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Turquie - Rapport annuel 2002 de RSF Malgré l'annonce de réformes démocratiques dans le cadre de la candidature turque à l'Union européenne, les délits d'opinion sont toujours aussi systématiquement et sévèrement sanctionnés, en vertu d'un arsenal législatif répressif visant à protéger l'Etat contre les revendications kurdes, islamistes, et d'extrême gauche. Plus de cinquante représentants de la presse, de toutes tendances, ont comparu devant les tribunaux pour leurs écrits. Les journalistes ayant mis en cause l'armée, d'une façon ou d'une autre, ont été systématiquement inquiétés. Plusieurs quotidiens ont fait l'objet de poursuites pour leur couverture des grèves de la faim de prisonniers protestant contre leurs conditions d'incarcération et des opérations policières dans les prisons. Vingt journalistes ont été agressés dans l'exercice de leur profession et trente ont été interpellés. Cinq journalistes, Kemal Evcimen, Hasan Özgün, Asiye Zeybek Güzel, Mustafa Benli et Nureddin Sirin sont toujours emprisonnés, en raison notamment de leur responsabilité dans la diffusion d'informations et de publications considérées par les autorités comme des menaces pour l'ordre public ou l'unité de l'Etat. Douze autres journalistes ont été incarcérés, en 2001, pour des durées variables, dont Fikret Baskaya, condamné pour "propagande séparatiste" suite à la publication d'un article critique sur le traitement du problème kurde. Les entraves à la liberté de l'information restent particulièrement graves dans le sud-est du pays, zone relevant de la loi 2935 sur l'état d'urgence qui donne au gouverneur de cette région le droit d'interdire l'accès, la distribution, l'impression de journaux, livres et tracts dans la zone. En 2001, le quotidien d'extrême gauche Günlük Evrensel et l'hebdomadaire prokurde Yedinci Gündem ont ainsi été interdits d'accès et de distribution dans quatre villes de la région, à Diyarbakir, Tunceli, Hakkari et Sirnak. Plusieurs cas d'assassinats de journalistes perpétrés dans cette zone, avant 2001, n'ont toujours pas été élucidés. Le Haut Conseil de l'audiovisuel (RTÜK) a maintenu un contrôle étroit sur les médias, au travers de condamnations systématiques des radios et télévisions à des jours de suspension d'émission. Le RTÜK a ainsi sanctionné 62 chaînes et 50 radios à une peine totale de 3 236 jours de suspension. La loi 3984 sur l'audiovisuel autorise des peines allant jusqu'à un an de suspension. Un projet de loi aggravant les peines, et comprenant par ailleurs des dispositions risquant d'accentuer la concentration du paysage médiatique en Turquie, a fait l'objet d'un veto du président Ahmet Necdet Sezer, le 18 juin. Le gouvernement a engagé, en 2001, un programme de réformes démocratiques dans le cadre de la candidature du pays à l'Union européenne. Le programme annoncé, le 19 mars, prévoit notamment la révision de la loi sur le Haut Conseil de l'audiovisuel, le renforcement des dispositions garantissant la liberté d'expression et d'opinion, et la suppression du régime d'urgence. Le 3 octobre, le parlement turc a adopté une série d'amendements à la Constitution, reconnaissant de nouveaux droits pour l'utilisation de la langue kurde, l'utilisation de ce droit pouvant être limité pour "protéger la sécurité nationale, l'ordre public et l'unité du pays". Les autorités se sont engagées à amender plusieurs des dispositions les plus répressives du code pénal, notamment l'article 159 (moqueries et insultes contre les institutions de l'Etat), 312 (incitation à la haine et à l'hostilité par voie de discrimination...) et 169 (aide à une organisation illégale), et de la loi 3713 antiterroriste, notamment les articles 7 et 8 sur la "propagande d'une organisation terroriste" et la "propagande séparatiste". Le 25 octobre, le Parlement européen a estimé que "la liberté de la presse est toujours anormalement encadrée" en Turquie, et que "plusieurs milliers de personnes sont aujourd'hui incarcérées dans les prisons pour des délits qui, au regard de notre droit, relèveraient de délits d'opinion". Nouveaux éléments sur des journalistes tués avant 2001 Le 7 décembre 2001, s'ouvre devant la Cour de sûreté de l'Etat n° 2 d'Ankara, l'audience des vingt-quatre accusés dans l'affaire de l'assassinat d'une vingtaine d'intellectuels laïcs, dont Ugur Mumcu en 1993, et Ahmet Taner Kislali en 1999, éditorialistes du quotidien républicain Cumhuriyet tués dans des attentats à la bombe. Le 7 septembre 2001, le procureur requiert la peine de mort pour neuf accusés, l'acquittement pour cinq, et la condamnation de sept autres pour appartenance à l'organisation intégriste illégale "Tevhid-Selam". Le verdict doit être prononcé début 2002. Le 12 décembre, s'ouvre à Istanbul le procès de Yalçin Özbey et de Yusuf Celikkaya, deux des assassins présumés du journaliste Abdi Ipekçi, directeur de publication du quotidien Milliyet, assassiné le 1er février 1979 devant son domicile à Istanbul. L'un des meurtriers, Mehmet Ali Agça, avait été arrêté en Italie pour avoir tenté de tuer le pape Jean-Paul II, et avait été condamné par contumace à la peine de prison à vie pour l'assassinat du journaliste. Il avait bénéficié d'une loi d'amnistie spéciale en 1991 et sa peine avait été réduite à dix ans de prison ferme. Dix-huit journalistes incarcérés En 2001, cinq journalistes, Kemal Evcimen, Hasan Özgün, Asiye Zeybek Güzel, Mustafa Benli et Nureddin Sirin sont toujours emprisonnés, depuis plusieurs années, pour leurs opinions exprimées dans le cadre de leur activité de journalistes. Le journaliste Fikret Baskaya, a, par ailleurs, été condamné et incarcéré, en 2001, pour "propagande séparatiste" suite à la publication d'un article critique sur le traitement du problème kurde. Le Conseil de la presse turc (Basinkonseyi) retient le seul nom de Kemal Evcimen comme journaliste emprisonné depuis plusieurs années pour des raisons liées à son activité professionnelle. Sur la vingtaine de journalistes actuellement incarcérés en Turquie, pour la plupart accusés d'"appartenance à une organisation