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FORUM INTERNATIONAL ORGANISE PAR LE CDCA
Mesdames, Messieurs, Chers Amis, C'est un grand honneur pour moi, doublé d'un plaisir sincère, d'intervenir devant vous aujourd'hui, pour ouvrir ce forum international qui va vous rassembler trois jours durant. Je tiens à remercier en premier lieu tous nos amis du Comité de Défense de la Cause Arménienne pour leur invitation et féliciter, en particulier, le Président du CDCA France, notre ami Harout Mardirossian, pour une telle initiative qui nous réunit aujourd'hui. Je salue également Jules Mardirossian, du Bureau National du CDCA et coordinateur de ce Forum, pour le programme d'étude, de débats et de réflexion qu'il a su nous concocter, autour de questions d'actualité qui nous concernent tous. Je veux enfin associer, dans un même salut amical, toutes celles
et ceux qui ont tenu à être à nos côtés
à cette occasion. Je ne citerai personne, de peur d'en oublier,
mais j'ai grand plaisir à retrouver dans l'assistance tant de visages
amis, unis aujourd'hui dans le même débat, comme nous l'étions
hier dans les mêmes combats. Comment ne pas se rassembler en effet, autour des thèmes qui nous sont proposés aujourd'hui? Ces questions intéressent directement les Français d'origine arménienne bien sûr ; mais elles concernent également la société Française dans son ensemble, puisqu'elles touchent d'une part à l'évolution même de nos institutions et de nos relations internationales et, d'autre part, à nos propres rapports que nous entretenons au sein de l'espace social français et, je dirais, dans nos façons de vivre ensemble ! La mondialisation en effet, les craintes de dérives et de dérèglements qu'elle suscite aujourd'hui, tant sur le plan des échanges commerciaux que sur celui des rapports humains, nous confronte à un certain nombre de questionnements, qui ne doivent laisser personne indifférent. Quiconque, engagé aujourd'hui dans l'action publique, et sous quelque forme que ce soit, ne peut rester insensible aux risques de développement de l'individualisme, de désintérêt vis à vis du champ politique, ou de l'apparition des nouvelles formes d'exclusion et de violence. Ce sont des questions, parmi beaucoup d'autres il est vrai, qui doivent non seulement nous faire réfléchir sur notre société, dans un cadre pluridisciplinaire. Mais des questions qui doivent, aussi, nous inciter à échanger nos expériences concrètes, -et je pense en premier lieu aux élus et aux responsables locaux-, car nous savons qu'elles sont nombreuses, en particulier dans les villes où se côtoient des populations issues de différentes origines sociales, culturelles et communautaires.
Un député français, qui s'est battu, à vos côtés, pour que soit enfin reconnu publiquement, par une loi de la République, le premier génocide du XXème siècle ; et qui mesure aujourd'hui, avec vous, le bonheur et la fierté d'être allés ensemble jusqu'au bout du chemin et d'avoir vu l'entrée dans le troisième millénaire ouvrir une période nouvelle pour la défense de la cause arménienne. Et plus encore le témoignage du maire d'Alfortville, de cette commune de la banlieue parisienne que vous connaissez bien pour la plupart, et où, de tous temps, la communauté arménienne -qui représente aujourd'hui un 6ème de la population totale de la ville- a trouvé une terre d'accueil qui a su lui offrir les conditions de son développement, de son épanouissement, de son rayonnement ; et lui permettre une " intégration " - terme que je place volontairement entre guillemets, car il est mal approprié en ce qui concerne les français d'origine arménienne- que je qualifierai pour ma part d'exemplaire ! Je ne m'étendrai pas sur les formes, diverses et multiples, que peuvent prendre les conditions de ce que l'on a coutume d'appeler une " intégration réussie " : nous savons qu'elle passe, en premier lieu, par le développement d'espaces de proximité et de structures, visant à favoriser le rayonnement de la culture et des traditions, l'apprentissage de la langue, la connaissance de l'histoire, la richesse et la diversité de son tissu associatif, la place accordée aux lieux de culte et d'expression de la religion, etc. Autant de pratiques qui se sont accompagnées, en permanence, d'un indispensable travail de reconnaissance en faveur de la mémoire collective.
