Erevan met en garde Bakou sur une reprise du conflit au Haut Karabakh
13/03/2002

Dans une interview à l'AFP, le président arménien Robert Kotcharian a mis en garde Bakou sur une reprise du conflit au Haut Karabakh qui verrait selon lui l'Azerbaïdjan essuyer presque certainement une sérieuse défaite militaire.

Le président arménien a cependant affirmé dans le même temps que son pays était totalement engagé dans la recherche d'un règlement du conflit concernant ce territoire, peuplé en majorité d'Arméniens.
Interrogé sur les récentes menaces de responsables azerbaïdjanais d'un recours à la force, le président a répondu: "Le pays qui commencera la guerre sera battu. J'en suis convaincu". Ce conflit est une source majeur d'instabilité dans le Caucase du sud et limite les possibilités de développement économique de la région. "Il y a un cessez-le-feu depuis mars 1994. Pendant sept ans, les deux camps ont fortifié leurs défenses, aussi celui qui déclenchera une guerre ira au devant de sérieux problèmes", a déclaré le président en réponse à des questions qui lui avaient été soumises par écrit. "La guerre pour celui qui la commencera sera aussi une sérieuse défaite politique. Il devra en répondre devant son peuple. Je pense que les politiciens qui lancent des appels aux armes devraient faire preuve de davantage de retenue", a-t-il estimé.

Il a également rejeté les suggestions selon lesquelles le processus de négociations serait en panne, tout en refusant de prédire dans quel laps de temps des progrès pourraient intervenir. Le président a indiqué que les principes qui régiraient un règlement ont été définis et qu'il appartenait maintenant à la partie azerbaïdjanaise d'y répondre.
"Je suis convaincu qu'avec des efforts conjoints, une solution pourra être trouvée", a-t-il déclaré.
La guerre, qui a éclaté en 1988 au Haut Karabagh, s'est poursuivie après la fin de l'URSS (1991) par un conflit opposant les forces azerbaïdjanaises et celles du Haut Karabakh, soutenues par l'Arménie jusqu'au cessez-le feu de 1994.

Dans un tout autre domaine, le président arménien a également déclaré que son pays était d'accord pour arrêter la centrale nucléaire de Metzamor, que l'Union européenne voudrait fermer en 2004 pour des raisons de sécurité. Cette
centrale nucléaire, la seule du pays située à 30 km à l'ouest d'Erevan, se trouve dans une zone sismique. Sans s'engager sur une date de fermeture, il a cependant souligné que son pays devait trouver d'autres ressources énergétiques pour compenser cette fermeture.

Le président a également déclaré que les relations étroites entre Erevan et Téhéran (frontalier de l'Arménie au sud) ne seraient pas affectées par les positions prises par le président George Bush qui a fait de l'Iran l'un des pays de l'"Axe du mal", l'accusant de soutenir le terrorisme. "L'Arménie et l'Iran sont liés par des siècles de bonnes relations et cela
se reflète dans notre coopération économique et commerciale
", a souligné le président.
Il a indiqué qu'un projet de construction d'un gazoduc pour acheminer le gaz iranien en Arménie était toujours d'actualité. A propos de la situation économique, Robert Kotcharian a souligné que la forte croissance enregistrée l'année dernière (+ 9,6 %), prouvait que le pays n'avait pas été vaincu par le blocus imposé par l'Azerbaïdjan et son allié la Turquie. "L'Arménie a prouvé sa résistance, sa capacité à obtenir des résultats positifs dans les conditions les plus difficiles", a-t-il estimé.