illégale" ou d'actes divers commis comme membres d'une organisation illégale, les six journalistes défendus par Reporters sans frontières ont été également condamnés pour leur responsabilité dans la diffusion d'informations et de publications considérées par les autorités comme des menaces pour l'ordre public ou l'unité de l'Etat, mais relevant pleinement de la liberté et du pluralisme de l'information selon les standards démocratiques. Le 17 février 1996, Hasan Özgün, correspondant du quotidien prokurde Özgür Gündem à Diyarbakir, a été condamné par la Cour de sûreté de l'Etat à douze ans et six mois de prison pour "appartenance au Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK)". Arrêté en décembre 1993, il est actuellement détenu à la prison d'Aydin (sud-ouest du pays). Durant leur garde à vue en 1993, des confrères de Hasan Özgün auraient été contraints, sous la torture, de faire des déclarations accusant le journaliste. Arrêté le 6 février 1997, Nureddin Sirin, éditorialiste de l'hebdomadaire islamiste Selam, a été condamné en septembre 1997 à dix-sept ans et demi de prison pour "appartenance au Hezbollah". Par ailleurs, en juin 1999, la Cour de cassation avait confirmé une peine de vingt mois de prison pour "incitation à la haine et à l'hostilité". Le 15 juin 1997, le journaliste avait publié dans son journal, un article intitulé "Il faut être du côté de l'opprimé, même s'il est athée". Le 22 février 1997, Asiye Zeybek Güzel, journaliste de l'hebdomadaire d'extrême gauche Atilim, a été interpellée à son domicile puis conduite à la section antiterroriste de la direction de sécurité d'Istanbul. Pendant treize jours de garde à vue, elle aurait été torturée et violée. Accusée d'appartenance au Parti communiste marxiste-léniniste (MLKP), Asiye Zeybek Güzel, actuellement incarcérée à la prison de Gebze, n'a toujours pas été jugée. L'avocat de la journaliste, Ercan Kanar, a saisi la Cour européenne des droits de l'homme suite au non-lieu prononcé en faveur des policiers accusés du viol. Lors de l'audience du 7 décembre 2001, la demande de libération provisoire de la journaliste a été rejetée. Emprisonné en février 1998, Mustafa Benli, propriétaire et rédacteur en chef du mensuel Hedef et journaliste pour les périodiques Liseli Arkadas et Alevi Halk Gerçegi, a été condamné en novembre 1999 à douze ans et six mois de prison pour "appartenance à une organisation illégale" (article 168 alinéa 2 du Code pénal turc). Le 24 octobre 2000, Hasan Erdogan, son avocat, a saisi la Cour européenne des droits de l'homme. Le 16 janvier 1995, Kemal Evcimen, propriétaire et rédacteur en chef du périodique Özgür Karadeniz, a été interpellé à Trabzon (nord-est du pays) et incarcéré à la prison d'Erzurum. Le 27 novembre 1998, la Cour de sûreté de l'Etat d'Erzurum l'a condamné à douze ans et six mois de prison pour "appartenance au Parti et front révolutionnaire pour la libération du peuple turc (DHKPC)". Le 29 juin 2001, Fikret Baskaya, éditorialiste du quotidien prokurde Özgür Bakis et universitaire, est emprisonné à la prison de Kalecik à Ankara. Le 26 janvier, la Cour de cassation avait confirmé une peine d'un an et quatre mois de prison et une amende de 1 066 000 000 de LT (855 euros) prononcées par la Cour de sûreté de l'Etat pour "propagande séparatiste". L'éditorialiste avait écrit, dans un article intitulé "Est-ce un procès historique ?" publié le 1er juin 1999 dans le quotidien Özgür Bakis, que "les dirigeants turcs ont toujours considéré le problème kurde comme un problème d'ordre public alors qu'il s'agit d'un problème national, et ont pensé pouvoir résoudre le problème en appliquant une politique chauvine, raciste et nationaliste". Il est toujours incarcéré au 1er janvier 2002. Douze autres journalistes ont été incarcérés en 2001, pour des durées variables. Quatre d'entre eux sont toujours en prison. Ces cas sont en investigation pour établir la réalité du lien entre leurs condamnations et leur activité de journalistes : Le 15 février, Seyit Karabas et Suat Özalp, deux correspondants à Diyarbakir du périodique kurde Azadiya Welat ("Pays Libre"), sont libérés de la prison de Diyarbakir (sud-est du pays) à l'issue de leur première comparution devant la Cour de sûreté de l'Etat de Diyarbakir. Accusés de "propagande séparatiste" et "propagande d'une organisation illégale", les journalistes avaient été interpellés le 13 décembre 2000, puis emprisonnés. Le 27 février, Erdal Gümüs, correspondant à Gaziantep de l'hebdomadaire d'extrême gauche Yasamda Atilim, est interpellé et incarcéré à la prison de type E de Gaziantep pour "appartenance au MLKP". Dans un communiqué, le père du journaliste déclare que son fils est emprisonné pour avoir fait la lumière sur un cas de décès sous la torture dans un commissariat, et sur une affaire de cambriolage dans lequel des policiers seraient impliqués. Le journaliste a été libéré le 14 mai à l'issue de sa première comparution. Le 21 mars, Adnan Akdeniz Tas, rédacteur en chef du périodique Hedef, est interpellé et incarcéré à la prison d'Ulucanlar à Ankara après avoir fait des aveux sous pression. Il est accusé d'avoir participé, le 12 décembre 2000, aux manifestations contre les prisons de type F et à celles de soutien au Parti révolutionnaire turc (TDP). Il est incarcéré à la prison de Zile à Tokat (nord du pays), puis libéré. Le 3 avril, Bahattin Ari, propriétaire et rédacteur en chef du journal local Susma, est libéré de la prison d'Ulucanlar d'Ankara. Il avait été interpellé le 12 janvier à Zonguldak (nord-ouest du pays) à la sortie du bureau de poste où il était venu chercher des numéros du journal Isçinin Sesi envoyés depuis l'étranger. Accusé de "possession de publications illégales" et "propagande d'une organisation terroriste", il avait été envoyé à la prison de Caycuma et transféré ensuite à la prison d'Ulucanlar d'Ankara. Le 21 mai, Mehmet Kutlular, propriétaire du quotidien islamiste Yeni Asya, est arrêté à son domicile d'Istanbul et incarcéré en Thrace orientale. Il avait déclaré : "le tremblement de terre (de 1999) est un avertissement divin", lors d'un