La
commission européenne critique la Turquie avec bienveillance
Rapport régulier 2003 de la commission européenne
06/11/2003
La
négation du Génocide évoquée en termes vagues
mais non dénoncée La politique arménophobe
passée sous silence La question du blocus de lArménie
exclue des critères politiques.
Bruxelles, Belgique
- La Commission européenne a rendu public ce mercredi son «
Rapport régulier concernant les progrès réalisés
par la Turquie sur la voie de l'adhésion » rapporte
la Fédération Euro-Arménienne pour la Justice et
la Démocratie. Ce document fait chaque année lobjet
dune résolution du Parlement européen et cest
sur la base dun rapport similaire que le Conseil de lUnion
Européenne décidera en décembre 2004 sil
convient douvrir les négociations dadhésion
avec la Turquie.
Au chapitre des
critères politiques, le rapport de la Commission note que «
lapplication des réformes est inégale» et
que dans bien des cas, « les instances administratives ou judiciaires
chargées de leur mise en uvre en ont limité la portée
en établissant des conditions restrictives, faisant obstacle
aux objectifs initiaux ». Il remarque aussi que le rôle
du Conseil National de Sécurité a été amoindri
mais que cette instance possède encore des représentants
dans des administrations civiles telles que le Haut Conseil de laudiovisuel
ou celui de lEducation. Sur le plan judiciaire, le rapport note
quen dépit de laffaiblissement du rôle des
tribunaux de sûreté dEtat, ces instances ne fonctionnent
toujours pas selon les normes européennes notamment en ce qui
concerne les droits de la défense et léquité
des procès.
En outre, le document
de la Commission sinquiète du non respect généralisé
par la Turquie des jugements de la Cour Européenne des Droits
de lHomme (ECHR) et cite lexemple emblématique de
laffaire Loizidou. Il sinquiète également
de la pratique persistante bien quen déclin de la torture,
des limitations au droit dassociation, de lusage disproportionné
de la force lors de manifestations pacifiques et de la non-mise en uvre
des réformes permettant la radio et la télédiffusion
démissions en langues minoritaires.
Par ailleurs, le
rapport reconnaît les obstacles permanents et non résorbés
rencontrés par les minorités non musulmanes mais sans
dénoncer la discrimination spécifique dont souffre la
minorité arménienne.
Concernant la liberté
de religion, le rapport constate que limpact des réformes
reste limité et que « les minorités religieuses
non musulmanes continuent à rencontrer des obstacles sérieux
concernant leur personnalité juridique, leurs droits de propriété,
leur gestion interne et linterdiction deffectuer des stages
pour leur clergé ». Le rapport évoque aussi la Loi
discriminatoire sur les Fondations et « lingérence
de la Direction Générale des Fondations ». Il mentionne
également les menaces persistantes de saisie sur les propriétés
religieuses. Cependant, cette partie du rapport sappuie sur des
exemples concernant les Grecs Orthodoxes, les Syriaques, les Catholiques
et même les Protestants mais évite de mentionner la communauté
Apostolique Arménienne.
« Il est surprenant
que la Commission nillustre pas ses propos avec les innombrables
exemples que peut lui fournir la plus grosse minorité religieuse
non musulmane, cest-à-dire les Arméniens Apostoliques
» a déclaré Hilda Tchoboian, Présidente de
la Fédération Euro-Arménienne.
Au sujet des droits
des minorités, le rapport reconnaît quen dépit
de la ratification de la Convention des Nation Unies sur les Droits
Civils et Politiques, la Turquie a émis des réserves qui
limitent la possibilité pour les minorités de «
jouir de leur propre culture, denseigner ou de pratiquer leur
religion ou dutiliser leur propre langue ». Le rapport dénonce
ces réserves qui spécifient que ces Droits « seront
interprétés et appliqués en cohérence avec
les provisions de la Constitution turque et du Traité de Lausanne
».
Cependant, la Commission
passe soigneusement sous silence la politique arménophobe contre
les descendants des rescapés du Génocide. En fait, elle
mentionne bien que « les minorités ont fait lobjet
de certaines mesures discriminatoires par les autorités »
et qu' « il y a eu des plaintes selon lesquelles les manuels dhistoire
officiels sont accusés dinduire des sentiments dhostilité
envers les groupes minoritaires ». Cependant, lorsquil évoque
la récente circulaire négationniste du Ministère
turc de lEducation, le rapport indique que cette directive «
demande aux écoles dorganiser des conférences et
des concours de rédactions sur des événement controversés
relatifs aux Arméniens, aux Grecs Pontiques et aux Assyriens
».
« Il ny
a pas dévénements controversés mais, concernant
les Arméniens, un Génocide, le premier du XXème
siècle. Nous prenons acte quaprès avoir longtemps
évité de mentionner cette question, la Commission européenne
avalise maintenant la politique négationniste de la Turquie »
a ajouté Hilda Tchoboian.
Le blocus de lArménie
est aussi évoqué avec pudeur par le rapport qui note laconiquement
que « la frontière turque avec lArménie est
encore fermée ». Le rapport sempresse cependant dajouter
que « la possibilité de rouvrir la frontière aux
diplomates et aux touristes étrangers a été évoquée,
ainsi que le fait que la Turquie pourrait reconsidérer le lien
de ses relations bilatérales avec la question du Nagorno Karabakh
» et que « des initiatives de la société civiles
se sont poursuivies [
], notamment sous légide du
Conseil pour le Développement Commercial Arméno - Turc
(TABDC) ». Quoi quil en soit, cette question est rejetée
dans la partie technique du rapport traitant de lAdoption de lAcquis
et est donc exclue des critères politiques dadhésion.
« La Commission européenne devrait savoir que ces prétendues
initiatives ne sont rien dautre que des nièmes manuvres
de diversion et que le TABDC est un outil de lobbying de larmée
turque qui na rien à voir avec la société
civile. Au contraire, la très large campagne des ONG européennes
contre la politique de négation est soigneusement ignorée
» a commenté Hilda Tchoboian.
«Linformation
véhiculée par la Commission est en outre partielle et
partiale : au terme des négociations évoquées,
la Turquie a finalement opposé une fin définitive de non-recevoir
à cette hypothèse de réouverture de frontière.
En ne le mentionnant pas, en refusant maintenant de condamner le blocus
de lArménie par la Turquie, la Commission européenne
encourage directement lattitude agressive dAnkara et son
rôle déstabilisateur dans la région », a ajouté
la présidente de la Fédération Euro-Arménienne.
« Hier, on
nous disait que la reconnaissance du Génocide ne fait pas partie
des critères de Copenhague ; Aujourdhui la Commission prétend
que le blocus de lArménie et peut-être même
loccupation de Chypre sont également exclus de ces critères
; Nous pouvons craindre que, confrontée a limpossibilité
de faire adopter les valeurs européennes à la Turquie,
la Commission se laisse progressivement imposer des valeurs militaristes
et intolérantes par la Turquie. » a conclu Hilda Tchoboian.