Nagorny Karabakh: report sine die du sommet de Genève Kotcharian-Aliev (26.05.01)

Erevan et Bakou ont annoncé samedi l'annulation du sommet sur le Nagorny Karabakh prévu le 15 juin à Genève, à l'initiative de Washington, Moscou et Paris, co-parrains du processus de paix qui n'ont pas réussi à rapprocher les positions des deux parties sur le conflit. La rencontre entre les présidents arménien Robert Kotcharian et azerbaïdjanais Heydar Aliev "a été reportée sine die", a déclaré à l'AFP une porte-parole du ministère arménien des Affaires étrangères, Dzounik Agadjanian. Le report, confirmé par Bakou, a été annoncé sans dramatisation, l'Azerbaïdjan en faisant cependant porter la responsabilité à l'Arménie. "Je suis certain qu'avec certaines concessions le conflit peut être résolu. Sans cela il n'est pas possible d'obtenir la paix, mais elles doivent être réciproques", a déclaré le président azerbaïdjanais. Lors de leur récente tournée dans la région pour tenter de trouver une solution au conflit vieux de 13 ans du Nagorny Karabakh, un territoire azerbaïdjanais peuplé en majorité d'Arméniens les médiateurs du groupe de Minsk de l'OSCE, co-présidé par la France, la Russie et les Etats-Unis, n'avaient pas caché leur pessimisme et laissé entendre que le sommet pourrait être reporté. "Les co-présidents du groupe de Minsk ont exprimé leur préoccupation sur le fait que la précipitation ne contribuerait pas à un règlement de paix. Selon eux, la société ni en Arménie, ni surtout en Azerbaïdjan n'est prête aux compromis", a déclaré la porte-parole du ministère arménien "Cela ne signifie pas que le processus (de consultations) soit stoppé", a-t-elle ajouté. "Les co-présidents poursuivront leur travail sur un document" de règlement qui doit être soumis aux deux présidents. Interrogé sur la date de la prochaine rencontre entre les deux présidents, la porte-parole a reconnu qu'il était "difficile de dire lorsqu'elle aurait lieu". "Le fait que les co-présidents (du groupe de Minsk) aient décidé de reporter la rencontre signifie qu'ils ont décidé de donner à la partie arménienne le temps de réfléchir et d'aller vers un compromis constructif", a de son côté déclaré à l'AFP un porte-parole de la présidence azerbaïdjanaise, Novrouz Mamedov. "Dans le cas contraire, la rencontre n'a pas de sens", a-t-il ajouté.

Le Nagorny Karabakh, où des affrontements sanglants entre Arméniens et Azeris avaient eu lieu dans les dernières années de l'URSS, a proclamé son indépendance en 1991 avec le soutien d'Erevan, provoquant une guerre qui a fait près de 30.000 morts. Depuis le cessez-le-feu en mai 1994, aucune solution diplomatique n'a été trouvée.

Lundi dernier, le médiateur américain Carry Cavenaugh avait déclaré à Erevan que les populations de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan n'étaient pas encore prêtes à faire des concessions bien que les présidents arménien Robert Kotcharian et azerbaïdjanais Heydar Aliev aient selon lui "à coeur de trouver une solution".

Le médiateur russe Nikolaï Gribkov avait également affiché son pessimisme, laissant entendre que le sommet de Genève pourrait être reporté. Vendredi encore, l'Azerbaïdjan avait prévenu qu'il envisageait "la possibilité de régler le conflit par les armes".

Le président Aliev a déclaré samedi que son pays était "prêt à la guerre", mais a ajouté "donner sa préférence à la voie pacifique". Les dernières négociations qui s'étaient tenues en avril à Key West (Etats-Unis), avaient permis une avancée, selon les Américains, qui n'ont cependant donné aucune indication sur les progrès réalisés.