discours à l'occasion du 39e anniversaire de la mort de Saidi Nursi, inspirateur de la secte Nur en Turquie. Le 9 mai 2000, la Cour de sûreté de l'Etat d'Ankara avait condamné Mehmet Kutlular à deux ans et un jour de prison pour avoir tenu des propos "incitant à la haine et à l'hostilité par voie de discrimination religieuse", en vertu de l'article 312 alinéas 2 et 3 du code pénal. La sentence avait été confirmée par la Cour de cassation le 16 janvier. Il doit purger une peine de neuf mois et vingt-trois jours de prison. Il est toujours incarcéré au 1er janvier 2002. Le 29 mai, Kasim Tirpanci, reporter du journal local 23 Subat, est libéré par le tribunal correctionnel à Ardahan (est du pays), après vingt-cinq jours de détention. Il avait été condamné, en vertu de l'article 266 du code pénal, à une peine d'un an et un jour de prison et à une amende de 277 millions de LT (227 euros) pour "insulte au procureur du palais de justice" qui lui avait interdit de couvrir un procès. Le 12 juin, Münevver Iltemur, représentante à Ankara du périodique Yasamda Atilim, est incarcérée à la prison de Ulucanlar à Ankara. Accusée de "soutien au MLKP", elle est provisoirement libérée le 6 septembre dans l'attente d'un jugement. Le 15 juin, Ahmet Aydin, cameraman de la chaîne régionale Kanal VIP, est incarcéré sur ordre de la juge Belgin Ayçil, pour avoir filmé sans leur consentement des hauts fonctionnaires lors d'altercations avec des commerçants. Le journaliste est libéré le 10 juillet. Le 18 juin, Memik Horuz, directeur de la publication du périodique d'extrême gauche Isçi Köylü (Ouvrier Villageois), est interpellé et poursuivi par la Cour de sûreté de l'Etat n° 2 d'Ankara pour "aide à une organisation illégale". Il est notamment accusé d'avoir "réalisé des entretiens avec des militants de l'organisation TKP/ML TIKKO (aile armée du parti communiste turc marxiste léniniste)" publiés dans l'ancien périodique Özgür Geleçek. A l'issue de trois audiences, le tribunal a rejeté sa demande de libération. Le 8 août, Metin Yavuz, directeur de la publication de l'hebdomadaire d'extrême gauche Yasadigimiz Vatan, est interpellé avec une quinzaine de personnes lors de la perquisition du siège du journal à Istanbul, puis incarcéré. Selon la police, "l'organe de presse héberge les membres de l'organisation qui inspirent les grèves de la faim pour protester contre les prisons de type F". Il est libéré le 12 novembre, à l'issue de la première audience de son procès, puis de nouveau emprisonné avec Hatice Rüken Kiliç, rédactrice en chef du périodique. Ils sont respectivement envoyés dans les prisons de Tekirdag et de Bakirköy à Istanbul. Trente journalistes interpellés Le 2 février 2001, Vedat Korkmaz, ancien propriétaire du quotidien d'extrême gauche Evrensel, est interpellé pour non-paiement d'amendes prononcées dans le cadre d'un procès de presse. Deux lois d'amnistie avaient pourtant été votées depuis ces amendes. Le journaliste est libéré le 5 février. Le 25 juin, Halil Sahin, rédacteur en chef de l'hebdomadaire local prokurde Firatta Yasam ("Vie à l'Euphrate"), et Servet Özdemir, correspondant d'un bimensuel d'extrême gauche Alinterimiz ("Sueur"), sont interpellés à Gaziantep alors qu'ils couvrent une manifestation de fonctionnaires. Ils sont libérés la nuit même, après avoir été avertis "de ne plus faire du journalisme dans la zone". Le 19 juillet, Kamil Tekin Sürek, éditorialiste du quotidien d'extrême gauche Yeni Evrensel et avocat, est interpellé "par erreur", selon les forces de police, et relâché une heure et demie plus tard. En juin 2000, le journaliste avait déjà été interpellé à la sortie d'un colloque à Ankara. La quatrième cour d'assises d'Istanbul lui accorde 550 millions de LT (441 euros) de dommages et intérêts pour sa dernière interpellation. Le 7 août, Ahmet Varol, journaliste du quotidien pro-islamiste Akit, Hamza Türkmen et Ridvan Kaya, du magazine mensuel pro-islamique Haksöz, sont interpellés et retenus pendant quelques heures pour avoir publiquement appelé à une manifestation contre le Premier ministre israélien Ariel Sharon, à l'occasion de sa visite officielle en Turquie. Le 31 août, Salih Erol, correspondant à Batman (sud-est du pays) de l'hebdomadaire prokurde Yedinci Gündem (Septième Actualité), est interpellé alors qu'il couvre une manifestation de sympathisants du parti prokurde HADEP (Parti de la démocratie du peuple) à l'occasion de la Journée de la Paix. Il est interpellé et violemment frappé pendant sa garde à vue. Il porte plainte le 3 septembre. Le 26 novembre, le Conseil préfectoral de Batman refuse d'instruire sa plainte. Le 4 septembre, Kitty Holland et Jullien Behal, journalistes du journal irlandais Irish Times, et leur traductrice, sont interpellés. Les deux journalistes sont reconduits à la frontière. Interpellés avec eux, les collaborateurs du bimensuel Isçi-Kôylü, Sema Gül et Seza Horuz sont libérés. Le 5 septembre, Baris Açikel et Besir Kasap, respectivement rédacteur en chef et reporter du périodique Isçi Köylü, sont interpellés au siège d'Istanbul du journal. Ils sont conduits à la section antiterroriste et présentés ensuite au procureur de la Cour de sûreté de l'Etat n°6 d'Istanbul qui décide de libérer Besir Kasap. Baris Açikel n'est libéré que le 10 septembre. Le 25 septembre, Mehmet Eren et Ahmet Bulut, représentants à Diyarbakir des périodiques Dema Nû et Deng, sont interpellés pour "possession de publications interdites", en vertu de la loi d'urgence 2935. Le 6 octobre, Hacer Yücel, reporter du quotidien Günlük Evrensel ainsi que Nuran Dogan, reporter du périodique d'extrême gauche Yasamda Atilim, sont interpellées à Istanbul alors qu'elles couvrent une manifestation contre les opérations américaines en Afghanistan. Emmenées à la direction de sécurité de Kartal, elles sont remises en liberté après contrôle de leurs cartes de presse. Le 17 octobre, Yusuf Ziya Özisik, reporter du quotidien de gauche Günlük Evrensel, est interpellé alors qu'il couvre un rassemblement de commerçants de la ville d'Eyüp protestant contre les frappes américaines en Afghanistan. Il est libéré