La Turquie ne fait plus la tête !
25/01/2002

La puissante armée turque a enterré la hache de guerre avec la France, après un an de gel des relations lié à la reconnaissance du génocide arménien pendant une visite à Ankara du ministre français de la Défense Alain Richard.
Le ministre turc de la Défense Sabahattin Cakmakoglu a de son côté relevé que la visite de M. Richard visait à "améliorer les choses après la période de stagnation et de retards que nous venons de traverser", à l'issue d'un entretien
avec lui. "Nous sommes sûrs qu'à partir de maintenant, les initiatives et efforts destinés à compenser et à améliorer les choses continueront", a-t-il ajouté.
Alain Richard a souligné la volonté française d'améliorer les relations avec Ankara: "Nous avons l'intention d'établir une relation de travail constructive entre nos deux gouvernements en matière de défense", a-t-il dit, précisant qu'il avait présenté "une série de propositions pratiques" à son homologue.
Elles portent sur la reprise des rencontres entre chefs d'état-major, industriels de la défense et autorités des centres d'études stratégiques, interrompues depuis la reconnaissance du génocide arménien a-t-on précisé de source diplomatique française.
La France est "prête à élargir ses investissements et le partage de technologie" dans le domaine de l'armement, a précisé le ministre au cours d'une conférence de presse avant son départ pour Paris.
L'adoption par le parlement français en janvier 2001 d'une loi reconnaissant comme un génocide les massacres d'Arméniens perpétrés de 1915 à 1917 sous l'empire ottoman avait déclenché la fureur de la Turquie, qui avait gelé les
relations bilatérales et les contrats d'armement avec la France.
Mais fin février, la Turquie était frappée par une grave crise économique, et les relations s'étaient progressivement normalisées, avec une visite du chef de la diplomatie française Hubert Védrine à Ankara en juillet, à l'exception du
domaine militaire, dernier bastion de résistance.
La coopération semble ainsi avoir été remise sur les rails, même si la reprise devrait être très progressive, estime-t-on prudemment côté français.
L'embargo officieux sur les contrat d'armes a déjà été rompu avec l'ouverture de discussions en décembre avec le groupe français Thalès Avionics (ex-Thomson-CSF) pour l'équipement de neuf avions de patrouille maritime CN-325
Casa. M. Richard a réitéré le soutien français à un commandement turc de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf) en Afghanistan pour prendre la relève des Britanniques.
"La Turquie est bien préparée pour diriger l'Isaf", a-t-il dit devant la presse, soulignant toutefois que la décision revenait au gouvernement turc, qui ne s'est toujours pas exprimé officiellement.
Il a également rencontré le Premier ministre Bulent Ecevit avec lequel il a évoqué des questions régionales: Proche-Orient, Balkans, Caucase et Irak.
M. Ecevit, qui avait rencontré le semaine dernière le président américain George W. Bush, a estimé que ce dernier n'avait pas encore pris de décision concernant une éventuelle attaque contre ce pays, à laquelle la Turquie et la
France sont hostiles, craignant une déstabilisation de la région.