Karabakh: l'OSCE entrevoit une solution mais les négociations se compliquent (10.07.01)

par HENRI MAMARBACHI

Les médiateurs de l'OSCE qui ont entamé mardi à Erevan une mission délicate pour relancer les négociations avec Bakou sur le territoire disputé du Nagorny Karabakh, ont estimé que les discussions se compliquaient au fur et à mesure que l'on approchait d'une solution. "Nous atteignons un point où nous sommes proches d'une solution et où les négociations sont beaucoup plus compliquées", a affirmé Carey Cavanaugh, médiateur américain du groupe de Minsk pour le Nagorny Karabakh (France, Etats-Unis, Russie) de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). "Les idées exprimées doivent encore être discutées et examinées, mais nous avons fait des progrès", a déclaré M. Cavanaugh à l'issue d'une rencontre avec le président arménien Robert Kotcharian qui, pour sa part, n'a fait aucun commentaire.

Le médiateur américain a rappelé que les discussions de Key West (Floride) qui se sont tenues en avril sous l'égide du président américain George Bush avaient permis de "passer du stade des concepts à celui des documents écrits".

De son côté, le ministre des Affaires étrangères Vartan Oskanian a estimé que "l'idéal serait d'aboutir à un accord avant la fin de l'année", car l'Arménie entrera ensuite en période électorale.

Des scrutins parlementaire et présidentiel sont prévus en 2003 en Arménie Une présidentielle est également prévue la même année en Azerbaïdjan. "Les intérêts partisans deviendront alors plus importants que l'intérêt national", a-t-il souligné. Ces élections sont une "raison suffisante pour aller de l'avant", a fait valoir le ministre qui s'est cependant dit "inquiet" des déclarations militaristes provenant d'Azerbaïdjan.

Un sommet entre M. Kotcharian et son homologue azerbaïdjanais Heydar Alïev qui devait avoir lieu le 15 juin à Genève avait été reporté sine die à l'initiative du groupe de Minsk qui a jugé que les points de vue des protagonistes étaient trop éloignés pour permettre des avancées.

A ce sujet, le médiateur français Philippe de Suremain a estimé qu'"une pause pouvait être utile", jugeant souhaitable qu'entre temps "un climat de confiance et de sérénité" s'instaure "pour éviter de compromettre l'exercice" de recherche d'une solution mutuellement acceptable. "Il ne faut pas donner l'impression que le groupe de Minsk s'est désengagé. Au contraire, il vient avec des idées affinées qui seront proposées de façon à permettre des progrès", a déclaré M. de Suremain.

Jeudi, les médiateurs doivent rencontrer M. Alïev à Bakou. Après sa rencontre avec M. Kotcharian, la délégation est partie pour le Nagorny Karabakh où elle doit franchir à pied les lignes de front vers l'Azerbaïdjan, comme elle l'avait déjà fait symboliquement en mai. Ce franchissement a un "effet apaisant" sur les esprits, a estimé M. Suremain.

Situé en territoire azerbaïdjanais mais peuplé majoritairement d'Arméniens, le Nagorny Karabakh a proclamé son indépendance en 1991 avec le soutien d'Erevan qui l'a défendu durant une guerre qui a duré trois ans, faisant près de 30.000 morts et un million de réfugiés.

Nagorny Karabakh: un accord n'est pas pour demain entre Erevan et Bakou (12.07.01)

par Henri MAMARBACHI

Un accord final sur le Nagorny Karabakh, territoire disputé par l'Azerbaïdjan et l'Arménie, n'est pas pour tout de suite, ont constaté jeudi à Bakou les médiateurs de l'OSCE, tout en refusant de baisser les bras, à l'issue d'une tournée dans la région. Après une rencontre avec le président azerbaïdjanais Heydar Aliev, les représentants des trois pays qui co-président le groupe de Minsk (Etats-Unis, France et Russie), ont assuré, lors d'une conférence de presse, que les négociations se poursuivraient au cours des prochaines semaines. Mais, ont-ils ajouté, "une nouvelle rencontre entre les présidents arménien et azerbaïdjanais serait prématurée".

Une telle rencontre "doit être bien préparée, de manière à présenter quelque chose de consistant à l'opinion publique", a déclaré le médiateur français Philippe de Suremain, évitant de spéculer sur la date d'un nouveau sommet après le report sine die de celui de Genève prévu mi-juin.

Son collègue américain Carey Cavanaugh a affirmé que la tournée a permis d'offrir aux parties en conflit "quelques nouveaux raffinements" et que les entretiens avec les présidents arménien et azerbaïdjanais avaient été "productifs", sans donner plus de précision.

La mission du groupe de Minsk de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui a visité l'Arménie et le Nagorny Karabakh avant de se rendre en Azerbaïdjan, avait pour but de relancer les négociations entre Erevan et Bakou.

