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Valérie Giscard d'Estaing contre
l'adhésion de la Turquie à l'UE La sortie de Valéry Giscard d'Estaing contre l'intégration de la Turquie à l'Union européenne a suscité embarras, colère, ou satisfaction à la Convention sur l'avenir de l'Europe que dirige l'ancien président français et qui siégeait en session plénière vendredi 8 novembre à Bruxelles. Le président de la Convention sur l'avenir de l'Europe, Valéry Giscard d'Estaing, estime que la Turquie "n'est pas un pays européen" et n'a donc pas sa place dans l'Union européenne élargie. Pour l'ancien président de la République française, cité vendredi par Le Monde, l'adhésion de la Turquie signifierait "la fin de l'Union européenne". Il prend ainsi à contre-pied la position officielle de l'UE, qui a déclaré en décembre 1999, au sommet d'Helsinki, que la Turquie avait "vocation à rejoindre l'Union européenne". "La Turquie est un pays proche de l'Europe, un pays important, qui a une véritable élite mais ce n'est pas un pays européen", a-t-il déclaré dans un entretien accordé jeudi à des journalistes. "Sa capitale n'est pas en Europe, elle a 95% de sa population hors d'Europe." A Bruxelles, la Commission européenne s'est empressée de prendre ses distances avec cette prise de position susceptible de relancer la controverse parmi les Quinze. Un porte-parole de la Commission a déclaré que ces propos étaient l'opinion personnelle de Giscard d'Estaing et que les responsables de l'UE ne voyaient aucune raison de remettre en cause la candidature d'Ankara. (détails) Jean-Christophe Filori, porte-parole de la Commission, a affirmé que les dirigeants européens avaient élaboré en 1999 une stratégie en vue d'autoriser la candidature turque, et tant que cette stratégie n'était pas remise en question par les chefs d'Etat et de gouvernement, elle restait en vigueur. Le débat sur une éventuelle adhésion de la Turquie, qui frappe à la porte de la Communauté européenne depuis 1963, a été relancé ces derniers jours par la victoire, dimanche dernier, des islamistes modérés aux élections législatives turques. Pour Valéry Giscard d'Estaing, le débat ne dépend cependant pas "principalement des votes de l'électorat turc", rapporte Le Monde. Il ne croit pas non plus que les Quinze soient liés par la déclaration d'Helsinki. L'ex-chef d'Etat estime que ceux qui ont le plus poussé à l'élargissement de l'UE à la Turquie "sont les adversaires de l'Union européenne", favorables à une zone de libre-échange plutôt qu'à une véritable intégration des pays du Vieux continent - allusion notamment à la Grande-Bretagne. Valéry Giscard d'Estaing déplore que l'on ait "toujours tenu vis-à-vis des dirigeants turcs un langage ambigu". Il estime en outre que, en raison de son dynamisme démographique, la Turquie serait "le plus grand Etat membre" de l'UE et disposerait du groupe parlementaire le plus nombreux au Parlement européen. "Le lendemain du jour où on ouvrira des négociations avec la Turquie, vous aurez une demande marocaine (...) Pourquoi sortir du continent à l'Est et ne pas sortir à l'Ouest ?" ajoute-t-il. "C'est la fin de l'Union européenne." Il estime qu'il faut certes envisager une "organisation régionale" de l'Europe et du Proche-Orient, avec des institutions et un "grand marché". Mais "c'est un autre projet". "On ne peut pas discuter, comme nous le faisons, de la législation interne de l'Union, sur des points extrêmement sensibles de la vie quotidienne uniquement européens et dire que certaines discussions seraient étendues à des pays qui, pour des raisons tout à fait estimables, ont une autre culture, une autre approche, un autre mode de vie", souligne-t-il. Il prône la mise en place, entre l'UE et la Turquie, d'un "pacte de partenariat et de coopération". La Convention sur l'avenir de l'Europe, qu'il préside, raisonne pour sa part "sur une Europe à 25 plus deux, point", conclut-il - c'est-à-dire les 15 membres actuels, les dix pays candidats qui les rejoindront en 2004 et la Roumanie et la Bulgarie, dont l'adhésion est prévue plus tard.
La Commission européenne et Giscard d'Estaing en désaccord sur la Turquie La Commission européenne a estimé que le statut de candidat à l'UE accordé à la Turquie était une "bonne chose", marquant ainsi son désaccord avec le président de la Convention sur l'avenir de l'Europe, Valéry Giscard d'Estaing, pour qui l'intégration de la Turquie constituerait "la fin de l'Union européenne". Soulignant que M. Giscard d'Estaing avait émis une "opinion personnelle", un porte-parole de la Commission a assuré que Bruxelles n'avait "aucunement l'intention" de remettre en cause le statut de candidat donné officiellement à la Turquie par le sommet européen d'Helsinki en 1999. Dans un entretien publié vendredi par le journal Le Monde, l'ancien chef de l'Etat français affirme que la Turquie "n'est pas un pays européen" et que son intégration dans l'UE signifierait "la fin de l'Union européenne". "Il y a eu une stratégie adoptée en 1999 à Helsinki et c'est dans le cadre de cette stratégie que la Commission fait ses propositions. Tant que cette stratégie n'est pas remise en cause par les mêmes chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE, nous continuerons sur cette voie", a assuré le porte-parole du commissaire chargé de l'élargissement Guenter Verheugen. "Comme l'a rappelé M. Verheugen à plusieurs reprises, cette stratégie a été une bonne chose: la Turquie a fait au cours des dernières années plus de progrès dans le domaine des droits de l'homme et de la démocatie qu'au cours des 50 dernières années", a poursuivi le porte-parole. Selon lui, il n'y a donc "pas lieu de remettre en cause aujourd'hui la stratégie de pré-adhésion adoptée à Helsinki avec la Turquie". Interrogé par un journaliste pour savoir si l'entrée de la Turquie "serait la fin de l'Union européenne", le porte-parole a répondu: "la réponse est non". Le sommet européen de Copenhague, les 12 et 13 decembre, doit décider si l'UE fixe ou non une date pour le début des négociations d'adhésion, une date qu'Ankara réclame avec insistance. Dans son rapport annuel en octobre dernier sur l'élargissement, la Commission européenne avait salué "les progrès considérables" réalisés par la Turquie en matière de droits de l'homme, mais avait estimé qu'Ankara "ne remplissait pas pleinement les critères politiques" qui permettraient d'engager des pourparlers formels d'adhésion. Depuis, Ankara a menacé de revoir ses relations avec l'UE si celle-ci
refusait l'ouverture en 2003 de négociations sur son adhésion. |