l'après-midi même. Le 20 octobre, Ramazan Pekgöz, correspondant à Sanliurfa (sud-est du pays) de l'hebdomadaire prokurde Yedinci Gündem (Septième Actualité), est interpellé par la gendarmerie de Yaylak à Bozova-Sanliurfa, pour être, en vertu des règles d'urgence dans la zone, interrogé sur le contenu du journal. Il est libéré le soir même. Le 6 novembre, Ali Riza Kilinç, reporter du quotidien de gauche Günlük Evrensel, est interpellé à Diyarbakir (Sud-Est) lors d'une manifestation d'universitaires protestant contre des décisions du Conseil supérieur de l'enseignement (YÖK). Il est libéré dans l'heure. Le 29 novembre, Hakan Kemaloglu, reporter de l'hebdomadaire prokurde Yedinci Gündem, Ekrem Erdem, Bagdat Mizrak et Melek Tokur, collaborateurs de l'hebdomadaire d'extrême gauche Alinteri, sont interpellés dans leurs rédactions dans le cadre d'opérations policières menées sur ordre du procureur de la Cour de sûreté de l'Etat d'Istanbul. Ils sont relâchés peu après. Le 14 décembre, Zeriman Dagdelen, Ihsan Polat, Bayram Aslan, Fatih Atabey et Haydar Sahin, journalistes de l'hebdomadaire prokurde Yedinci Günden, ainsi que deux dirigeants du journal et un chauffeur, sont interpellés à l'entrée du district de Bakirköy à Istanbul. Ils sont emmenés au commissariat central de Bakirköy où ils sont retenus sans explication pendant plus de quatre heures. Vingt journalistes agressés Le 11 avril 2001, Tarik Tinayaz, photoreporter de l'Agence de presse EPA, Mert Özkan, reporter de l'Agence Reuters, Metin Kayihan, reporter de la chaîne de télévision privée Kanal D, Emrah Ozan et Adem Gümüs, cameramen de la même chaîne, Burcu Kizilay, cameraman de la chaîne privée Star, et un autre reporter non identifié du quotidien républicain de gauche Cumhuriyet, sont blessés par un groupe de manifestants alors qu'ils couvrent une manifestation organisée à Ankara par des commerçants pour protester contre l'instabilité économique et la politique du gouvernement. Plusieurs journalistes sont hospitalisés. Le véhicule de la chaîne d'information NTV est lapidé. Le 20 mai, Yücel Bayluk, cameraman de la chaîne de télévision locale Kanal A, est agressé par les employés d'une compagnie de construction alors qu'il assiste à une conférence de presse d'une coopérative. Il est hospitalisé. Deux autres cameramen locaux, Aydin Güçlü et Ahmet Akgün, sont brutalisés lors de l'altercation. Le 10 juin, Hüseyin Kircal, reporter du quotidien d'extrême gauche Yeni Evrensel, est agressé par des proches de la direction de la société Burak Tekstil à Gülsuyu (Istanbul), alors qu'il couvre une manifestation des employés. Ses agresseurs le mettent en garde en ces termes : "Si tu écris quoi que ce soit sur les employés, on te tue. Nous sommes des Ülkücü ("Idealistes", groupe ultra-nationaliste de droite). Tu apprendras à nous connaître." Le journaliste porte plainte pour agression. Le 4 Août, Aydin Deniz, correspondant de l'Agence Anatolie dans la région d'Igdir, Akay Aktas et Alpaslan Siftas, les deux propriétaires du journal local Dilucu, sont agressés à coups de poignard. Les agresseurs présumés seraient d'anciens employés à la Direction Agricole locale, administration mise en cause dans l'édition du 18 juillet du journal. Le 12 octobre, plusieurs journalistes, dont Alper Yurtsever, photoreporter du quotidien Star, et Ahmet Sik, reporter du quotidien Radikal, sont agressés par les forces de l'ordre sur la place de Beyazit à Istanbul. Les journalistes couvraient une manifestation de musulmans à la sortie de la mosquée de Beyazit. Le 14 octobre, Ramazan Kurt, cameraman de la chaîne de télévision nationaliste de gauche Ulusal Kanal (chaîne nationale), et Hüseyin Likoglu, reporter du quotidien islamiste Yeni Safak, sont agressés et légèrement blessés par les forces de l'ordre à Kadiköy (Istanbul) où les partis d'opposition de gauche manifestaient contre les opérations militaires en Afghanistan. Les 30 et 31 octobre, Hüsamettin Erbas, correspondant à Esenyurt du quotidien local d'Istanbul Hürbakis, est agressé par Mustafa Karatay, directeur du personnel de la mairie d'Esenyurt (nord d'Istanbul), à cause de ses articles sur le maire de la ville, Gürbüz Capan, incarcéré et accusé de corruption. Hospitalisé avec d'importantes blessures au visage, le journaliste a porté plainte. Mustafa Karatay a été interpellé. Le 3 novembre, Mehmet Tan, éditorialiste sportif des quotidiens Milliyet et Fanatik, est la cible d'une attaque armée devant son domicile à Trabzon (ville au bord de la mer Noire au nord du pays). Deux inconnus tirent à deux reprises en direction du journaliste qui n'est pas atteint. Le 10 novembre, Enver Güler, reporter de l'Agence de presse IHA (Ihlas Haber Ajansi), est attaqué par un inconnu à Erzurum (est du pays) et blessé à coups de couteau. Le journaliste est hospitalisé. Quatre journalistes menacés Le 19 mai 2001, le véhicule du propriétaire du journal local Yesil Niksar, Cemalettin Bilgin, est criblé de balles par deux motards. Une enquête est ouverte. Le 20 mai, Erdogan Kosar, journaliste pour le quotidien d'extrême gauche Yeni Evrensel (Le Nouvel Universel), est menacé de mort par téléphone. Dans la nuit du 27 août, Ali Ekber Sen, correspondant de Mersin de l'agence de presse Dogan (Dogan Haber Ajansi-DHA), reçoit un appel téléphonique de Ahmet Serttas, un individu venant de sortir de prison après plusieurs mois de réclusion pour une affaire de corruption. Ce dernier le menace en ces termes : "coûte que coûte, je vais te kidnapper pour t'emmener à la montagne et t'éliminer. Tu peux te considérer comme mort car tu nous as humiliés." Le 19 octobre, Adnan Keskin, journaliste au quotidien Radikal, reçoit un appel téléphonique du député et ancien ministre de l'Intérieur, Mehmet Agar, lui enjoignant d"arrêter de parler de l'affaire Susurluk, précisant que "sinon", ses "amis" (mis en cause dans cette affaire), "pourraient mal se comporter". Adnan Keskin avait publié, le 17 octobre 2001, un article intitulé "L'Affaire Susurluk dissimulée" dénonçant la clémence dont pourraient bénéficier de la part de la Cour de cassation plusieurs hauts