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Thème C Mémoire et déni, un passé à surmonter Session présidée par Claude Mutafian Avec la participation de Varoujan Attarian Claire Mouradian Janine Altounian Mireille Bardakdjian Hélène Piralian Hélène Strapélias
Je profite de mon privilège de président pour prendre la parole quelques instants. Même si les débats d'hier et d'aujourd'hui ne traitent pas directement du négationnisme, ceux-ci attestent néanmoins bien sa présence. Cette session d'aujourd'hui est spécifiquement consacrée à ce problème. Ce négationnisme, comme la plupart d'entre vous le savent, sévit surtout dans deux pays, aux Etats-Unis et en France, et de deux manières différentes. Aux Etats-Unis, les institutions et les fonds sont privés, ce qui permet aux autorités turques de payer des chaires d'études turques. Lutter contre cela, lorsque l'on en connaît le fonctionnement, est assez compliqué. En France, les autorités turques s'appuient sur une très longue tradition d'ottomanisme. Bien que l'ottomanisme et le négationnisme ne soient pas forcément liés, la relation peut être très vite établie. Pour ma part, je ne connais aucun turcologue qui ait reconnu la réalité du génocide des Arméniens. Nous pouvons établir plusieurs degrés de négations. Certains n'en parlent pas, c'est sans doute la solution la plus facile. D'autres au contraire nient la réalité du génocide. Ce sont eux les vrais négationnistes. Le XIXe siècle a vu, en Europe et notamment en France, fleurir la mode orientaliste et je dirais presque que ce négationnisme est un peu la continuation, la forme perverse de l'orientalisme. C'est une certaine fascination pour le monde turco-ottoman qui nourrit ce négationnisme, et l'engrenage est simple. Un turcologue devient assez naturellement turcophile. Le turcophile devient assez facilement arménophobe ou hellénophobe : le pas vers le négationnisme est alors franchi. Cela paraît presque simpliste mais c'est quand même la base. Le réseau de négationnisme est très bien tissé et je tiens à illustrer mes propos par un exemple. L'un des fleurons du négationnisme aux Etats-Unis dont il a été question avec le Professeur Hovannisian, s'appelle Heath Lowry. Celui-ci, avec le soutien financier d'Ankara, a créé à Washington l'Institut d'Etudes turques en 1982. En 1990, est paru, aux Etats-Unis, un livre d'un certain Jay Lifton, consacré à l'holocauste juif. Dans cet épais volume, il mentionne le génocide des Arméniens à cinq ou six reprises. Peu après, il reçut une lettre de l'Ambassade turque à Washington, rien de plus normal, toujours très polie -courtoisie ottomane oblige - lui disant que son livre était très intéressant mais que probablement, il n'avait pas été bien informé lorsqu'il parle du génocide des Arméniens, et lui indiquant quelques livres à consulter. La réaction turque est jusque-là normale. Ce qui est intéressant, c'est la présence, dans l'enveloppe qu'à reçue Jay Lifton contenant une correspondance entre Heath Lowry et l'Ambassadeur de Turquie où étaient mentionnés les passages qui évoquaient le génocide arménien avec des arguments pour y répondre. La présence de cette correspondance était-elle le résultat d'une mégarde ou pas ? Ces deux lettres reçues par Jay Lifton ont été publiées en 1995 dans le journal "Holocaust and Genocide Studies" aux Etats-Unis. Il est évident que l'ambassadeur a copié les réponses dictées par Heath Lowry qui s'est fait prendre la main dans le sac. Ajoutons que Heath Lowry a écrit un livre où il est dit que les "Mémoires" de l'Ambassadeur Morgenthau avaient été écrites par des Arméniens. La maison d'édition basée à Istanbul s'appelle Isis, qui a édité plusieurs ouvrages de l'Institut Français d'Etudes Anatoliennes, toujours à Istanbul. Bien que j'aie essayé d'alerter les autorités françaises à ce sujet, je n'ai pas été entendu et l' Institut qui est un nid de révisionnistes continue à travailler avec la même maison d'éditions. Cet Institut est d'ailleurs actuellement dirigé par l'un des plus virulents négationnistes qui soient : Stéphane Yerasimos qui avec un nom grec, est un bon alibi. Tout le réseau est très bien imbriqué, et dirigé par Ankara. Il ne faut pas avoir peur de le dire. Nous en tirerons les conclusions à la fin de la session.
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