• Le ministère turc de l'Industrie suspend coopération sur les PME (02.03.01). Le ministère turc de l'Industrie et du Commerce a suspendu sa coopération avec la France sur le soutien au développement des petites et moyennes entreprises en raison de l'adoption de la loi sur le génocide arménien a-t-on appris de source diplomatique française. Le Kosgeb, administration pour le soutien et le développement des petites et moyennes industries (PME-PMI) rattachée au ministère, a signifié à la partie française la "suspension" de cette coopération jusqu'à "une amélioration de la situation", dans un courrier daté du 26 février et parvenu vendredi à l'ambassade de France. Une assistante turque rémunérée par la France avait été renvoyée sans autre forme de procès par le Kosgeb avant même l'annonce officielle, a-t-on précisé. Cette coopération entrait dans le cadre d'un protocole signé en 1998 entre le Kosgeb et l'Agence pour la promotion internationale des technologies et des entreprises françaises (ACTIM). Le ministère de l'Industrie est dirigé par un membre du Parti de l'Action nationaliste (MHP, extrême droite), Ahmet Kenan Tanrikulu. Cette décision intervient alors que la Turquie est plongée dans la tourmente après une crise monétaire qui l'a obligée à laisser flotter la livre turque, qui s'est dépréciée d'environ 30% par rapport au dollar. De même source, on a précisé que les licences d'importations de produits agricoles français se heurtaient également à des refus au coup par coup de la part du ministère de l'Agriculture, également tenu par un membre du MHP.
  • Les ministères turcs priés de réduire au minimum leurs relations avec la France (14.02.01). Le Premier ministre turc Bulent Ecevit a demandé aux ministères de réduire au minimum leurs relations avec la France, en riposte à sa reconnaissance du génocide arménien de 1915, a-t-on appris de source proche d'un ministère. Ces relations doivent être portées au niveau minimal tant qu'elles ne sont pas absolument nécessaires, a-t-on précisé de même source, confirmant ainsi une information parue dans certains journaux turcs. Le quotidien Zaman (islamiste modéré) avait récemment affirmé que M. Ecevit avait envoyé une circulaire "ultra-secrète" en ce sens aux ministres, leur demandant aussi d'éviter toute visite en France à moins que cela ne soit indispensable.
  • Le Premier ministre turc ne roule plus en Safrane (12.02.01). Coïncidence ou représailles? Toujours est-il que, trois semaine après la reconnaissance du génocide arménien par les députés français, le Premier ministre turc Bulent Ecevit a changé de voiture officielle, délaissant sa Renault Safrane au profit d'une Dynasty du contructeur coréen Hyundai. Le porte-parole de M. Ecevit a beau avoir assuré lundi que ce changement n'avait rien à voir avec la décision de l'Assemblée nationale française et ne visait qu'à doter le Premier ministre d'une voiture blindée, un doute raisonnable subsistait. Selon la chaîne privée NTV, l'échange de voiture officielle a été perçu par l'opinion comme une mesure symbolique de rétorsion à l'égard de la France. Un choix visiblement assumé par Bulent Ecevit, qui est arrivé en Hyundai lundi au Conseil des ministres.
  • Alcatel ne fera pas partie du réseau des téléphones mobiles turcs (08.02.01). Alcatel a été écarté par Turk Telekom d'un appel d'offre pour l'équipement d'un quatrième réseau de téléphonie mobile public, un contrat d'environ 350 millions de dollars.
  • Alcatel et Matra interdits d'appels d'offres en Turquie (08.02.01). La Turquie a exclu pour une période d'un an le français Alcatel Space Industries et le groupe franco-britannique Astrium (ex Matra-Marconi Space) des appels d'offres publics dans le domaine de la défense, selon une décision publiée au journal officiel turc. Cette sanction découle du non respect par ces firmes de leurs engagements contractuels avec l'Etat turc, selon le Journal. Elle intervient deux semaines après que le ministre de la Défense Sabahattin Cakmakoglu eut annoncé l'annulation d'un contrat préliminaire signé avec ces firmes pour la construction d'un satellite espion. Le ministre avait alors présenté cette annulation comme une sanction politique, après l'adoption de la loi reconnaissant le génocide arménien de 1915 par la France. La sanction légale annoncée montre que le contrat pour un satellite espion, d'un montant de plus de 200 millions de dollars, connaissait aussi des difficultés autres que d'ordre politique. La compagnie israélienne Israël Aircraft Industries (IAI) était également en lice. Les lois turques autorisent plusieurs ministères à interdire à des firmes turques ou étrangères, pour des périodes diverses, de participer aux appels d'offres publics. Astrium est une filiale à 75% du groupe européen EADS et à 25% du britannique BAE Systems.
