|
Dans le cadre des élections présidentielles 2002, le Comité de Défense de la Cause Arménienne (CDCA) a été délégué pour interroger l'ensemble des candidats sur une série de questions préoccupant la communauté arménienne. (lire le courrier) Dans ce cadre, nous avons reçu les réponses de Jacques Chirac Question n°1 : Quelles mesures entendez-vous prendre pour empêcher la négation du génocide des Arméniens, pour organiser le devoir de mémoire et pour contribuer à sa reconnaissance internationale ? Le Parlement français s'est prononcé solennellement sur la reconnaissance du génocide arménien de 1915. Ce geste de la représentation nationale a été salué par toutes les communautés arméniennes dans le monde comme répondant au devoir de mémoire.
Le Conseil européen d'Helsinki a accepté, en décembre 1999, le principe de la candidature de la Turquie. Si cette décision a permis de rapprocher la Turquie de l'Union européenne et a ouvert de nouvelles perspectives aux aspirations européennes de ce pays, encore faut-il, cela va de soi, que les critères économiques et démocratiques qui constituent un préalable a son adhésion soient remplis. Or, dans l'état actuel des choses, la Turquie ne remplit pas les critères de Copenhague et ne peut donc pas commencer à négocier son entrée dans l'Union européenne. Comme je l'ai clairement affirmé à plusieurs reprises, celles-ci ne pourront commencer que lorsque la Turquie respectera ces critères. L'adhésion n'est donc pas pour demain, mais l'admission de sa candidature, assortie d'un cadre contraignant, donnera la faculté de juger sur pièces et d'en tirer les conséquences sur la possibilité, pour ce pays, de rejoindre un jour l'Union. C'est pourquoi, j'encourage instamment la Turquie à continuer à progresser sur la voie du respect des critères tant économiques que politiques, notamment en matière des droits de l'homme. Question n°3 . La France en tant que co-présidente du Groupe MINSK de l'OSCE a pris des initiatives récentes pour un règlement pacifique du conflit du Haut-Karabakh. Quelles mesures entendez vous prendre afin d'aboutir à un règlement rapide de ce conflit ? Naturellement, je souhaite qu'une solution durable soit trouvée à ce conflit qui endeuille depuis trop longtemps l'Arménie et l'Azerbaidjan. Je m'efforce, comme vous le savez, au sein du groupe Minsk, de favoriser les rencontres entre les parties afin que puisse être enfin envisagé un avenir de paix et de prospérité auquel aspire le peuple arménien. A mon initiative personnelle, deux sommets se sont d'ailleurs tenus à Paris, réunissant les présidents Kotcharian et Aliev. Je pense qu'ils en sont reconnaissants à la France car des principes ont été définis qui permettront, je l'espère, de trouver un accord de paix acceptable par les deux parties. Mais j'estime qu'il faut aller bien au-delà. Il nous faudra du courage, de la détermination et de l'audace. Je ne ménagerai pas mes efforts, si je suis élu, pour qu'enfin la paix revienne dans le Caucase du Sud. J'y travaillerai, comme je l'ai toujours fait, avec les deux autres co-présidents du groupe Minsk. La France saura, j'en suis sûr, convaincre les institutions internationales et ses partenaires de l'Union européenne en vue d'accompagner un accord de paix par une aide à la reconstruction des zones dévastées pendant le conflit et à la relance de vos économies.
Mon engagement en faveur d'une solution d'apaisement entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan va de pair avec une détente dans l'ensemble de la région, notamment entre l'Arménie et la Turquie. Au-delà des aspects politiques, cela doit naturellement passer par la restauration et le développement des échanges. J'en profite pour souligner que des entreprises françaises sont présentes en Arménie et saluer l'activité inlassable des Français d'origine arménienne pour favoriser les échanges économiques et culturels.
Plutôt qu'à une société multiculturelle, j'aspire à ce que la communauté des citoyens Français se reconnaisse dans un projet civique partagé, riche des apports de toutes ses composantes. Sur ce point, je tiens à dire combien la France s'enorgueillit de la présence active et talentueuse en son sein de quelques 450 000 Français d'origine arménienne. En effet, leur histoire est exemplaire. Arrivés dans notre pays encore traumatisés par la tragédie qu'ils venaient de vivre, ils ont eu à cur de développer en France de nouvelles racines. Par leur courage et leur énergie, par les vertus du travail, et de la solidarité, par la volonté de se montrer dignes des sacrifices des aînés en assurant le meilleur destin aux enfants, ils sont devenus les artisans parmi les plus actifs du développement de notre pays, de sa démocratie, de sa vitalité au seuil du nouveau siècle. Ces Français, modèles d'intégration, s'illustrent dans tous les domaines : les arts, la recherche, l'université, le sport, l'économie. Aussi, il me parait fondamental que chacun puisse encore mieux apprécier
et admirer la riche et singulière culture arménienne et
tout ce qu'elle a apporté et apporte au monde. C'est pourquoi,
si je suis élu, je souhaite que soit créé en France,
un institut culturel, lieu d'échanges et de création, consacré
à l'histoire, à l'art, à la culture arménienne.
Pour devenir un véritable projet, cette idée a besoin du
soutien de l'Etat mais aussi de l'ensemble des institutions et associations
arméniennes, de toutes tendances, et également de l'accord
d'une collectivité territoriale susceptible de l'accueillir. Enfin,
vous le savez, mon souci de préserver l'identité historique
arménienne m'a par ailleurs conduit à encourager, depuis
de longues années, les travaux de confortation du site et de la
cathédrale d'Ani, projet emblématique dont j'espère
qu'il aboutira dans un proche avenir. |