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La Fédération Euro-Arménienne salue la fermeté du Parlement Européen envers la Turquie
28 mars 2003

Elle appelle le Parlement Européen à étendre ce changement de ton à la question du génocide

Bruxelles, Belgique - Une première version du rapport 2003 du Parlement Européen sur « la demande d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne » a été rendue publique ce mercredi 19 mars. Le rapport, rédigé par M. Arie Oostlander (Démocrate-Chrétien, Pays-Bas), analyse la situation de la Turquie au regard des critères de Copenhague déterminants, pour l’adhésion des pays-candidats à l’Union Européenne. Ce nouveau rapport tranche par sa fermeté avec les éditions précédentes, à savoir le rapport Morillon (2000) ou le rapport Lamassoure (2001). Le nouveau rapport souligne par exemple que « les modifications demandées sont si fondamentales qu'elles exigent l'élaboration d'une nouvelle constitution non explicitement fondée sur le kémalisme, mais sur les principes démocratiques européens, lesquels créeront notamment l'équilibre entre les droits des individus et des minorités et les droits collectifs, conformément aux normes européennes usuelles, telles que formulées dans la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ». De même, le sujet du blocus envers l’Arménie, qualifié d’embargo, y est dénoncé de manière très ferme et, pour la première fois, la levée de ce blocus est explicitement intégrée dans les conditions d’adhésion de la Turquie.
En revanche, en contradiction avec la détermination qui émane globalement du rapport, le génocide des Arméniens et sa négation sont occultés, le rapport se contentant d’exhorter « les universitaires turcs et arméniens, les organisations sociales et non-gouvernementales à se parler, le cas échéant à poursuivre leur dialogue, en vue de vider enfin les différends du passé »

« Nous ne pouvons qu’approuver la franchise globalement employée par le rapporteur car nous sommes persuadés que la Turquie ne progressera que si on ne lui tient un langage de vérité. En particulier, nous saluons la reconnaissance et la dénonciation de l’attitude agressive de la Turquie envers la république d’Arménie et son incompatibilité avec le statut de pays candidat » a déclaré Laurent Leylekian, directeur de la Fédération Euro-Arménienne. « En conséquence, nous ne trouvons aucune justification à l’article vide de sens qui est censé faire référence au génocide, d’autant plus que les prétendues initiatives de dialogues sur lesquelles il se fonde, s’appuyaient sur des bases faussées et ont toutes échouées. La position ici exprimée par le rapporteur est d’une part complètement dépassée puisque de très nombreux pays européens ont déjà reconnu ce génocide pour un génocide.
Elle relève d’autre part du négationnisme passif, M. Oostlander ayant clairement déclaré que cette rédaction a été choisie pour ‘ne pas offenser les Turcs’. Nous rappelons au Parlement Européen qu’un génocide est un crime
imprescriptible qui relève de la justice et des relations internationales et qui ne saurait être affaire de transactions entre individus. Nous l’appelons donc à faire œuvre de vérité et à faire preuve de cohérence : sa dernière position sur la question à été exprimée au travers du rapport Gahrton de février 2002 qui faisait explicitement mention du génocide et cette semaine encore, la délégation interparlementaire UE-Arménie a explicitement réaffirmé que ‘la position du Parlement Européen sur la question est exprimée dans ses résolutions du 18 juin 1987 et du 28 février 2002’. Il n’y a donc aucune raison pour que le rapport sur la Turquie formule une position différente» a-t-il ajouté.

La Fédération Euro-Arméniennne note également avec préoccupation que les menaces actuelles exercées par l’état turc sur la communauté arménienne sont totalement passées sous silence. « Tout se passe comme s’il n’y avait
pas de minorité arménienne en Turquie ou comme si elle ne rencontrait aucun problème. Ce n’est malheureusement pas le cas et il serait souhaitable que le Parlement Européen ne cautionne pas l’attitude contemporaine de la Turquie, à savoir la perpétuation de l’oppression exercée sur les descendants des rescapés du génocide : destruction du patrimoine culturel, menace de saisie des bien des congrégations, limitations de l’apprentissage de la langue et de la culture » a poursuivi Laurent Leylekian. « Nous sommes confiants et pensons que le Parlement Européen sera à même d'adopter sur ces point un langage de vérité comme il l’a fait pour les autres. La récente intrusion de la Turquie en Irak devrait le convaincre de la distance qui sépare encore ce pays des valeurs de l’Union Européenne » a-t-il conclu.

Depuis l'octroi du statut de pays-candidat à la Turquie au Conseil européen d'Helsinki en 1999, le Parlement européen adopte chaque année un rapport sur la rapport de la Commission européenne sur les progrès réalisés par la Turquie que la voie de l'adhésion. En 2000, ce rapport avait appelé la Turquie à reconnaître publiquement le génocide arménien. En 2001, le rapport Lamassoure avait préféré remplacer la mention du génocide par une référence à la Commission de Réconciliation Arméno-Turque. En 2002, dans le rapport "sur les relations de l'Union européenne avec le Sud du Caucase", le Parlement européen réaffirma sa position du 18 juin 1987 quant à la question du génocide arménien.

Le rapport Oostlander sera soumis à l'adoption de la Commission des Affaires étrangères fin avril, puis il sera présenté à l'ensemble des parlementaires, lors de la session plénière du mois de mai.