  • La Turquie va boycotter des événements sportifs en France (06.02.01). La Turquie a décidé de boycotter une série de manifestations sportives en France et l'achat de matériel sportif français a annoncé semi-officielle Anatolie. La Turquie ne prendra pas part à huit rencontres internationales en France pour "protester contre cette décision injuste" (ndrl : le reconnaissance du génocide arménien par la France), a déclaré Kemal Mutlu, le directeur général de la Jeunesse et des Sports, chargé de la coordination des fédérations sportives en Turquie. Les disciplines concernées sont l'athlétisme, le badminton, la gymnastique rythmique, la lutte, le ski sur gazon et la voile, a-t-il expliqué. M. Mutlu a en outre indiqué que les équipes françaises ne seraient pas invitées à des manifestations en Turquie "tant qu'on ne sera pas obligé" et qu'aucun matériel de sport produit en France ne sera acheté. Il s'agit d'une première décision de boycottage contre la France dans le domaine sportif.
  • La Turquie exclut Thales (ex-Thomson-CSF) d'un appel d'offres (03.02.01). Malgré la mise en garde lancée par l'Union européenne, Ankara a exclu samedi 3 février la société française Thales (ex-Thomson-CSF) d'un appel d'offres pour un marché de constructions de radars. Selon l'agence turque Anatolia, la direction des travaux des aéroports d'Etat a exclu Thales de ce marché de 35 millions de dollars, qui concerne les aéroports d'Istanbul et Ankara. Le Premier ministre Bulent Ecevit a quant à lui considéré que la Turquie n'aurait pas de problèmes à cause de ces mesures contre les sociétés françaises, mais qu'il fallait tout de même rester prudent. ''Ne nous faisons pas de mal en faisant du mal à la France. N'écrasons pas les règles internationales'', a-t-il déclaré, des propos rapportés par le quotidien ''Cumhuriyet''.
  • La France perd le marché d'une autoroute (01.02.01). La Turquie a annoncé l'annulation d'un important appel d'offres pour la construction d'une autoroute, du fait de la présence de sociétés françaises parmi les deux consortiums en lice. L'appel d'offres, d'une valeur de 620 millions à 1,44 milliard de dollars, concernait la construction d'une autoroute franchissant le golfe d'Izmit dans le nord-ouest de la Turquie. Dans l'un des consortiums figurait le groupe Bouygues, associé au turc Vinsan. L'autre comprenait Campenon Bernard et Transroute International, associés aux turcs Dogus et Tekfen, à l'italien Impregilo, à l'allemand Bilfinger und Berger et à l'espagnol Dragados.
  • Cette annulation pourrait aussi être liée aux problèmes budgétaires de la Turquie, soumise à l'austérité d'un programme du Fonds monétaire international (FMI) et sortant à peine d'une grave crise de liquidités. "Il est difficile de faire la part entre l'annulation de projets qui arrange la Turquie, et celle qui vise uniquement à sanctionner les entreprises française", souligne un analyste économique à Istanbul.
  • D'autres contrats militaires annulés ? (31.01.01). La Turquie aurait décidé d'exclure deux nouvelles sociétés françaises des appels d'offre pour l'achat de matériel militaire. L'armée a l'intention d'annuler une commande de six sous-marins Aviso, un contrat 500 millions de dollars et renoncer à un projet de 600 millions de dollars visant à produire conjointement des missiles anti-char Eryx, selon le quotidien Hurriyet de mercredi. L'armée turque n'a pas confirmé ces informations mais le ministre turc de la défense, Ismail Cem, a déjà dit clairement que les firmes françaises seraient exclus des appels d'offre militaires.
  • Les contrats publics liés au ministère de l'Agriculture sont eux aussi sur la sellette (30.01.01). La direction d'Etat turc des céréales (TMO) a exclu deux firmes françaises d'un appel d'offre pour 315.000 tonnes de blé, d'un montant d'environ 40 millions de dollars. Le ministre de l'Agriculture, tenu par le parti ultra-nationaliste MHP, avait ainsi donné instruction la semaine dernière de ne plus délivrer de certificats de contrôle aux produits agroalimentaires français. Résultat: des camions bloqués, un bateau plein d'orge en rade à Mersin (sud). "Mais l'organisation patronale Tusiad a fait appel au Premier ministre en disant qu'il ne pouvait pas imposer un boycottage au secteur privé, et Bulent Ecevit est intervenu. Il semble que les produits passent maintenant", a précisé un analyste.
  • Le ministre de la Santé Osman Durmus (MHP), reconnaissait dans le quotidien Radikal qu'on "ne peut pas interdire aux vaccins et médicaments français d'entrer en Turquie".
  • Dassault Aviation dément l'annulation d'une commande turque (30.01.01). Dassault Aviation dément avoir perdu un contrat de 200 millions de dollars en Turquie. Selon la chaîne turque de télévision NTV qui a annoncé cette information mardi 30 janvier suite à la parution au Journal officiel de la loi reconnaissant le génocide arménien, ce contrat annulé concernait l'installation de systèmes électroniques sur 80 appareils de l'armée de l'air turque. "Cette information est absolument fausse", a déclaré un porte-parole de Dassault Aviation. "Nous n'avons aucune activité avec la Turquie".
  • De son côté le groupe Thalès, anciennement Thomson-CSF, a indiqué avoir une part de contrat de 190 millions de dollars, signé en septembre 2000 pour l'installation de systèmes électroniques sur des chasseurs F-16. Mais Thalès a refusé de préciser le sort de ce contrat. Aucune annulation de contrat n'a été officiellement confirmée.
