La Fédération Euro-Arménienne met en garde le Conseil européen
au sujet de la candidature turque

29/11/2002


A moins d'un mois du sommet de Copenhague, la Fédération Euro-Arménienne pour la Justice et la Démocratie a pris l'initiative de lancer un appel aux dirigeants politiques de l'Union Européenne pour qu'ils ne cèdent pas aux pressions comminatoires exercées par la Turquie et pour qu'il ne lui fixent pas une date pour le début des négociations d'adhésion.

Cet appel, soumis à la signature de l'ensemble des associations et organisations progressistes d'Europe, s'adresse essentiellement à l'exécutif de l'Union Européenne, le Conseil, et lui rappelle en trois points que la Turquie est toujours un état génocidaire, négationniste, agressif et facteur d'instabilité régionale.

Il mentionne pour exemple, les lois anti-arméniennes promulguées par la république turque actuelle officialisant la confiscation des biens des Arméniens déportés et assassinés, la destruction et la turquification des monuments arméniens ainsi que l'apartheid que subissent les minorités aujourd'hui encore en Turquie. Il signale également la politique de négationnisme d'état que mène encore la Turquie au sujet du génocide des Arméniens, ainsi que les menaces belliqueuses récurrentes proférées à l' encontre de la petite république d'Arménie à laquelle la Turquie inflige par ailleurs un blocus inique et criminel.

« Nous demandons à l'Union d'inscrire comme condition d'adhésion de la Turquie l'abrogation du triptyque de sa politique arménienne : oppression des Arméniens de l'intérieur, animosité envers la république d'Arménie et négationnisme professé à la face du monde », a déclaré Hilda Tchoboian, Présidente de la Fédération Euro-Arménienne. « Le modèle de la construction européenne est fondé sur l'idée de la paix entre les ennemis d'hier, où l' Allemagne a renoncé à son passé nazi et à son idéologie ultranationaliste. Or, la Turquie veut intégrer l'Europe sans abandonné son idéal de race supérieure et sans même demandé pardon pour le génocide des Arméniens », a-t-elle ajouté.

L'appel, auquel devrait rapidement se joindre un nombre important d'organisations représentatives de la société civile européenne, réaffirme que seule l'abrogation de la politique intégralement anti-arménienne de la Turquie actuelle attesterait d'une réelle transformation de la société turque en société démocratique et multiculturelle, exempte de toute crispation identitaire et de tout fondement ethnique.

Il demande aux membres du Conseil Européen d'être à la hauteur des enjeux de l'élargissement en arbitrant entre les avantages de circonstances de l'adhésion turque et la mort annoncée de l'Union Européenne qu'elle signifierait. Il conclut enfin en mettant en garde les dirigeants de l'Union « responsables devant l'Histoire » et en les enjoignant à ne pas réitérer la faute commise à Munich en 1938.

 


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Texte de l'appel:


APPEL DES ASSOCIATIONS, ORGANISATIONS ET INSTITUTIONS D'EUROPE
CONTRE L'ADHESION DE LA TURQUIE A L'UNION EUROPEENNE

Les associations, organisations et institutions européennes regroupant les communautés arméniennes et les organisations européennes de Droits de l' Homme, adressent aux gouvernements des 15 l'appel suivant :

A la veille du sommet de Copenhague des 12 -13 décembre 2002, la Turquie a intensifié ses pressions sur les pays de l'Union afin de forcer le Conseil Européen à lui fixer un calendrier des négociations pour son adhésion.

Nous exprimons notre vive opposition politique et éthique à une telle perspective au regard des graves manquements de ce pays dans le domaine des Droits de l'Homme et plus généralement à son insensibilité aux valeurs morales et à l'idéal de paix et de justice propre à l'Union européenne.

