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Thème D La place du génocide des Arméniens au XXe siècle Approche comparatiste Session présidée par Israël Charny Avec la participation de Robert Melson, Roger Smith, Jacques Francillon, Fikret Adanir, Yaïr Auron, Yves Ternon
Je ne peux pas résister à l'envie de vous dire "Shalom" en hébreu. Je voudrais exprimer mon plaisir personnel d'être avec vous à cette conférence qui est une nouvelle et excellente initiative du Comité de Défense de la Cause Arménienne, avec qui, de qui et par qui j'ai été profondément impressionné au fil des années, en particulier par l'excellent travail qu'il a réalisé avec les procès contre Bernard Lewis. La session de ce matin est consacrée à l'étude comparative du génocide. En tant que Juif, je dirai à nombre d'entre vous, Arméniens, que la profonde douleur que nous portons en nous après le génocide de notre peuple est une douleur qui ne cessera jamais, la colère et la rage profondes que nous éprouvons envers ceux qui l'ont perpétré sont éternelles elles aussi. Dans un mois, je vais prendre la parole en Allemagne à la Conférence, une conférence à l'organisation de laquelle j'ai pris part, mais je dirai que je ne pourrai jamais pardonner l'Holocauste, a fortiori je ne pourrai jamais l'oublier, ni oublier notre douleur. Mais que viennent les nouvelles étapes de l'évolution que nous connaîtrons en tant qu'individus et en tant que peuples, et qui consistent à s'occuper des génocides des autres peuples. Non pas dans la même mesure : en tant que Juif, quand je vois une photo d'un enfant juif à Auschwitz, mon coeur se déchire comme il le fait pour un membre de sa propre famille, c'est normal. Votre coeur se déchire comme il le fait pour sa propre famille à la vue d'une photo qui rappelle le meurtre d'un Arménien. Mais mon cÏur se brise aussi en voyant un Arménien qui se fait tuer, et l'étape suivante pour nous tous est de nous soucier de plus en plus des autres peuples. Il est normal qu'à l'origine, le profond sentiment pour sa famille soit toujours le plus fort, mais juste après cela, il devrait y avoir une identification, une implication, au plan affectif et moral, avec le sort de tous les autres peuples. Il m'arrive de raconter l'histoire d'une famille cambodgienne qui a été massacrée lorsque je prends la parole à un musée sur l'Holocauste, quelque part aux Etats-Unis, ou dans une église arménienne, quelque part aux Etats-Unis. Mais je commence à raconter mon histoire sans dire de quel pays était cette famille. Alors, au musée de l'Holocauste, tout le monde pense qu'il s'agit d'une famille juive. A l'église arménienne, tout le monde pense qu'il s'agit d'une famille arménienne. Au bout d'un moment j'annonce: "Et si je vous disais que cette famille était "Dans le musée juif, je dis "arménienne" ; Dans l'église arménienne je dis : "juive". A ce moment-là, la tension et l'émotion baissent dans la salle, parce que le sentiment familial a disparu et c'est normal. La question est de savoir quel niveau d'émotion demeure et dans quelle mesure on peut l'augmenter. C'est alors que j'ajoute : "Non, cette famille n'était pas juive, cette famille n'était pas arménienne, c'était une famille cambodgienne. Les enfants ont été tués, la mère a été tuée, le père a été tué, le grand-père a été laissé seul survivant". Pouvons-nous être émus par ces gens qui semblent différents de nous ? Après la compassion, l'étape suivante est l'étude comparative du génocide d'un point de vue historique. Et cela ne veut pas dire, Dieu nous en garde, de comparer les génocides pour voir lequel est le plus grand ou le plus important. Excusez-moi, mais ce serait absurde. C'est absurde sur un plan moral, c'est absurde sur un plan historique. Je suis désolé de dire cela, car je ne peux faire revenir ceux qui sont morts à Auschwitz, ni ceux qui sont qui sont morts dans les convois pendant la déportation dans le désert, le génocide le plus important est le génocide qui va avoir lieu la semaine prochaine, l'année prochaine, dans dix ans, c'est le génocide qui va se dérouler entre deux continents. L'étude comparative du génocide est consacrée à la compréhension humaine, intellectuelle, morale et affective de la façon dont la destruction massive de la vie humaine en arrive à être pratiquée par des êtres humains, afin que nous puissions empêcher de tels massacres à l'avenir. Cela servira aussi à ajouter de l'honneur à la mémoire de ceux de nos peuples qui ont subi un génocide. Je conclurai cette introduction en vous parlant d'un survivant d'Auschwitz très connu en Israël. Il a acquis une renommée mondiale au procès Eichmann, en créant le concept "Auschwitz est une autre planète". Alors qu'il était à la barre des témoins, il s'évanouit d'émotion. Des années plus tard, il n'y a pas si longtemps que cela, cet homme, contrairement à de nombreux survivants qui sont incapables, et je ne dis pas cela dans un esprit critique mais c'est simplement une constatation, qui sont incapables de penser à d'autres, non pas parce qu'ils sont mauvais mais parce qu'ils sont humains, qu'ils ont été tellement traumatisés, qu'ils ont le droit d'être avec la souffrance et le monde qu'ils ont connu, lui est passé à la télévision israélienne et a déclaré: "Auschwitz n'était pas une autre planète, c'était notre monde, et c'était la répétition générale, c'était la préparation de la grande extinction atomique, l'extinction nucléaire du genre humain". Comme je l'ai déjà dit, la session de ce matin est consacrée à l'étude comparative du génocide, dans un esprit visant à se préoccuper de la vie de tous les peuples. Maintenant j'ai un plaisir supplémentaire ce matin à être en mesure de présenter non seulement des collègues que je rencontre avec plaisir, mais qui sont aussi de vieux amis et notre premier intervenant est un ami très cher, le professeur Robert Melson, de l'Université Purdue. Comme tous nos universitaires distingués, il y aurait bien des choses à dire sur le travail de chacun de ceux qui s'adresseront à nous ce matin et j'aimerais souligner que le professeur Melson est l'auteur d'un livre couronné d'un prix intitulé "Revolution and Genocide" sur les origines du génocide arménien et l'Holocauste. Un excellent ouvrage sur les origines du génocide arménien et l'Holocauste.
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