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REUNION PUBLIQUE DU CDCA - DIMANCHE 7 AVRIL 2002 - PARIS
Il ne faudrait pas en effet, sous prétexte que certaines réponses aient pu paraître parfois flous, parfois peu engageantes, donner plus de crédit à tous ceux qui ne se sont jamais exprimés ou qui ont refusé de s'exprimer. Nous avons la chance d'avoir des amis fidèles ici présents. Nous savons que nous exigeons beaucoup d'eux mais eux savent que nous nous battons pour une cause juste dans le respect des principes démocratiques. Et puisque notre rôle à nous, CDCA, est de parler de politique au sens noble du terme, au sens de la vie de la cité et les français d'origine arménienne font partie de cette cité qu'est la France, nous allons voir ensemble quelles sont les réponses qui nous ont été apportées et quels commentaires nous pouvons faire sur cette campagne électorale. Je voudrais vous remercier d'avoir répondu présent à
l'appel du CDCA relayé par le Comité de Coordination des
associations Arméniennes de France pour démontrer une nouvelle
fois que sur les thèmes qui la touche, la communauté arménienne
est unie et fait bloc. Ce rôle d'intermédiaires, nous l'accomplissions en toute
lucidité. Nous avons appris à être patients, à
faire aboutir des sujets étapes par étapes et exprimer avec
le plus de clarté l'opinion de l'ensemble de la communauté.
Ainsi, sur la reconnaissance du génocide arménien, nul
ne peut se prévaloir aujourd'hui plus qu'un autre de la victoire
de la reconnaissance du génocide arménien par la France.
Quels que soit votre opinion ou votre choix, il est important d'accomplir son devoir civique. Trop de pays, trop de peuples souffrent encore de l'absence de démocratie, sachons faire vivre la notre avec nos différences mais surtout avec nos engagements. Dans le cadre des élections présidentielles 2002, le CDCA s'était vu déléguer le soin d'interroger les candidats. 19 ont reçu le questionnaire et sur les 16 définitivement en course, 10 ont répondu. Passons rapidement sur ceux qui n'ont pas encore daigné répondre (tout reste possible avant le 21 avril) et qui se retrouve essentiellement à l'extrême gauche avec Mme Laguiller, M Besancenot et M Gluckstein, dans la droite libérale avec Mme Boutin et M. Madelin et chez les chasseurs de M Saint-Josse. Viennent ensuite ceux qui ont répondu mais qui se sont moqués
de nous et en premier lieu M Pasqua. Voilà bien le comportement
que les Arméniens ne veulent plus entendre. Voilà un homme
qui souhaitait se présenter devant la France mais qui juge qu'il
n'a pas à répondre aux interrogations des français.
En faisant l'amalgame entre nos questions sur le négationnisme,
le Karabakh ou la diversité culturelle et l'interdiction totale
du foie gras ou la coupe des oreilles des dobermans, M Pasqua s'est moqué
de la communauté arménienne. Il y a ensuite l'extrême droite qui cherche à récupérer
les voix des arméniens. Nous nous sommes déjà exprimés
sur ce sujet, et il faut que les choses soient claires, MM LE PEN et Mégret,
nous récusons votre soutien qui salit notre combat. Nous comprenons que le peuple israélien doit pouvoir vivre en
sécurité sans craindre le terrorisme aveugle, mais nous
sommes solidaires aussi avec le peuple palestinien, qui comme le peuple
kosovar, comme le peuple tchétchène, comme le peuple du
Karabakh, doit pouvoir vivre dans un état indépendant sans
craindre de voir sa jeunesse mourir sous les balles d'une armée
d'occupation qui ne fait qu'entretenir la haine. De la même façon, Israël, qui devrait être le symbole de la lutte contre toutes les formes de négationnisme, qui pour avoir vécu la Shoah sait mieux que quiconque la blessure infamante que constitue la négation d'un crime contre l'humanité, ne peut pas, ne doit pas s'associer au négationnisme de l'état turc comme il l'a fait par la bouche de son ministre des affaires étrangères d'Israël, M Shimon Peres, relayées par l'ambassadrice d'Israël en Arménie Mme Rivka Cohen. Comment M Peres qui considère que ce que les Arméniens ont subi ne peut porter le nom de génocide, car rien ne pourrait être comparer à la Shoah, peut sans honte encore affirmer qu'il est un prix Nobel de la Paix. Non, tous ceci n'est pas très digne. Et qu'a-t-il obtenu en échange de ce geste visant à obtenir le soutien de la Turquie dans le monde arabo-musulman. Rien, si ce n'est hier, la déclaration du Premier ministre turc qui a condamné je cite " le génocide commis contre les Palestiniens ". Se voir donner des leçons en matière de droits de l'homme, de droits des minorités et surtout de génocide par la Turquie, on sombre dans le ridicule et M Peres peut mesurer la qualité de ses alliés. Après cette parenthèse, il nous faut revenir à cette élection présidentielle et aux réponses apportées par les six principaux candidats ici représentés. Pour cela, je vous propose de reprendre l'ordre des questions que nous avons posées aux différents candidats en commençant par la question de