fonctionnaires de police mis en cause dans le cadre de cette affaire. En 1996, un responsable mafieux, un dignitaire de la police et un député avaient été retouvés dans le même véhicule, après un accident à Susurluk, petite localité de la ville de Balikesir (ouest du pays). Seul le député avait survécu à l'accident. Un stock d'armes se trouvait dans le coffre du véhicule. L'enquête diligentée à l'époque sous la pression de l'opinion publique avait mis en évidence une collusion entre certains fonctionnaires de police et des réseaux criminels, ainsi que l'existence d'un dispositif visant à éliminer des opposants du régime. Le député Mehmet Agar, alors ministre de l'Intérieur, ainsi que le député rescapé de l'accident, avaient été mis en cause mais avaient bénéficié de leur immunité parlementaire. Un procès avait en revanche été intenté contre plusieurs hauts fonctionnaires et policiers pour "abus de fonctions" et "appartenance à une organisation criminelle". Le 24 octobre 2001, la Cour de cassation s'est prononcée en faveur d'un approfondissement de l'enquête. Pressions et entraves Le 24 janvier 2001, accusé de publier des articles "menaçant la sécurité nationale", le quotidien pro-islamiste Yeni Asya (Asie Nouvelle) est condamné par la Cour de sûreté de l'Etat no 1 d'Istanbul à un mois de suspension en vertu de l'article 2 alinéa 1 de la loi 5680 relative à la presse. Le 1er février, la Cour de sûreté de l'Etat no 1 d'Istanbul condamne le quotidien prokurde Yeni Gündem pour "atteinte à la sécurité nationale" à un mois de suspension en vertu de l'article 2 alinéa 1 de la loi 5680. Le 11 septembre 2000, le journal avait publié un article citant des propos tenus par des dirigeants du Parti du Pouvoir Socialiste (SIP) lors d'un congrès. Accusé d'avoir publié des propos "incitant à la haine et à l'hostilité par voie de discrimination raciale et régionale", le rédacteur en chef Erdal Tas est condamné au cours du même procès à vingt mois de prison avec sursis et à 152 millions de LT (240 euros) d'amende. Le 17 février, le bâtiment abritant à Istanbul le siège des quotidiens Milliyet, Radikal, Posta et Fanatik est visé par des tirs d'armes à feu. Les balles brisent des vitres du bâtiment mais ne font pas de victimes. Le 19 mars, l'édition de l'hebdomadaire régional prokurde Firatta Yasam est saisie par le tribunal à Gaziantep (sud-est du pays) pour "incitation à la haine et à l'hostilité par voie de discrimination raciale, religieuse, linguistique, et régionale". Le 16 avril, le ministre de la Justice, Hikmet Sami Türk, saisit le Conseil des annonces publicitaires en lui demandant de faire "le nécessaire", suite à la publication dans Radikal d'un éditorial du journaliste Perihan Magden mettant en cause les autorités. Le nouveau président de l'Association des journalistes de Turquie, Orhan Erinç, qualifie cette mesure de "censure économique". Le 2 mai, l'administration du parlement turc interdit aux journalistes accrédités l'accès à certains locaux du Parlement. Des députés se seraient plaints d'articles les accusant d'être à l'origine de dépenses excessives dans le contexte de la crise économique. Les membres de l'Association des reporters du Parlement obtiennent quelques jours plus tard la levée de cette mesure. Le 3 mai, le journaliste Zeynel Abidin Kizilyaprak, éditeur de l'album chronologique "De 1900 à l'an 2000 : les Kurdes" offert comme supplément par le quotidien prokurde Özgür Bakis, est condamné à seize mois de prison et à 1 612 000 000 de LT (soit environ 1 660 euros) pour avoir tenu des "propos séparatistes", punis par l'article 8 de la loi antiterroriste 3713. L'album incriminé avait été saisi avant même sa distribution, le 2 février 2000. La peine est confirmée par la Cour de cassation le 14 mai. Zeynel Abidin Kizilyaprak, alors éditorialiste de l'hebdomadaire prokurde Nûroj, avait déjà été interpellé le 28 février 1997 et relâché quelques jours plus tard. Le 16 mai, le Haut Conseil de l'audiovisuel suspend neuf radios locales et quatre chaînes de télévision pour un totalde392jours. La chaîne nationale Kanal D est suspendue une journée pour "violation de la présomption d'innocence". La chaîne Kanal 6 est suspendue six jours pour avoir "tenu des propos humiliants", "porté préjudice aux convenances générales, à la tranquillité de la société et à la formation de la famille turque". La chaîne Sanliurfa TV est suspendue quinze jours pour "incitation à la violence, à la terreur et à la discrimination ethnique", ainsi que les radios Channel Malatya, Radio Arkadas, Marmara FM, Arifan Radyo et Cag FM, respectivement suspendues pendant cent quatre-vingts, quatre-vingt-dix, trente et trois jours. Accusées de "tenir des propos humiliants envers des personnes ou des instituions", la radio Denge Radyo d'Ankara est suspendue pendant quinze jours, Arifan Radyo et Best FM d'Istanbul pendant sept jours et Radyo Ekin d'Ankara pendant trente-quatre jours. Le 31 mai, le ministre de la Justice, Hikmet Sami Türk, demande au Conseil de presse des annonces publicitaires de priver provisoirement d'annonces le quotidien Radikal. Le 1er juin, le Conseil décide de priver le journal d'annonces pour une durée de cinq jours. L'article incriminé, paru le 4 mai, critiquait la politique carcérale du gouvernement. Début juin, le quotidien islamiste Yeni Asya (Asie Nouvelle) est privé par le Conseil de presse des annonces publicitaires de trois jours d'annonces suite à une plainte déposée par Ali Suat Ertosun, directeur général des institutions pénitentiaires. Le journal est accusé d'avoir publié un article critique envers Atatürk, fondateur de la République turque. Les quotidiens Sabah et Takvim sont sanctionnés respectivement par quatre et deux jours de privation d'annonces pour avoir "diffusé des informations inexactes et moqueuses" au sujet d'une société, Albayrak SA, et d'un de ses dirigeants, Nuri Albayrak. Le 19 juin, la Cour de sûreté de l'Etat no 2 d'Istanbul condamne le quotidien de gauche Yeni Evrensel à trois jours de suspension pour avoir publié, dans le numéro du 25 décembre 2000, un article critique envers le