Comité de Défense de la Cause Arménienne

Le CDCA et la FRA Dachnaktsoutioun interpellent Renaud Muselier, Secrétaire d'Etat aux Affaires Etrangères


Le Mardi 9 septembre 2003, à l'occasion d'une conférence organisée par le Press Club de France, le Comité de Défense de la Cause Arménienne et la FRA Dachnaktsoutioun ont interpellé Renaud Muselier, Secrétaire d'Etat aux Affaires Etrangères sur la position de la France à l'égard de l'intégration de la Turquie dans l'Union Européenne et notamment sur la prise en compte de la reconnaissance du génocide arménien par la Turquie comme un critère politique objectif préalable à toute intégration.

Sur ce plan, le Secrétaire d'Etat aux Affaires Etrangères a répondu "qu'à titre personnel il ne retirait pas une virgule de ce qu'il avait déclaré lors de la séance du 18 janvier 2001 à l'Assemblée Nationale où il s'exprimait au nom du groupe RPR aux côtés de son ami Patrick Devedjian"…"En tant que secrétaire d'Etat, il avait attiré l'attention du Président de la République, du Ministre des Affaires Etrangères et du Président de la Commission des Affaires Etrangères de l'Assemblée Nationale sur la nécessité de prendre en compte la reconnaissance du génocide arménien comme préalable à l'intégration de laTurquie.

En l'absence de réponse et de lignes directrice de leur part, il ne souhaitait pas s'exprimer officiellement sur cette question."
"C'est en tant que candidat aux élections régionales de mars 2004 que je m'exprimerai devant mes électeurs d'origine arménienne."


Intervention de Renaud Muselier à l'Assemblée Nationale - C'est avec une vive émotion que j'interviens ce matin dans un hémicycle qui respire l'émotion, la dignité et l'espoir.
A l'aube du nouveau millénaire, il n'est que temps de clore dignement un siècle marqué par la barbarie. Comment passer sous silence la première grande tragédie du XXe siècle ? Comment rester insensible à l'évocation de faits historiques que personne ne songe plus à contester ? En 1915, au coeur des dernières convulsions de l'Empire ottoman, le Gouvernement jeune Turc décide, par un acte prémédité, de rayer de la carte la population arménienne. Le 24 avril, le génocide commence par l'arrestation de l'élite intellectuelle et politique, déportée en Anatolie puis massacrée. Sous prétexte d'éloigner les populations arméniennes du front russe, un ordre général de déportation est ensuite donné. C'est alors toute une population qui est contrainte de quitter brutalement ses foyers. Les mots nous manquent pour dépeindre l'horreur de ces convois : hommes, jeunes et vieux, triés pour être assassinés, femmes, harassées de fatigue, portant leurs enfants, harcelées par des gendarmes qui violent et tuent. Les rescapés seront enfermés dans des camps de réfugiés. Cette déportation à grande échelle s'achève par l'extermination de 1 500 000 personnes. Les témoignages oculaires et les récits des survivants convergent pour démontrer qu'il s'agit bien d'un génocide.
Pourquoi le Parlement français tient-il par un texte de loi à le reconnaître ? Les arguments ne nous font pas défaut, alors qu'une pression indigne s'exerce depuis quelques mois sur la représentation nationale !
Cette reconnaissance constitue d'abord un geste d'amitié envers un peuple qui a souffert dans sa chair et qui a été privé d'une partie de ses racines, car l'on ne déplore pas seulement des morts mais aussi la tentation d'éliminer une culture.
Il y va aussi de notre dignité : peut-on en effet mettre dans le même sac la défense d'intérêts économiques et la condamnation d'actes de barbarie ? Evidemment non ! L'honneur de la nation ne se mesure pas en excédents commerciaux ! Je préfère que la France perde un marché, plutôt que son âme.
Loin de moi l'idée d'imputer une responsabilité quelconque aux dirigeants actuels de la Turquie dans les massacres perpétrés en 1915. Mais, je le dis de façon solennelle : pour s'intégrer à l'Europe, la Turquie devrait avoir le courage d'affronter son passé.
La reconnaissance du génocide participe aussi du devoir de mémoire à l'égard de tous ceux qui ont choisi la France comme terre d'asile. A cet égard, Marseille est fière d'avoir été la principale terre d'accueil de cette communauté. Elle est plus forte, grâce aux 80 000 Arméniens, qui ont enrichi son histoire.
Ne nous y trompons pas, dans la mémoire des descendants, c'est le génocide qui fonde l'identité. Fidèles à leurs racines, ils se sont parfaitement intégrés à notre pays, pour lequel ils n'ont pas hésité à verser leur sang.
Marseille a toujours été sensible aux souvenirs de cette communauté. En 1973, un mémorial commémoratif du génocide a ainsi été inauguré dans l'église arménienne de Marseille par le Professeur Joseph Comiti, alors ministre de Georges Pompidou.
Je ne passerai pas non plus sous silence les initiatives prises depuis 1995 par la municipalité. Pour la première fois en France, des élus d'une mairie de secteur observent une minute de silence le 24 avril 1996 et publient une motion portant reconnaissance du génocide arménien. Cette démarche ne reste pas isolée. L'année suivante, toutes les mairies de Marseille respectent une minute de silence. En 1997, le conseil municipal est le premier à reconnaître publiquement le génocide et, l'an passé, une avenue marseillaise reçoit un nom qui entretient le souvenir.
Le 9 novembre 2000, au lendemain de la reconnaissance par le Sénat du génocide arménien, nous avons été invités à rencontrer la communauté arménienne de Marseille. Il faut avoir vécu de tels moments d'émotion pour comprendre ce que représente le génocide dans sa mémoire collective. La tragédie, refoulée au plus profond, ravive les souvenirs les plus douloureux.
Dès lors, il ne s'agit pas de " qualifier l'histoire ", comme certains ont voulu le faire croire, mais de faire _uvre de justice, de vérité et d'honneur.
Le vote que nous vous demandons fera honneur au Parlement qui, dans son histoire, a voté l'abolition de l'esclavage, la reconnaissance de la Shoah, des Justes d'Israël, de la guerre d'Algérie.
En reconnaissant comme tel le premier génocide du XXe siècle, la France se montre digne de sa vocation de patrie des Droits de l'homme. En votant ce texte, nous honorons nos écharpes tricolores. Je suis heureux et fier de voter en faveur de ce texte. Je suis heureux et fier de m'exprimer au nom de mes amis arméniens, avec qui j'ai grandi et que j'aime.

 

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