En recevant les diplomates, le président Aliev a mis en garde contre tout retard dans les négociations. "Si le processus de paix traîne en longueur, nous pourrions faire face à des événements imprévus et n'être plus en mesure d'empêcher un conflit", a-t-il déclaré. M. Cavanaugh s'est félicité devant la presse que M. Aliev ait réaffirmé son attachement à un règlement pacifique. Au cours de leur tournée, les médiateurs se sont dits inquiets des déclarations "belliqueuses" venant de Bakou.

Le Nagorny Karabakh a proclamé son indépendance en 1991 avec le soutien d'Erevan qui l'a défendu durant une guerre de trois ans, faisant près de 30.000 morts et un million de réfugiés. Un cessez-le-feu a été signé en 1994 mais les négociations buttent toujours sur un traité de paix. "Au fur et à mesure que nous avançons, les problèmes deviennent plus difficiles", a reconnu le diplomate américain, tout en soulignant que les pourparlers "ne repartent pas de zéro".

Enfin, le représentant russe, Nikolaï Gribkov, a souligné que le conflit du Nagorny Karabakh serait évoqué par les présidents Vladimir Poutine et George W. Bush lors du sommet du G8 à Gênes (20 au 22 juillet) en Italie. Il a réaffirmé par ailleurs que la Russie ne fournirait d'armes à aucune des deux parties tant que le conflit n'aurait pas été réglé.

Les pourparlers portant sur un échange de territoires qui permettrait la communication entre l'Arménie et le Nagorny Karabakh d'une part, et l'Azerbaïdjan et son enclave de Nakhitchevan d'autre part, sont dans l'impasse, les Arméniens voulant garder un passage vers l'Iran dont ils auraient été ainsi privés, a-t-on appris de sources proches de la délégation de l'OSCE.

Le temps presse pour sauver la paix, selon Aliev (12.07.01)

Les hostilités pourraient reprendre sur le territoire séparatiste du Nagorny Karabakh, que se disputent Erevan et Bakou, si les négociations de paix continuent de traîner en longueur, a prévenu jeudi le président azerbaïdjanais Heydar Aliev. "Si le processus de paix traîne en longueur, nous pourrions faire face à des événements imprévus et n'être plus en mesure d'empêcher un conflit", a déclaré M. Aliev au cours d'un entretien à Bakou avec les médiateurs du groupe de Minsk pour le Nagorny Karabakh de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui comprend la France, les Etats-Unis et la Russie. "Vous ne devriez pas être surpris, si le processus est ajourné, que des gens appellent à la reprise des hostilités", a-t-il ajouté. Il s'est par ailleurs félicité de la plus grande implication des chefs d'Etat russe, américain et français dans la recherche d'un règlement au Nagorny Karabakh.

Le médiateur français Philippe de Suremain a également reconnu que le "temps est un facteur important" dans le règlement de ce conflit. "Il est urgent d'aboutir à un règlement qui permette aux investisseurs étrangers et à la communauté internationale d'apporter leur aide à cette région dévastée", a souligné M. de Suremain. "La paix ne doit pas se faire aux dépens des intérêts de l'Azerbaïdjan. Nous préférons nos terres à un accord de paix", a par ailleurs déclaré Gultakina Hajievna, vice-présidente de la Commission des relations internationales au parlement azéri et membre du parti du président Aliev.

La mission du groupe de Minsk, qui se trouvait la veille en Arménie a pour but de relancer les négociations entre Erevan et Bakou après le report sine die d'un sommet le 15 juin dernier.

La mission de paix de l'OSCE au Nagorny Karabakh est un fiasco, selon Bakou (17.07.01)

Le chef de la diplomatie azerbaïdjanaise Vilaïat Gouliev a estimé mardi que la dernière tentative de médiation de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) n'avait pas permis de relancer les négociations entre Bakou et Erevan concernant le Nagorny Karabakh.

Evoquant la récente mission dans la région du Groupe de Minsk (Etats-Unis, France et Russie) de l'OSCE, M. Gouliev a déclaré à l'agence Touran qu'il était même "impossible de dire si cette visite avait eu des résultats positifs". "Nous avions tant espéré que la visite du groupe (de Minsk, ndlr) nous aide à nous débarrasser de cette atmosphère délétère créée par les Arméniens.

Malheureusement, l'Arménie est une fois de plus restée arc-boutée sur ses positions et a montré qu'elle n'était pas prête à faire de compromis", a-t-il ajouté.

La mission du groupe de Minsk de l'OSCE, qui a visité la semaine dernière l'Arménie et le Nagorny Karabakh avant de se rendre en Azerbaïdjan, avait pour but de relancer les négociations entre Erevan et Bakou, bloquées depuis le mois d'avril.