la reconnaissance du génocide. Je le disais en ouverture, nul ne peut se prévaloir seul de l'aboutissement de la procédure au Parlement français. Il s'agit là d'une uvre commune des parlementaires et en votre nom à tous puisque l'ensemble des groupes politiques sont ici représentés ; je vous demanderais de les saluer une fois encore pour le geste exemplaire et historique qu'ils ont accomplis. Plus important, on pourrait même dire historique, les mots prononcés par le Président de la République M Chirac et le Premier Ministre M Jospin qui tous les deux sans détour ont rappelé la réalité du génocide des Arméniens. Ces déclarations vont rejoindre dans le cur des arméniens ceux prononcés par François Mitterrand en 1981 car ils sont synonyme d'une reconnaissance de l'Etat qui va au delà de l'action de ses parlementaires. C'est un nouveau pas important pour la Cause Arménienne qui vient d'être franchi et nul doute que dès demain matin, ces deux phrases feront la une de la presse turque sous un flot d'insultes, de calomnies et de menaces de représailles économiques tous azimuts. Gageons qu'il ne s'agit pas là de simples propos de campagne, et qu'à l'occasion du 24 avril prochain, les représentants de l'exécutif éviteront cette fois-ci les périphrases, les mots cachés entre les lignes ou les guillemets. En tous les cas, la communauté arménienne y sera attentive. Concernant la question de la lutte contre le négationnisme, force est de constater que les opinions sont variées et le débat a permis de clarifier ses positions. Force est de constater aussi le silence de M. Chirac sur cette question pour laquelle il est fidèle à son opinion déjà exprimée en 1995. Néanmoins, il s'agit bien là d'une question sensible qui va bien au-delà du cadre arménien. Pour notre part, nous pensons qu'on ne peut laisser les victimes de crimes contre l'humanité et leurs descendants sans protection face à des personnes ou des états qui par leur mots commettent un deuxième crime. Et s'il est trop compliqué d'étendre la loi Gayssot alors faisons une nouvelle loi. Si cette démarche est encore difficile, alors complétons la loi du 29 janvier 2001 par un dispositif pénal. Mais la loi doit protéger les victimes, pas les criminels et on ne peut indéfiniment se laisser insulter à longueur de journée en utilisant le moyen de communication moderne qu'est Internet. C'est en ce sens que le CDCA a constitué un réseau de vigilance contre les écrits négationnistes et qu'il entend bien, à chaque fois que cela sera nécessaire, traîné les négateurs du génocide arménien devant la justice des hommes. A cet égard, avec nos amis juristes arméniens de l'AFAJA
et en liaison avec l'association " J'accuse ", nous préparons
une première action contre le site " Tête de Turc ",
hébergé, fallait-il en douté, sur le même serveur
que les services secrets turcs et qui propage non seulement des propos
négationnistes mais aussi des menaces physiques à peine
voilées à l'encontre des responsables de la communauté
arménienne et des hommes politiques qui soutiennent la Cause Arménienne.
Cela, nous ne pouvons l'accepter et nous ne nous laisserons pas faire,
croyez-nous sur parole. Vous l'avez bien compris, ce n'est pas en poursuivant une telle politique qu'à nos yeux, la Turquie peut trouver sa place dans l'Union Européenne. Et notre position sur ce sujet est simple. Il s'agit de l'application pleine et entière de la résolution du 18 juin 1987 du Parlement Européen, réitérés à l'occasion de l'adoption de M PERH GHARTON sur les relations de l'Union Européenne avec les pays du Caucase. La majeure partie des candidats se sont d'ailleurs favorablement engagés sur cette question et je fais confiance au CDCA Europe pour nous tenir régulièrement informé si ces engagements pris en France avaient quelques difficultés à franchir la frontière belge pour atteindre l'enceinte du Parlement Européen, en septembre prochain à l'occasion de la présentation du nouveau rapport Lamassoure sur l'évolution de la Turquie dans la voie de l'adhésion. Il en va de la crédibilité de certains groupes politiques, comme il en va de la crédibilité des institutions européennes. Sur la question du Karabakh, il faut saluer les propositions positives faites par Jean-Pierre Chevènement et Lionel Jospin, celles d'associer le Karabakh à la table des négociations. Tout comme, nous partons rassurer mais vigilants sur le fait que, quel que soit le prochain président de la République, la France continuera à peser sur la diplomatie internationale pour jouer un rôle moteur dans le processus de paix. Que ce soit par la détermination du président actuel, garant des principes adoptés à Paris ou du Premier Ministre qui se place dans la même perspective. Les analystes de cette campagne regrettent l'absence de différences dans les programmes des deux principaux candidats. Sur ce sujet, pour notre part, nous ne le regrettons pas. Quant à nous, que personne n'attende une faiblesse sur ce sujet.