ministre de la Justice Hikmet Sami Türk. Le propriétaire, Fevzi Saygili, est condamné à une amende de 594 360 000 LT (600 euros) et le rédacteur en chef, Bülent Falakaoglu, à une amende de 297 180 000 LT (300 euros). Le 20 juin, le Haut Conseil de l'audiovisuel annonce que la radio locale d'Ankara Radio Imaj ("Image") est suspendue pendant une semaine, à partir du 9 juillet 2001, pour avoir diffusé de la musique kurde. La radio est accusée de violer l'alinéa "t" de l'article 4 de la loi 3984, qui interdit l'usage de la langue kurde. Le 21 juin, la cour d'assises no 1 de Mersin condamne Güler Yildiz, rédactrice en chef de l'hebdomadaire local de gauche Cinar ("Platane"), à dix mois de prison avec sursis. Güler Yildiz était accusée d'"insulte et moquerie envers les forces armées de l'Etat", en vertu de l'article 159 du code pénal, suite à un article présentant et commentant l'ouvrage "Le livre de Mehmet" de la journaliste Nadire Mater, qui avait été elle-même poursuivie, puis acquittée le 16 avril. Le 27 juin 2001, l'hebdomadaire prokurde Yedinci Gündem est interdit d'accès et de distribution dans la zone d'urgence. Depuis le 23 juin 2001, date de sa première parution, le journal a fait l'objet de cinq saisies. Le 3 juillet, un projectile est lancé contre le siège du quotidien islamiste Yeni Safak (Nouvel Aube) à Bayrampasa (Istanbul). Une enquête est ouverte. Le 18 juillet, la Cour de sûreté de l'Etat no 2 d'Istanbul condamne le quotidien d'extrême gauche Yeni Evrensel à deux jours de suspension pour un article mettant en cause l'"intervention et les pressions des autorités sur la langue et la question kurde". Accusé pour "incitation à la haine et à l'hostilité par voie de discrimination raciale et régionale", le rédacteur en chef, Bülent Falakaoglu, est condamné dans la même affaire à 2 403 000 000 de LT d'amende (2 040 euros). Le 23 juillet, le quotidien d'extrême gauche Günlük Evrensel est interdit d'accès et de distribution dans la zone d'urgence. Le 24 juillet, Ali Suat Ertosun, directeur général des prisons, reproche au journal Radikal plusieurs articles sur les grèves de la faim et les mauvais traitements dans les prisons. Il demande la saisie d'une partie des revenus publicitaires du journal. Le 8 août, le Haut Conseil de l'audiovisuel interdit la retransmission des émissions des radios BBC World et Deutsche Welle par deux radios turques de la bande FM, NTV Radyo et Baris Radyo. Estimant la mesure contraire à la Convention européenne sur la retransmission dont la Turquie est signataire, le président du Conseil de la presse, Nuri Kayis, saisit, le 3 septembre, le tribunal administratif pour l'annulation de cette décision. Le 23 octobre, le tribunal administratif no 7 d'Ankara rejette la demande de Nuri Kayis. Le tribunal déclare qu'il n'y a pas de "lien d'intérêt" entre Nuri Kayis et la décision du Haut Conseil de l'audiovisuel. Le 18 octobre, ce dernier accorde un délai de trente jours à NTV Radyo et Radyo Baris pour qu'elles cessent de retransmettre les émissions de la section turque de la BBC et de Deutsche Welle. Le 21 août, le recueil de reportages du journaliste de Radikal Celal Baslangiç, intitulé "Le Temple de la Peur", est saisi sur la demande du procureur de la République d'Istanbul. Le livre contient des témoignages qui mettent en cause l'Etat dans des massacres commis dans la région du sud-est du pays lors du conflit entre l'armée turque et les militants du PKK, Parti des travailleurs du Kurdistan. Le journaliste est accusé de "propos injustes et inexacts à l'encontre des militaires" et de "moquerie et insulte envers les forces armées turques". Il doit comparaître le 25 janvier 2002 devant la cour d'assises no 2 d'Istanbul. Le 22 août, une bombe explose à l'entrée du bureau de Isçi Gazetesi (Journal du Travailleur) à Izmir. L'attentat ne fait que des dégâts matériels. A l'issue de ses réunions du 23, 27 et 28 août, le Haut Conseil de l'audiovisuel sanctionne quatorze radios ou chaînes de télévision locales à un total de 518 jours de suspension. Accusés également de faire infraction aux principes d'émissions qualifiés dans les alinéas de l'article 4 de la loi 3984, dix-sept autres organes audiovisuels reçoivent un avertissement. Mihr Radyo est sanctionnée par 365 jours de suspension pour avoir tenu "des propos qui dénoncent les gens pour leur race, leurs pratiques sexuelles, leur classe sociale ou leur croyance". Le 10 septembre, le quotidien islamiste Yeni Asya (Asie Nouvelle) interrompt sa parution jusqu'au 10 octobre. La Cour de cassation a confirmé la sentence d'un mois de suspension prononcée par la Cour de sûreté de l'Etat no1 d'Istanbul. Accusé en vertu de l'article 312 alinéa 2 du code pénal, le journal était accusé d'avoir publié, le 7 octobre 1999, un article "incitant à la haine et à l'hostilité par voie de discrimination raciale, de classe, et religieuse". Le 25 septembre, le bureau à Diyarbakir des périodiques Dema Nû et Deng, publiés à Istanbul en turc et en kurde, fait l'objet d'une perquisition de la police, dans le cadre d'une opération de recherche des publications interdites dans la zone d'urgence (sud-est du pays). Le 28 septembre, la radio locale d'Istanbul Özgür Radyo (Radio Libre) est condamnée à une peine de quinze jours de suspension pour la diffusion de propos d'un auditeur sur les détenus politiques et les prisons "de type F" lors d'une émission. La radio est accusée de diffuser des propos "incitant à la violence et à la discrimination ethnique et provoquant des sentiments de haine dans la société". Le 2 octobre, la radio locale Radyo Ses (Radio Voix) est suspendue sept jours par le Haut Conseil de l'audiovisuel pour avoir diffusé des chansons en kurde. Accusée de violer le principe décrit dans l'alinéa (t) de l'article 4 de la loi 3984, la radio a interrompu ses émissions à partir du 6 novembre. Le 2 octobre, Serif Erol, directeur de la radio d'Istanbul Açik Radyo, est acquitté. Jugé en vertu de l'article 312 alinéa 2 du code pénal par la Cour de sûreté de l'Etat no 4 d'Istanbul, le journaliste était accusé d'avoir diffusé de la musique arménienne