Retour à Paris de l'Ambassadeur de Turquie après 5 mois d'absence (10.05.01)

La Turquie a normalisé ses relations diplomatiques avec la France en annonçant jeudi 10 mai le retour à Paris de son ambassadeur, cinq mois après l'avoir rappelé. Sonmez Koksal va retourner à son poste, a annoncé le ministère turc des Affaires étrangères dans un communiqué, sans donner de date.

M. Koksal avait été rappelé le 18 janvier après l'adoption par les députés français d'une loi reconnaissant comme un génocide les massacres d'Arméniens perpétrés en 1915, sous l'Empire ottoman. "C'est un pas important vers la normalisation des relations, significatif d'un souhait de détente", a-t-on souligné de source diplomatique française. "Les liens avec la France se poursuivent dans le cadre déterminé par le gouvernement et qui avait été annoncé au public", a souligné de son côté le ministère turc dans son bref communiqué. Selon les observateurs, cette remarque tend à apaiser les éventuelles critiques intérieures sur un retour de l'ambassadeur, alors que le gouvernement avait employé une rhétorique très ferme pendant la crise, et laisse encore en suspens une normalisation complète des relations en fonction de futurs développements.

Le Premier ministre Bulent Ecevit avait annoncé après la reconnaissance du génocide, considérée par la Turquie comme historiquement erronée et comme une atteinte à l'honneur national, que la Turquie allait "réviser ses relations économiques et politiques avec la France". Cette révision s'était concrétisée par l'annulation d'un contrat d'armement et l'exclusion d'entreprises françaises d'une série d'appels d'offre. Consigne avait également été donnée aux ministères de maintenir les relations bilatérales au plus bas niveau possible. La glaciation des relations avait été particulièrement nette du côté de l'armée turque. Le gel des relations diplomatiques avec la France est cependant devenu difficile à tenir dès lors que la Turquie, frappée fin février par une grave crise financière, a besoin d'un soutien étranger pour y faire face et que la France, dans le cadre du G7 (groupe des 7 pays les plus industrialisés) a un rôle à jouer. "Ils n'ont pas le luxe de se fâcher sérieusement avec leurs amis", souligne ainsi un analyste sous couvert de l'anonymat.