Nous n'accepterons aucun compromis et je voudrais le dire à notre
amie Naira Melkoumian. Le Karabakh sera reconnue comme un état indépendant. Le Karabakh sera fortement rattaché à l'Arménie et que cela soit clair, aucun centimètre carré de l'Arménie ne sera donné en échange de l'indépendance du Karabakh. C'est notre engagement, c'est celui de la diaspora, c'est celui de l'Arménie, cela doit être aussi celui de la France. Il est aussi clair dans notre esprit que la paix au Karabakh favorisera le développement économique de l'Arménie. Et s'il ne fait à l'issue des réponses apportées aucun doute sur l'amitié que témoigne l'ensemble des candidats à l'égard de l'Arménie, force est de constater que peu d'engagements concrets ont été pris dans ce domaine. Et c'est vrai, qu'avec nos yeux de français qui souhaiterait la voir rayonner sur les cinq continents, on trouve toujours que la France n'en fait pas assez et que 70 entreprises françaises implantées en Arménie, c'est bien peu face à l'invasion américaine, mais aussi italienne ou allemande. Et c'est vrai aussi que le français est de moins en moins enseigné dans les écoles au profit de l'anglais. Là encore, nous pensons que la France peut jouer un rôle de modèle de développement durable pour l'Arménie, mais que pour se faire, il faut qu'elle s'en donne les moyens. Des pistes ont été ici évoquées, il est temps de passer du temps de discours ou temps de l'action, car il y va de l'intérêt à Court terme de l'Arménie mais aussi du rayonnement à long terme de la France dans cette région. Ces liens avec l'Arménie ne peuvent et ne doivent pas être seulement économiques. Ils reposent aussi sur l'attachement des français à la culture et à l'histoire de l'Arménie et des Arméniens. Le succès populaire de la pièce de théâtre " Une bête sur la lune ", récompensée par 5 Molière, ou la présentation prochaine au Festival de Cannes du film " Ararat " d'Atom Egoyan sont autant d'exemples pour le rappeler. Et ce n'est pas un hasard, si aujourd'hui, la question de la double identité, de la dualité des cultures ou du multiculturalisme sont entrés de plein pied dans le débat de la communauté arménienne. L'affirmation de cette double appartenance est une richesse pour les français d'origine arménienne et pour la France qu'il convient de développer car elle est le terreau des générations futures. Nous sommes favorables au multiculturalisme car nous pensons qu'il est une chance pour peu qu'il soit basé sur les principes du respect des autres, de la tolérance et de la démocratie. Certaines forces politiques sont en avance sur ce sujet, d'autres y sont opposées sauf pour les Arméniens. Ce n'est pas là une position tenable car elle repose sur un sous-jacent peu recommandable. Nous ne voulons pas être une exception mais la règle. Cette problématique trouve une première concrétisation
dans la priorité mise à l'enseignement de la langue arménienne
que ce soit dans le développement des écoles bilingues trop
peu nombreuses, du nombre d'enseignants ou de la présence de la
langue arménienne dans les établissements publics. Il ne
fait donc pas de doute que nous serons amener à participer pleinement
au débat sur l'adoption de la Charte des langues régionales
et minoritaires mais, que pour se faire, nous devons encore nous renforcer
structurellement. Assurer la pérennité de la Diaspora en l'enrichissant dans sa diversité culturelle, c'est le défi de l'avenir et nous devons le réussir ensemble, comme nous avons réussi à surmonter les défis des années passées. Voilà les quelques orientations que nous souhaitions vous donner avant que vous vous exprimiez vous aussi les 21 avril et 5 mai prochain, mais aussi tout de suite au travers de ce petit sondage auquel nous vous invitions à participer qui n'a de valeur que celle que l'on veut bien lui accorder. Nous espérons avoir pu contribuer à l'expression du débat
démocratique. Nous avons accompli la tache qui nous avait été
délégué en cherchant à l'accomplir en toute
objectivité et, je le répète, notre rôle n'est
pas ici de donner des consignes de vote mais d'essayer humblement de fournir
des clefs de lecture. Pour notre part, nous soutiendrons toutes les femmes et tous les hommes
de bonne volonté qui oeuvrent sincèrement pour faire progresser
la Cause arménienne mais surtout la cause de l'homme, Ce monde-là, nous en avons rêvé, rêvé
et encore rêvé.
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