Sur la formation de l'identité turque moderne et le génocide arménien : du préjugé au nationalisme moderne

 

Stephan H. ASTOURIAN

Docteur en histoire de l'Université de Californie, à Los Angeles (UCLA, 1996), sujet de thèse : Testing World-System Theory, Cilicia (1830's-1890's) : Armenian-Turkish Polarization and the Ideology of Modern Ottoman Historiography. S. Astourian a été rédacteur en chef de Jusur : The UCLA Journal of Middle Eastern Studies (1988-1990). Professeur d'Histoire depuis 1997, il est William Saroyan Scholar in Modern Armenian Studies à l'Université de Californie, Berkeley (1998-2000).

Cet article traite des mentalités ottomanes dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle et du nationalisme turc comme quelques uns des facteurs déterminants dans la perpétration du génocide des Arméniens. Il établit en particulier la continuité entre le préjugé ottoman porté envers les non-Musulmans et les Arméniens d'une part, et les grands traits du nationalisme turc d'autre part. Cet essai montre que l'idée de race constituait le concept central du nationalisme turc. A son tour, la formulation de ce nationalisme à la fin du siècle dernier, a modelé le sens moderne de l'identité turque. Cette étude envisage le concept de pouvoir comme l'élément-clé dans l'examen des relations raciales et considère le préjugé et le nationalisme raciste comme des justifications idéologiques de domination. L'analyse du préjugé et du racisme que l'on trouvera dans cette étude s'appuie aussi sur la perpective sociologique relevant du système d'interaction symbolique.

This paper deals with the Ottoman mentalities and Turkish nationalism as some of the determining factors in the commission of the Armenian Genocide. It establishes in particular the continuity between Ottoman prejudice toward non-Muslims and Armenians on the one hand and key features of Turkish nationalism on the other hand. It shows that the idea of race was the central concept of Turkish nationalism. In turn, the formulation of Turkish nationalism at the turn of the century shaped the modern sense of Turkish identity. This study views the concept of power as the key element in the examination of race relations and considers prejudice and racist nationalism as ideological justifications of domination. It also relies on a symbolic interactionist perspective in analyzing prejudice and racism.