La libération d'un terroriste arménien pourrait compliquer les relations franco-turques

L'annonce de la libération de Varoujean Garbidjian, condamné à perpétuité en France après l'attentat de l'aéroport d'Orly de 1983 (8 tués, une cinquantaine de blessés) risque de compliquer les relations franco-turques, après la reconnaissance par le parlement français, en janvier, du génocide arménien.

Il a été libéré lundi23 avril, conformément au jugement de libération anticipée dont il a bénéficié le 19 mars de la prison de Saint-Maur (Indre), après avoir purgé 17 ans de détention, et immédiatement placé dans un avion à destination d'Erevan, a révélé le quotidien Libération.

Originaire de Syrie, Garbidjian, qui était l'un des chefs militaire de l'Armée secrète arménienne de libération de l'Arménie (ASALA), avait été condamné par la cour d'assises du Val-de-Marne en mars 1985 pour "complicité d'assassinats et complicité d'attentat ayant pour but de porter le massacre et la dévastation".

Plusieurs éléments ont permis cette libération, selon l'un de ses avocats, Me Gérard Tcholakian, notamment sa conduite en prison qualifiée de "remarquable". "Les choses ont également changé, l'ASALA a été dissoute, il y a eu la création d'une République d'Arménie (en 1991) et la reconnaissance du génocide arménien par la France", a expliqué Me Tcholakian. Cette mesure n'a fait l'objet d'aucun commentaire des autorités françaises. Mais, dans les milieux officiels, on a souligné la coïncidence de la libération de Garbidian avec le 86è anniversaire, mardi, du génocide des Arméniens sous l'empire ottoman, de 1915 à 1917. "Nous avons appris la nouvelle dans le journal (Libération) et avons transmis cet article au ministère des Affaires étrangères, à Ankara", a déclaré à l'AFP un diplomate turc en poste à Paris. "Il s'agit bien sûr d'une décision de justice, mais ce qui nous inquiète, c'est le lien mentionné entre la libération de Garbidjian et la récente reconnaissance par la France du "génocide" arménien Cela devrait nous amener à demander des explications", a ajouté ce diplomate sous le couvert de l'anonymat.

Alors que la France demeure l'un des principaux partenaires économiques de la Turquie, le gouvernement s'est, d'autre part, déclaré "consterné" par la situation des prisonniers grévistes de la faim en Turquie, a déclaré mardi le ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine.

L'auteur d'un attentat d'Orly veut refaire sa vie en Arménie (03.05.01)

Varoujan Garbidjian, auteur en 1983 d'un attentat meurtrier à l'aéroport parisien d'Orly et récemment expulsé vers Erevan, a déclaré jeudi 3 mai devant la presse qu'il comptait refaire sa vie en Arménie, qualifiant de "miracle" sa libération anticipée par la France. "C'est un véritable miracle de revenir enfin dans ma patrie après des souffrances longues et indescriptibles", a déclaré Varoujan Garbidjian, qui a été libéré et expulsé le 24 avril dernier par la France après plus de 17 ans de détention. "Je vais consacrer toute ma vie à la prospérité de ma patrie. Je veux trouver ma place sous le ciel (d'Arménie) (...) je dois m'habituer à mes nouvelles conditions de vie, après quoi je demanderai la nationalité (arménienne)", a-t-il déclaré, remerciant les autorités d'Erevan pour l'asile qui lui a été offert.

Aujourd'hui âgé de 47 ans, cet Arménien de nationalité syrienne avait été condamné en 1985 à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir posé la bombe qui avait dévasté le 15 juillet 1983 le comptoir de la compagnie Turkish Airlines dans l'aéroport parisien d'Orly.

L'attentat, qui avait fait huit morts, avait été revendiqué par l'Armée secrète arménienne pour la libération de l'Arménie (ASALA) dont Garbidjian était l'un des chefs militaires.