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Dans le cadre des élections présidentielles 2002, le Comité de Défense de la Cause Arménienne (CDCA) a été délégué pour interroger l'ensemble des candidats sur une série de questions préoccupant la communauté arménienne. (lire le courrier) Dans ce cadre, nous avons reçu les réponses de Jean-Pierre Chevènement De Georges SARRE, député de Paris, président du Mouvement des Citoyens, au nom de Jean-Pierre CHEVENEMENT Question n°1 : Quelles mesures entendez-vous prendre pour empêcher la négation du génocide des Arméniens, pour organiser le devoir de mémoire et pour contribuer à sa reconnaissance internationale ? La première mesure à prendre pour perpétuer la mémoire du génocide est de lutter contre les expressions du négationnisme, notamment contre les livres et les sites internets, pour la plupart venant de Turquie ou de milieux turcs à l'étranger. Pour ce qui est d'internet, il faut que les associations arméniennes s'adressent aux fournisseurs d'accès, comme le fait l'association " J'accuse " pour la négation de la Shoah et dont les actions en justice ont porté. Pour les expressions écrites et verbales du négationnisme, il faut inclure dans la loi française une clause qui permettra la condamnation des négationnistes. Le devoir de mémoire passe par les commémorations mais aussi par l'éducation. A ce titre, je souhaite que les programmes scolaires traitent le génocide arménien comme il se doit. La reconnaissance internationale du génocide, enfin, progresse. En France existe maintenant la loi du 29 janvier 2001, votée par les élus du Mouvement des Citoyens qui d'ailleurs, dès le 13 mai 1998, avaient déposé devant l'Assemblée Nationale une proposition de loi qui réclamait la reconnaissance par la France du génocide arménien. L'Italie, la Suède, la Belgique et la Grèce l'ont reconnu et un débat est en cours devant la Chambre américaine des représentants ; le Parlement suisse est aussi saisi. Tout cela est positif. De plus, le Parlement européen a adopté le 28 février 2002 le rapport Gahrton qui demande à la Turquie de reconnaître le génocide arménien. Il faut donc maintenant que la Turquie sache aborder son histoire avec
le recul et la sensibilité nécessaires à cette reconnaissance.
Elle ferait ainsi preuve de sa capacité à s'intégrer
à l'Union européenne.
L'entrée de la Turquie dans l'Union européenne est souhaitable à terme. Depuis le sommet d'Helsinki, elle est officiellement candidate, mais les négociations n'ont pas commencé et cette adhésion ne fait pas l'unanimité des Etats membres actuellement. Je vous rappelle que le Parlement européen a adopté le 15 novembre 2001 une résolution qui pose comme préalable à l'adhésion et la reconnaissance du génocide arménien et le retrait des troupes turques de Chypre-nord. C'est un amendement au rapport Morillon qui a imposé ces deux préalables auxquels je suis favorable. Il faut enfin que la Turquie donne des garanties de respect des normes démocratiques et des droits de l'homme. Mais, il faut s'en souvenir, la Turquie est un des très rares pays musulmans laics. Question n°3 . La France en tant que co-présidente du Groupe MINSK de l'OSCE a pris des initiatives récentes pour un règlement pacifique du conflit du Haut-Karabakh. Quelles mesures entendez vous prendre afin d'aboutir à un règlement rapide de ce conflit ? Je soutiens totalement l'initiative française. Le règlement pacifique du conflit suppose la signature d'un traité de paix. Or le président azerbaidjanais Heydar Aliev a déclaré le 17 octobre 2001 que son pays était près, si nécessaire, à récupérer le Haut-Kharabakh par la force. Il faut empêcher cela et la France le peut, qui avait déjà réussi à faire se rencontrer ici les présidents arménien et azerbaidjanais en janvier et mars 2001. Il est également indispensable que le blocus de l'Arménie mis en place depuis 10 ans par l'Azerbaidjan et la Turquie soit levé. Je souhaite en outre que les représentants de la communauté arménienne du Kharabakh soit incluse dans le processus de négociations. Je salue enfin le président GHOUGASSIAN, de la République du Kharabakh, qui vient de se rendre en visite en France.
En ce qui concerne le blocus, la France doit continuer à faire entendre sa voix, tant à l'ONU qu'au sein du groupe de Minsk, pour en obtenir la levée. En ce qui concerne les relations bilatérales, la France possède un ambassadeur en Arménie et il existe déjà des échanges commerciaux dans lesquels d'ailleurs la communauté arménienne de France joue un rôle important. Je souhaite qu'une importance particulière soit donnée au développement de l'enseignement du français en Arménie, or le gouvernement néglige la francophonie et celle-ci dispose de moyens insuffisants. Il faudrait également que notre compagnie nationale d'aviation desserve Erevan.
La France a connu, depuis le XIXè siècle, des vagues successives d'immigration qui se sont parfaitement intégrées dans la République. C'est la laïcité, principe fondateur de la République, qui a rendu possible le modèle français d'intégration et c'est elle qui doit continuer à nous guider, à rassembler tous les citoyens. C'est aussi le seul moyen pour éviter les tensions inter- communautaires. Pour assurer le développement harmonieux d' une société française intégratrice, il faut également remettre les valeurs de la République à l'honneur, redonner un rôle central à l'Etat, rétablir les conditions économiques et sociales qui favorisent l'intégration. L'immigration arménienne en France est un excellent exemple d'intégration réussie, ce qui ne l'empêche nullement d'entretenir sa culture, de transmettre sa foi et sa langue. Elle possède un fort sentiment d'identité qui se manifeste par l'activité de nombreuses associations culturelles et cultuelles, de journaux et de radios en arménien. C'est à elles de continuer ce travail, avec l'appui des pouvoirs publics et des collectivités locales. La langue arménienne est enseignée dans le supérieur, notamment à l'Institut des langues et civilisations orientales. On peut envisager de développer cet enseignement dans les universités des régions où vit une forte communauté arménienne, Ile de France ; Rhônes-Alpes ; Provence- Alpes- Côte d'Azur. L'arménien est une langue optionnelle au baccalauréat, il faut, en fonction de la demande des familles, permettre qu'il soit enseigné, donc qu'existent les diplômes permettant de recruter des enseignants compétents. L'information sur les cultures religieuses qui, suite au rapport de Régis Debray, devrait être mise en place par le ministère de l'Education, tiendra compte de l'histoire et des spécificités de l'Eglise arménienne. Il est enfin souhaitable de construire un centre national d'art et de
culture arménienne qui bénéficierait de l'appui financier
de l'Etat et des collectivités locales.
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