  • Les investisseurs étrangers de Turquie au secours des français (26.01.01). L'Association des investisseurs étrangers de Turquie (Yased) a regretté les sanctions prises à l'encontre des compagnies françaises en Turquie et offert ses services à ses membres français. Le Yased, qui regroupe les investisseurs étrangers en Turquie, demande à ses membres d'origine française de l'informer "de toute mesure prise à (leur) encontre jusqu'ici et des dommages qu'elles ont pu (leur) causer (...) afin d'aider notre organisation dans ses propres initiatives et ses efforts pour éliminer les sanctions et autres mesures erronées". L'association exprime son "regret pour la tension dans les relations franco-turques (...), la façon dont les développements politiques affectent la vie économique, et les sanctions actuellement en place contre les compagnies françaises opérant en Turquie". "Les incidents politiques ne devraient pas influencer la vie économique ou commerciale et les investissements, et les sanctions sont dommageables aux deux parties", estime l'association.
  • Giat dans l'attente.... (22.01.01). Giat Industries n'a reçu aucune information officielle concernant son éventuelle exclusion ou non d'un appel d'offres de la Turquie pour la livraison de chars Leclerc, a indiqué mardi (23.01) une porte-parole du groupe public français d'armement terrestre. "Nous n'avons aucune information officielle" à ce sujet, a-t-elle indiqué à l'AFP. Le ministre turc de la Défense Sabahattin Cakmakoglu a indiqué que la Turquie allait considérer l'exclusion du groupe français Giat Industries d'un appel d'offres public d'un montant d'environ 4 milliards de dollars pour la production conjointe d'un millier de chars d'assaut, dont 250 sur étagère, pour l'armée turque. "C'est vrai que nous avons des craintes au même titre que toutes les entreprises françaises. Nous redoutons les conséquences d'une décision politique dont nous ne pouvons que prendre acte", a ajouté le porte parole. Les concurents de Giat sont Krauss-Maffei Wegmann (Allemagne), General Dynamics (Etats-Unis) et Ukrspetseksport (Ukraine). Le résultat définitif des autorités turques concernant cet appel d'offres ne devait pas intervenir avant un an. Le président de Giat Industries, Jacques Loppion, avait déclaré de son coté vendredi 19 janvier "J'ai un petit regret. Les essais du char Leclerc en Turquie avaient été très bien réussis, et nous faisions la course en tête", tout en se refusant à commenter la décision de l'Assemblée Nationale. Certains hommes d'affaires pensent néanmoins que la Turquie ne veut pas des chars français !
  • Alcatel suspendu (22.01.01). Le groupe d'équipement de télécommunications Alcatel s'est refusé à tout commentaire, après l'annonce mardi 23 janvier par la Turquie de l'annulation d'un contrat pour la construction d'un satellite espion, "Nous ne faisons aucun commentaire", a déclaré à l'AFP un porte-parole d'Alcatel. Le ministre turc de la Défense Sabahattin Cakmanoglu a indiqué mardi qu'Ankara a décidé d'annuler l'appel d'offres pour la construction d'un satellite espion pourtant remporté l'an dernier par Alcatel. Un contrat préliminaire de quelque 259 millions de dollars avait déjà été signé.
  • La décision d'Ankara constitue la première sanction concrète contre une entreprise française, depuis les menaces de représailles faites par la Turquie à la France. On retiendra tout de même que le Pdg d'Alcatel n'est autre que Serge Tchuruk, né à Marseille en 1937, fils d'une famille arménienne ayant fui la Turquie au début des années 20.
  • Et les autres ? La Turquie pourrait exclure des firmes avec lesquelles un contrat a déjà été signé, estiment des analystes. L'Aérospatiale a signé en 1998 un contrat d'un montant de 600 millions de dollars pour la production en commun du missile anti-blindés Eryx. Le projet n'a pas encore débuté, mais pourrait ne jamais voir le jour.
  • Ankara et Paris étaient en outre parvenus l'an dernier à un accord de principe pour la vente à la marine turque de six navires patrouilleurs français de type Aviso, d'un montant d'environ 500 millions de dollars. Le sort de cet accord est aujourd'hui incertain.
  • Selon le journal turc à gros tirage Hurriyet, daté de vendredi 19 janvier, des compagnies françaises sont également en lice dans un appel d'offre pour la production en commun avec la société publique turque Aselsan des systèmes de navigation de guerre des chasseurs F-16, produits près d'Ankara par le constructeur aéronautique Turkish Aerospace Industries (TAI).

Depuis 1998 et le premier vote de l'Assemblée Nationale, la Turquie menace. En mars 2000, alors que la Conférence des Présidents du Sénat s'apprétait a mettre à son ordre du jour la proposition de loi relative au génocide arménien, l'Elysée était intervenu pour arréter les ambitions des sénateurs pour permettre à Eurocopter de vendre des hélicoptères à Ankara. Le Sénat s'est éxécuté et la France n'a rien vendu à la Turquie.

Ces textes émanent des dépeches AFP, Reuters et AP.