de la région de Mus (Sud-Est) le 7 octobre 2000. Le 3 octobre, la journaliste Nese Düzel et son rédacteur en chef, Hasan Cakkalkurt, comparaissent pour la troisième fois devant le juge. Ils sont accusés d'"incitation à la haine par voie de discrimination religieuse" dans un entretien publié dans le quotidien Radikal, le 8 janvier 2001, et réalisé avec Murtaza Demir, président d'une fondation d'Alevis (reconnus comme étant des musulmans progressistes). Les journalistes sont poursuivis en vertu de l'article 312 alinéa 2 du code pénal et passible de deux à six ans de prison. Le 4 octobre, la Cour de cassation confirme une peine de vingt mois de prison à l'encontre de la journaliste islamiste Emine Senlikoglu. Accusée d'"incitation à la haine par voie de discrimination religieuse", Emine Senlikoglu est connue pour ses prises de position très critiques envers le régime laïc turc. Elle avait été condamnée par la Cour de sûreté de l'Etat d'Izmir pour des propos tenus en mai 2000 sur une chaîne de télévision privée locale à Antalya. Lors d'une émission elle avait déclaré "l'Etat nous traite comme des enfants disgraciés, et préfère s'occuper du voile islamique. Cela nous donne le droit de lui déclarer la guerre". Emine Senlikoglu est l'auteur de plusieurs livres sur le rôle de la femme dans l'islam. Le 8 octobre, le dernier numéro de l'hebdomadaire Batman Ekspres est saisi par le tribunal correctionnel de Batman. Les autorités lui reprochent de ne pas avoir transmis la nouvelle adresse du siège du journal dans les délais légaux. D'après le rédacteur en chef, Mehmet Sah Ayaz, le vrai motif de la saisie est la publication d'un éditorial ayant mécontenté le préfet de Batman, Isa Parlak. Le journal a pu relancer sa parution le 15 octobre. Le 10 octobre, Duygu Asena, l'éditorialiste du quotidien Milliyet (Nationalité), et son rédacteur en chef, Eren Güvener, sont acquittés par la Cour de sûreté de l'Etat no 3 d'Istanbul. Duygu Asena et Eren Güvener étaient poursuivis pour "propagande d'organisation illégale" en raison d'un article dans lequel la journaliste faisait référence à une lettre d'un détenu politique. Le 10 octobre, le Haut Conseil de l'audiovisuel suspend pendant trois jours les émissions de la chaîne de télévision Kanal D, et pendant six jours les émissions de StarTV, de Kanal 6 et de Kral TV. Tombant sur le coup de l'alinéa "k" de l'article 4 de la loi 3984, ces chaînes sont accusées d'être "au service d'intérêts privés". Le 12 octobre, Emre Kongar, éditorialiste du quotidien républicain Cumhuriyet (République), et Fikret Ilkiz, son rédacteur en chef, sont acquittés par le tribunal. Ils étaient accusés, en vertu de l'article 159 du code pénal, de "moqueries et insultes envers la personnalité spirituelle du Parlement", suite à la publication d'un éditorial "Comment 550 hommes intouchables ont détruit toute une civilisation", publié dans l'édition du 2 avril du quotidien. Le 12 octobre, le quotidien local Batman Dogus est suspendu par le tribunal correctionnel de Batman suite à une plainte déposée par la Préfecture de la ville. Les responsables du journal sont accusés d'avoir publié, pendant quatre jours, des articles en langue kurde. Le propriétaire du journal, Hamdullah Uyanik, déclare avoir prévenu à temps l'administration de l'usage du kurde dans son journal. Il fait appel à la cour d'assises de Batman et obtient la levée de la suspension. Le 12 octobre, Ahmet Altan, éditorialiste de l'hebdomadaire Aktüel, et son rédacteur en chef, Murat Tunali, comparaissent devant la cour d'assises no 2 de Sultanahmet à Istanbul. Ils sont accusés de "moquerie et insultes envers les forces armées turques" pour avoir respectivement écrit et publié deux éditoriaux "Jugez ces généraux" et "Les généraux de toute la Turquie, à vos casernes" publiés dans le numéro du 9 novembre 2000. Les journalistes sont passibles d'un à six ans de prison en vertu de l'article 159 du code pénal. Ils sont acquittés, jugement confirmé mi-juin par la Cour de cassation. Mi-octobre, la chaîne satellitaire arabe basée au Qatar, Al Jazira, se voit refuser le droit d'émettre en Turquie par le câble. La Turkish Telekom se réfère dans son refus à la réponse du ministère des Affaires étrangères indiquant, d'une part, que l'audience pour une chaîne arabe était limitée en Turquie, et, d'autre part, qu'Al Jazira serait une chaîne proche d'organisations islamistes. Le 31 octobre, la police de Diyarbakir saisit le matériel de la radio locale Gün Radyo (Radio Jour) au motif que le fonctionnement de la radio perturbe les communications radiotéléphoniques et que les responsables de la radio n'ont pas interrompu leurs émissions lorsqu'ils en ont été avertis. Le 2 novembre, Ali Bayramoglu, ancien éditorialiste du quotidien Sabah (Matin), est acquitté par la cour d'assises no 2 d'Istanbul dans le cadre de quatre procès intentés pour "moqueries et insultes envers les forces armées turques" (article 159 du code pénal), suite à la publication de quatre éditoriaux évoquant notamment la disparition de deux responsables du parti prokurde HADEP dans le sud-est du pays. Le journaliste était passible pour chaque dossier de six ans de prison. Dans son réquisitoire, le procureur Nurten Altinok a déclaré que "critiquer est un droit démocratique". Le 7 novembre, plusieurs journalistes, dont Özlem Dinler, du quotidien de gauche Günlük Evrensel, et plusieurs cameramen sont empêchés d'accéder au quartier d'Alibeyköy, à Istanbul, où des grévistes de la faim avaient invité la presse pour une conférence. Le 9 novembre, s'ouvre au tribunal pénal d'Istanbul le procès d"Erol Özkoray, fondateur et rédacteur en chef de la revue trimestrielle Idea Politika, poursuivi, en vertu de l'article 159 du code pénal, pour "insulte à l'armée " et "insulte à la République". Dans plusieurs articles, le journaliste a analysé le rôle que joue l'armée turque au sein des institutions, son omniprésence politique et son poids économique, qui bloquent la démocratisation du pays, candidat à l'Union européenne. Pour le seul article publié en mars 2001, intitulé "Coup d'Etat permanent et