L'hydre à quatre têtes du négationnisme : Négation, rationalisation, relativisation, banalisation

 

Richard G. Hovannisian

Professeur d'histoire arménienne et du Moyen-Orient à l'Université de Californie, à Los Angeles (UCLA) depuis 1962 et membre de l'Académie des Sciences d'Arménie. Directeur associé du G.E. von Grunebaum Center for Near Eastern Studies de 1978 à 1995. Occupe depuis 1986 la chaire d'histoire arménienne moderne à l'UCLA. A publié de nombreux ouvrages et articles sur l'histoire arménienne moderne, notamment : Armenia on the road to Independence (1967), The Republic of Armenia, en quatre volumes (1971-1996), The Armenian Genocide : History, Politics, Ethics (1992), Remembrance and Denial, the Case of the Armenian Genocide (1998).

 

Cette présentation examine les principes mouvants du négationnisme du génocide des Arméniens, en partant du négationnisme absolu aux approches plus sophistiquées de la rationalisation, de la relativisation et de la banalisation. Là où la négation obstinée était peu efficace, les négationnistes espèrent utiliser la rationalisation et la relativisation pour rendre leur position plus convaincante et acceptable. Ces mêmes approches sont aujourd'hui pareillement utilisées dans le cas de la négation de l'Holocauste. Quelques comparaisons seront faites entre ceux qui nient et ceux qui relativisent le génocide arménien et l'Holocauste. La banalisation est la dernière tête de l'hydre, en cela qu'elle ne nie pas les destructions et tueries de masse, mais essaie de les placer dans le contexte de violence continue du XXe siècle. La banalisation qui est apparue en Allemagne à partir du "Débat des historiens" a renforcé la tendance de quelques spécialistes de l'Holocauste à rejeter d'autres génocides du XXe siècle, y compris le génocide arménien, afin de répondre aux dangers inhérents de la banalisation. Cependant, il y a quelques signes d'espoir, car de plus en plus de spécialistes de l'Holocauste et d'activistes des droits de l'homme en viennent à reconna”tre que le succès de la négation du génocide arménien ouvrira la porte plus large à la négation, à la rationalisation et à la banalisation de tous les crimes contre l'humanité.

The presentation surveys the shifting patterns of denial of the Armenian genocide from one of absolute denial to more sophisticated approaches of rationalization, relativization, and trivialization. Where stubborn denial was unconvincing, the negationists hope to use rationalization and relativization to make their case more persuasive and acceptable. These same approaches are now being used in the case of denial of the Holocaust as well. Some comparisons between deniers and relativizers of the Armenian genocide and the Holocaust are made. Trivialization is the latest head of the hydra, as it does not deny mass destruction and killing but tries to put it into the context of continuous violence in the twentiethy century. The trivilization that emerged in Germany from the "Historians' Debate" has strengthened the tendency of some Holocaust scholars to downplay the other genocides of the twentieth century, including the Armenian genocide, as a way of responding to the inherent dangers of the trivialization. Yet, there are some signs of hope, as more and more scholars of the Holocaust and human rights activists come to recognize that sucess in denying the Armenian genocide will open the doors wider to denial, rationalization, relativization, and trivialization of all crimes against humanity.