Réexamen du "débat sur les archives ottomanes"

 

Ara SARAFIAN

Doctorant (Ph.D. Candidate) en histoire à l'Université du Michigan, Ann Arbor, "The contested Millet : Armenians in the late Ottoman Empire". Directeur du Gomidas Institute, à Ann Arbor, coéditeur de Armenian forum : A Journal of Contemporary Affairs. A publié (éditeur scientifique) : United States Official Documents on the Armenian Genocide, Volumes I-III (1993-1995), les mémoires de Henry H. Riggs, Days of Tragedy in Armenia : Personal Experiences in Harput 1915-1917 (Ann Arbor, Gomidas Institute, 1997), de James L. Barton, Turkish Atrocities : Statements of American Missionaries on the destruction of Christian Communities in Ottoman Turkey, 1915-1917 (Ann Arbor, Gomidas Institute, 1998).

Le "débat sur les Archives ottomanes" a été créé au milieu des années 1980, lorsque des représentants du gouvernement turc annoncèrent l'ouverture imminente des collections d'archives ottomanes sur la Question arménienne. Cette annonce a été faite par des hauts responsables du gouvernement turc, notamment le défunt Turgut Ozal et Mesut Yilmaz. Le débat a été ensuite amplifié par des intellectuels officiels turcs et leurs partisans. Parallèlement à ces promesses, plusieurs publications en langue turque et en différentes langues occidentales, ont fait ostensiblement référence à de nouveaux documents ottomans. Ces publications réitèrent la thèse nationaliste turque sur les Arméniens, notamment sur le génocide de 1915. Cette présentation qui utilise les documents d'archives ottomans et d'autres sources, démontre que le débat sur les archives ottomanes manque de légitimité académique. Aussi, le contexte politique du débat est plus significatif que sa substance académique. La plupart des nouvelles collections d'archives ottomanes citées par les "chercheurs" nationalistes turcs, restent inaccessibles aux savants critiques : les archives-clés sont faussement interprétées même dans les publications en fac-similé. Les autorités turques sont fortement impliquées dans le développement de cette triste situation. Toutefois, une analyse critique du matériau disponible en Turquie éclaire le génocide arménien d'une lumière nouvelle.

The "Ottoman archives debate" began in the mid-1980s when Turkish officials announced the imminent opening up of Ottoman archival collections on the Armenian Question. This announcement was given prominence by Turkish officials, including the late Turgut Ozal and Mesut Yilmaz. The debate was further amplified by Turkish state intellectuals and their supporters. In tandem with these promises, there also appeared several publications in Turkish and major Western languages, ostensibly citing new Ottoman documents. These publications restated the Turkish nationalist theses on Armenians, including the genocide of 1915. This paper, which uses Ottoman archival documents and other sources, demonstrates that the "Ottoman archives debate" lacks academic legitimacy and argues that the political context of this debate is more significant than its academic substance. Many of the new Ottoman archival collections cited by Turkish nationalist scholars remain inaccessible to critical scholars ; key records are clearly misinterpreted even in facsimile publication ; and Turkish state authorities are actively involved in managing this sorry state of affairs. However, a critical study of the available material in Turkey, when possible, does shed light on the Armenian Genocide of 1915.