démocratie "alla turca"", Erol Özkoray risque douze ans de prison. Deux autres procédures judiciaires ont été ouvertes à son encontre. En additionnant les peines requises dans les différentes procédures, Erol Özkoray risque trente ans de prison. Le numéro d'automne d'Idea Politika "A quoi sert l'armée ?" avait été saisi et interdit de publication le 14 septembre 2001 par le ministère de la Justice, à la demande du chef d'état-major des armées. Le 4 octobre 2001, le deuxième tribunal pénal d'Istanbul avait levé l'interdiction de publication. Erol Özkoray estime que "nous sommes en face d'un acharnement de l'armée qui a peur de l'Union européenne, donc de la démocratie. L'armée veut empêcher l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne car elle sait qu'elle perdra tout son pouvoir et son droit de regard sur le système politique". Au 1er janvier 2002, le procès est en cours. Le 9 novembre, Gültekin Kaya, rédacteur en chef de l'hebdomadaire de gauche nationaliste Yeni Aydinlik (Nouvelle Clarté), et Ugur Yildirim, auteur d'un reportage intitulé "Nous avons dénoncé l'état-major au ministre Allemand", publié le 1er juillet 2001, comparaissent devant la cour d'assises no 2 d'Istanbul pour "moquerie et insulte envers les forces armées turques". Gültekin Kaya déclare que "les déclarations critiques sont le produit de la liberté de la presse et qu'elles ont été publiées à ce titre". Le procès est toujours en cours. Le 14 novembre, la Cour de cassation ordonne, en appel, un approfondissement de l'enquête après la condamnation à quarante mois de prison, le 23 mars 2000, de Coskun Ak, responsable du forum interactif du site Internet Superonline. Coskun Ak avait été reconnu coupable de "moqueries et insultes à l'encontre de la République, des forces armées et de la justice" par la cour d'assises n°4 d'Istanbul, pour n'avoir pas retiré du forum interactif un texte sur les atteintes aux droits de l'homme en Turquie. Le 14 novembre, le Haut Conseil de l'audiovisuel suspend les émissions de la chaîne nationale StarTV pour une durée de quinze jours. Les responsables de la chaîne sont accusées de violer le principe qui interdit la diffusion d'émissions "au service d'intérêts privés" (alinéa "k" de l'article 4 de la loi 3984). La radio Radyo D est sanctionnée pour le même motif pour une durée de sept jours. Le 23 novembre, la journaliste du quotidien Sabah (Matin) Gülay Göktürk, accusée de "moqueries et insultes envers les forces armées turques" en vertu de l'article 159 du code pénal, est acquittée. Dans un éditorial, "Trou Noir au Sud-Est", la journaliste traitait de cas de disparition de membres du Parti prokurde HADEP. Le 28 novembre, Fehmi Koru, éditorialiste du quotidien islamiste Yeni Safak, comparaît devant la Cour de sûreté de l'Etat no 2 d'Istanbul. Le journaliste est accusé d'"inciter ouvertement à l'hostilité par voie de discrimination raciale, régionale, religieuse, linguistique et de classe" dans une émission diffusée le 12 octobre 1999 par la chaîne islamiste Kanal 7. Le journaliste est menacé de deux à six ans de prison en vertu de l'article 312 alinéa 2 du code pénal. Dans son réquisitoire, le procureur Mustafa Erol estime que le journaliste "divise le peuple en croyants et non-croyants". La prochaine audience est fixée au 5 mars 2002. Le 29 novembre, le procureur de la Cour de sûreté de l'Etat d'Istanbul ordonne la perquisition de trente et une organisations et publications soupçonnées de soutenir le PKK, dont l'hebdomadaire prokurde Yedinci Gündem, les périodiques Yasamda Atilim, Kizil Bayrak. Hakan Kemaloglu, journaliste de Yedinci Gündem, est interpellé au siège d'Istanbul du journal et libéré le soir même. La police spéciale investit les locaux de l'hebdomadaire d'extrême gauche Alinteri. Elle saisit du matériel informatique, des archives et bloque l'entrée des visiteurs. Le 3 décembre, le quotidien islamiste Akit (Accord), très critique envers les autorités, édite son dernier numéro. Les responsables du journal déclarent avoir été financièrement asphyxiés par le gouvernement. Le 6 décembre, le tribunal correctionnel de Sisli décide de suspendre le site de la revue trimestrielle Idea Politika, www.ideapolitika.com. Le directeur, Erol Özkoray, estime que ces sanctions émanent de l'état-major des armées, comme l'ensemble des pressions auxquelles la revue fait face. Le numéro du 11 décembre du nouveau quotidien islamiste Anadolu'da Vakit (Temps en Anatolie) est saisi le jour même par le procureur de la Cour de sûreté de l'Etat no 3 d'Istanbul en raison d'un article critique envers le ministère de l'Education. Le 14 décembre, les journalistes de l'hebdomadaire prokurde Yedinci Gündem, Zeriman Dagdelen, Ihsan Polat, Bayram Aslan, Fatih Atabey et Haydar Sahin, ainsi que deux dirigeants du journal et un chauffeur, sont interpellés à l'entrée du quartier de Bakirköy à Istanbul. Bien qu'ils aient montré leurs cartes de presse, ils sont emmenés au commissariat central de Bakirköy où ils sont retenus pendant plus de quatre heures. Le 19 décembre, les locaux du journal local Kent Gazetesi (Journal Urbain), publié à Kilis, sont l'objet d'une attaque à l'arme automatique. Des inconnus tirent à plusieurs reprises vers les fenêtres du journal et prennent la fuite. Le propriétaire du journal, Ahmet Barutçu, est également responsable de l'Association des journalistes de Kilis. Le 22 décembre, l'hebdomadaire prokurde Yedinci Gündem est saisi sur ordre du procureur de la Cour de sûreté de l'Etat d'Istanbul pour "propagande de l'organisation illégale du PKK". Le 24 décembre, la première audience du journaliste Irfan Uçar, chef du service de renseignement de l'hebdomadaire prokurde Yedinci Gündem, s'ouvre devant la cour d'assises no 2 de Beyoglu à Istanbul. Le journaliste est accusé, en vertu de l'article 159 du code pénal, de "moqueries et insultes envers la République et les forces armées turques" pour un article au sujet des poursuites engagées contre le journaliste d'Idea Politika, Erol Özkoray. Irfan Ucar mettait l'accent sur la censure touchant les journalistes et l'opinion publique. Source : RSF |