Chrétiens, juifs et zoroastriens impliqués dans la présidentielle en Iran (01.06.01)

Les 300.000 membres des minorités en Iran voient dans la présidentielle une occasion de défendre leurs droits et se disent favorables au chef de l'Etat réformateur Mohammad Khatami, bien que leurs représentants s'abstiennent en général de prendre ouvertement parti. "Il est bon qu'il y ait une multitude de candidatures, cela prouve la fidélité des différents courants au système.

Les Arméniens participeront en masse au scrutin du 8 juin, comme ils l'ont fait, à 90%, en 1997", a déclaré à l'AFP Georgik Abrahamiam, député arménien d'Ispahan (centre). Au nombre de 200.000 à 250.000, les Arméniens forment la minorité la plus nombreuse et la mieux organisée. "Les droits des Arméniens sont définis par des lois spécifiques qui ne vont pas changer avec l'élection", a-t-il ajouté, appelant à un "développement économique et social" du pays pour freiner leur émigration en Occident. Mais, malgré la prudence de leur député, les Arméniens d'Ispahan, comme ceux de Téhéran, semblent majoritairement partisans du président sortant. "Khatami nous a donné espoir. Il nous a reconnus culturellement et humainement. Dans ma famille et parmi mes amis, nous voterons pour lui", dit Azad, une jeune Arménienne.

Cet enthousiasme est partagé par le député des Assyro-chaldéens (30.000, personnes, moitié catholiques et moitié orthodoxes) Yonathen Betcolia. "Khatami est venu nous voir en novembre 2000 dans notre église Sainte-Marie à Ouroumieh (ouest). C'était merveilleux", dit-il. "En 1997, nous avons tous voté pour lui. Nous le referons. Il est bon pour nous, il veut que nous restions en Iran", ajoute ce député, inquiet lui aussi des départs massifs de membres de sa communauté aux Etats-Unis. Les représentants assyro-chaldéens ont fait part de leurs doléances au président. Ils se plaignent notamment de l'interdiction pour les chrétiens d'occuper de hautes fonctions administratives et d'enseigner. "Nous n'avons plus que trois écoles au lieu de cinq. Mais nous sommes écoutés. Un budget nous a été alloué. A Ouroumieh, un terrain de 30.000 m2 nous a été octroyé", dit M. Betcolia.

Le député juif Maurice Mottamed affirme pour sa part ne soutenir aucun des 10 candidats en lice. "Je voterai parce que c'est mon devoir national", ajoute M. Mottamed, qui avait fortement exprimé l'inquiétude des quelque 30.0000 juifs lors du procès en 2000 pour "espionnage au profit d'Israël" de 13 juifs à Chiraz (sud), dont la plupart ont été condamnés à des peines de prison. "Le prochain président devra traiter les problèmes économiques en priorité, car ils sont très graves", dit-il. Comme les chrétiens, la majeure partie des juifs paraît préférer M. Khatami. "Il a instauré un dialogue avec les minorités et nous avons confiance en lui", dit Esghagh, étudiant.

Au nombre d'environ 30.000, les zoroastriens, adeptes de l'ancienne religion perse, sont "des Iraniens de souche", rappelle leur député, Khosro Dabestani. "Le prochain président devra développer l'économie, favoriser le progrès social et les relations internationales", dit-il, sans indiquer de préférence. Mais M. Khatami semble également avoir la faveur des zoroastriens. "Il est le meilleur candidat, même s'il n'a pas tout réussi. Il nous considère comme de vrais croyants, non comme des adorateurs du feu, comme le font certains journaux. Il a grandi à Ardakan (centre), côtoyant certains des nôtres, sans préjugés", explique Ardechir, 30 ans, chef d'entreprise à Téhéran.

Autre minorité, les bahaïs, très nombreux avant la Révolution islamique de 1979 ne sont pas reconnus en tant que religion et ne peuvent s'exprimer publiquement sur l'élection présidentielle.