'une paix durable entre Turcs et Arméniens par la consolidation de leur démocratie et le renforcement des droits humains. Des citoyens turcs en prennent conscience et plaident courageusement pour la reconnaissance du génocide. Je les soutiens. je n'ai pas le sentiment d'effectuer un acte d'hostilité à l'égard de la Turquie, en précisant cela.

Question : La France en tant que co-présidente du Groupe de Minsk de l'OSCE a pris des initiatives récentes pour un règlement pacifique du conflit du Haut-Karabakh. Quelles mesures entendez-vous prendre afin d'aboutir à un règlement rapide de ce conflit ?

Robert Hue : Je continuerais d'affirmer la vraie volonté de trouver une solution qui soit à la fois équitable et acceptable par les deux parties, en liaison étroite avec les autres membres du groupe de Minsk de l'OSCE, c'est à dire les partenaires russes et américains. Tout accord de paix devra être accompagné, impérativement, d'une aide massive à la reconstruction des zones dévastées.

Question : Compte tenu des liens historiques privilégiés qu'entretiennent la France et l'Arménie et du blocus illégal exercé à l'encontre de l'Arménie par la Turquie et l'Azerbaïdjan depuis maintenant une décennie, quelles actions comptez-vous entreprendre pour développer les échanges économiques et culturels avec l'Arménie et pour mettre fin rapidement à ce blocus ?

Robert Hue : La connaissance et la compréhension mutuelles sont des facteurs incontournables du développement de la coopération économique, scientifique, culturelle, des échanges humains. En s'appuyant sur l'expérience fructueuse de nombreuses associations tant françaises qu'arméniennes, je pense qu'on doit développer encore plus les coopérations décentralisées entre collectivités territoriales et favoriser le développement de la société civile en Arménie.
Quant à la question du blocus illégal à l'encontre de l'Arménie par la Turquie et l'Azerbaïdjan, je le condamne ici comme ailleurs : c'est toujours les peuples qui en souffrent. En ce qui me concerne, je vous l'ai dit, je milite pour permettre une intervention efficace de la France dans le processus de règlement du conflit du Haut-Karabakh, et créer les conditions d'une entente entre les pays caucasiens, d'une aide des pays concernés de l'Union européenne pour résoudre leurs problèmes de développement en y favorisant l'essor de l'activité économique et de l'emploi.

Question : La France semble évoluer vers une société multiculturelle. Quelles impulsions comptez-vous donner pour en assurer un développement harmonieux ? Dans ce cadre, comment comptez-vous préserver la culture et l'identité arménienne et renforcer l'enseignement de la langue arménienne ?

Robert Hue : Cette société française multiculturelle est un atout précieux. Le mot " intégration " n'est pas toujours opportun pour qualifier la politique qu'il faut mettre en œuvre. Je préfère parler de dialogue, d'échange, de respect, de dynamique des droits, afin de vivre ensemble dans le respect des valeurs universelles. Une dynamique qui suppose de nouvelles conceptions de rapports entre nation et monde, entre intérêt général et développement des individus… Avec un fil conducteur : agir contre toutes les discriminations, les aliénations, les dominations générées par le capitalisme.
La France en valorisant sa langue commune et " ses langues particulières -régionales, d'immigration- restera une nation cohérente. Elle doit manifester davantage son souci de diversité qui contribue si bien à sa singularité, et, par là, à son rayonnement.
Je veux promouvoir une francophonie synonyme de diversité des cultures. Une francophonie partenaire qui relève le défi d'un impérialisme réducteur, uniformisateur, sans se replier sur des positions isolationnistes.
Quant à la préservation de la culture, de l'identité arménienne du renforcement de l'enseignement de la langue arménienne, j'affirme que son droit à l'existence et au développement doit être garanti. L'Education nationale, la Ministre de la Culture doivent y contribuer en partenariat avec le mouvement associatif des deux pays.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de mes sentiments les meilleurs.


Robert Hue