Je rendais hommage, il y a un instant, à nos amis du CDCA pour leur action inlassable, sans cesse réaffirmée, malgré les attentes et les espoirs si souvent déçus, et pour leur détermination pendant de si longues années à voir enfin aboutir le combat pour la reconnaissance du génocide arménien de 1915. Je ne manquerais pas d'associer, dans ce même hommage, tous ceux qui ont su se rassembler pour que justice soit enfin rendue à la mémoire du peuple arménien. Je pense en particulier au formidable travail qu'a mené le Comité du 24 avril et toutes les sensibilités politiques arméniennes qui ont su s'exprimer en son sein. C'est sur l'unité qu'a reposé la raison de ce succès ; c'est sur le respect de l'intérêt supérieur de la cause arménienne que s'est fondé votre combat et ce sont ces mêmes qualités exemplaires reconnues à la diaspora, qui ont permis à la communauté arménienne de France, au travers de son riche tissu associatif, de ses structures et de toutes ses organisations, de s'exprimer avec autant de force et de pertinence au sein de la société. Oui, je ne crains pas d'affirmer que votre démarche a valeur d'exemple au sein de la société française ! La fidélité à vos origines et à la France ; votre sens élevé de la citoyenneté ; votre responsabilité dans la dignité ; votre respect vis à vis de la mémoire ; votre esprit unitaire aussi, et votre recherche permanente d'un consensus autour d'un objectif commun : sont autant de qualités qui s'expriment aussi, au quotidien, dans le travail de terrain que vous menez dans les communes où évoluent les français d'origine arménienne, et qui ont permis un tel degré d'intégration. C'est ce même esprit unitaire qui doit aujourd'hui nous rassembler dans la période qui s'ouvre à présent, à l'heure où tant de nouveaux rivages restent à conquérir ! Et j'en viendrais brièvement à la deuxième partie de mon propos, qui concerne le deuxième grand sujet de débat que le CDCA nous propose à l'occasion de ce Forum. Bien évidemment, pour les Arméniens de France, comme pour tous les Arméniens du monde entier, le combat ne s'est pas arrêté ce fameux 18 janvier 2001 par le vote de l'Assemblée nationale. Et nous souhaitons tous, depuis lors, que cette reconnaissance publique trouve des résonances fortes auprès des instances internationales ! Au lendemain de ce vote, et plus encore, à la promulgation de la loi au Journal Officiel de la République le 23 janvier, nous savions que d'autres combats, plus difficiles encore sans doute, restaient désormais à mener D'autres combats, et tout d'abord poursuivre une dynamique unitaire pour faire reconnaître le génocide par d'autres grands pays démocratiques et des instances internationales ! D'autres combats, et bien sûr en premier lieu, isoler la Turquie dans son refus obstiné de reconnaître l'évidence ! Déjà, la résolution votée par le Parlement européen, liant l'entrée de la Turquie dans l'union européenne à sa reconnaissance du génocide arménien de 1915, était venue comme un écho au puissant message d'amitié et de soutien que le Parlement français avait adressé à l'Arménie et à son peuple. Mais, à l'image de ce qui s'est passé dans notre propre pays durant notre longue marche victorieuse, nous avons tous pu mesurer, depuis lors, la résistance très rude qui est opposée, aujourd'hui encore, à tous les défenseurs de la cause arménienne, y compris à l'intérieur de notre classe politique, où semble-t-il, certains, et non des moindres, au sein de l'opposition parlementaire, s'ingénient en sous-main à argumenter sur les raisons historiques, politiques, et surtout économiques, qui pourraient justifier que la communauté internationale ne suive pas la voie qui a été ouverte par le vote du parlement français ! Ni les gesticulations diplomatiques, ni la véhémence des menaces et des représailles économiques envers je ne sais quel pays, ne doivent empêcher d'autres démocraties à suivre notre exemple et à reconnaître à leur tour comme une réalité historique le génocide des arméniens. Dans cette reconnaissance mondiale qui obligerait enfin la Turquie à prendre ses responsabilités vis à vis de l'Histoire et à évoluer dans ses pratiques, l'Europe a un rôle fort à jouer, et doit rester ferme sur les résolutions prises voici un an ! Bien évidemment, dans l'engagement fort et le rôle moteur de la France dans le cadre de la construction européenne, notre classe politique doit tenir toute sa place dans ce nouveau combat et, à la place qui est la mienne, je m'y emploierai ! Je ne doute pas, d'ailleurs, que ces 3 journées de débat qui s'ouvrent nous apporteront des analyses fructueuses et des propositions en ce sens, qui pourront nous fournir des arguments permettant d'influer à différents niveaux, directement ou indirectement pour faire avancer cette question. Mesdames, Messieurs, mes Chers Amis, si ce chemin nous semble encore si long, sans doute est-ce parce que nous l'avons entamé par la voie la plus étroite, la plus difficile ! Nous mesurons tous le temps et l'énergie qui nous ont été nécessaires pour parvenir enfin à cette reconnaissance par la France : la diaspora, puis les élus, puis les Parlementaires, jusqu'à la loi de la République ! D'autres que moi diront, sans doute, que ce combat fut d'autant plus noble, qu'il fut long et difficile! Soit ! Mais combien de temps, combien d'efforts seront encore nécessaires, pour que notre quête parvienne enfin à sensibiliser concrètement l'Europe toute entière ? C'est le concert des nations, dans son ensemble, qui devrait aujourd'hui se saisir d'une telle initiative et influer positivement sur ce combat ! Pourquoi pas par une large consultation des peuples ? Pourquoi pas en exerçant des pressions concrètes sur le gouvernement turc actuel ? Mais aussi sur la société civile turque dans son ensemble ! Une société qui a pourtant montré des signes d'ouverture, vite refreinés, vis à vis de cette question, et dont on connaît la profonde fracture qui la sépare de ses dirigeants! Voilà mes chers Amis, ce que je voulais simplement vous dire, en ouvrant ce forum. Je ne doute pas de la richesse des travaux et de la qualité des interventions qui vont vous rassembler durant ces trois journées et qui vont vous permettre de tracer de nouvelles voies. C'est toute l'importance d'un tel débat que de se rassembler, une fois encore, comme vous avez su le faire jusqu'à présent, dans toutes vos composantes, pour sensibiliser les médias, pour tisser de solides réseaux de sympathie au sein de l'opinion publique, de solides adhésions au sein de la classe politique française, au-delà des traditionnels clivages, et pour fournir, à ceux qui oeuvrent à vos côtés, et dont je reste, de nouvelles pistes au légitime combat qui est le vôtre ! Je vous remercie. |