La Turquie est un état génocidaire : quand bien même le génocide des Arméniens a été programmé et perpétré par un régime précédent, la Turquie moderne, état continuateur au sens du Droit International, porte la responsabilité morale, légale et matérielle de ce premier génocide du XXème siècle. Etrangère à toute idée de repentance, la Turquie prolonge le génocide par :

- les lois anti-arméniennes promulguées par la république turque actuelle officialisant la confiscation des biens des Arméniens déportés et assassinés.
- la destruction passée et actuelle ou la turquification du patrimoine millénaire de l'Arménie occidentale.
- le maintien d'un statut de citoyen de seconde zone pour sa minorité arménienne actuelle qui subit, dans un climat d'insécurité quotidienne, des menaces verbales et physiques et dont les membres les droits collectifs sont bafoués par l'administration turque.

La Turquie est un état négationniste : sous la haute surveillance de son conseil de sécurité, elle diffuse ses thèses de la honte à l'intérieur comme à l'extérieur de ses frontières, et en particulier en Europe. Ainsi, parler du génocide des Arméniens en Turquie est aujourd'hui passible de prison, et expose de facto à la torture. Par ailleurs, une décision gouvernementale de 2002 introduit l'enseignement du négationnisme du génocide des Arméniens dans les cursus primaire et secondaire de la république turque.

La Turquie est un état agressif et facteur d'instabilité régionale : Outre le cas chypriote, la Turquie exerce un blocus aussi criminel qu'injustifié envers la petite république d'Arménie, attisant par son attitude les conflits régionaux, notamment au Caucase. Ses dirigeants menacent régulièrement de « donner encore une bonne leçon aux Arméniens ». La Turquie n'a jamais renoncée à ses ambitions d'expansion pan-touranienne comme l' atteste le plan d'invasion de l'Arménie qu'elle avait mis en place deux ans après l'accession à l'indépendance de cette dernière. Ces desseins doivent être rapprochés de des prétentions de l'état-major turc sur les régions de Mossoul et Kirkouk.

Aujourd'hui nous refusons que l'Union Européenne admette en son sein un pays qui bafoue quotidiennement les Droits de l'Homme, le Droit International et qui n'adhère pas aux valeurs européennes de paix et de justice.

Nous, citoyens de l'Union Européenne, demandons que l'Union institue la reconnaissance du génocide des Arméniens par l'Etat turc comme une condition de son adhésion, dans le cadre du respect des critères de Démocratie et de Droits de l'Homme, et conformément à ses propres engagements selon lesquels « le refus de l'actuel gouvernement turc de reconnaître le génocide commis contre le peuple arménien constitue un obstacle incontournable à l'examen d' une éventuelle adhésion de la Turquie.» (résolution du Parlement Européen sur une solution politique de la question arménienne - 18 juin 1987). Nous réclamons que l'Union impose également à la Turquie de fournir des garanties pour la sécurité future des victimes de ce génocide et de leurs héritiers.

Nous, citoyens de l'Union Européenne, demandons que l'Union exige de la Turquie la condamnation des lois anti-arméniennes comme l'Europe l'a fait concernant les lois anti-juives ; la Turquie doit cesser cesser sa politique raciale envers ses minorités, et particulièrement envers sa minorité arménienne.

Nous, citoyens de l'Union Européenne, demandons que l'Union Européenne déclare explicitement et de manière audible que la levée du blocus imposé à la république d'Arménie par la Turquie fait partie intégrale des critères de Copenhague conditionnant l'adhésion de la Turquie à l'Union.

Nous considérons qu'il est de la responsabilité politique de l'Union Européenne d'ouvrer à la démocratisation de la Turquie en exigeant ces mesures. Seule la satisfaction de ces exigences attesterait d'une réelle transformation de la société turque en société démocratique et multiculturelle, exempte de toute crispation identitaire et de tout conception ethnique.

Si la faute commise à Munich en 1938 devait se reproduire à Copenhague en 2002, les membres du Conseil Européen en seraient responsables devant l' Histoire. Nous les appelons en conséquence à être à la hauteur des enjeux de l'élargissement et, concernant la Turquie, à arbitrer entre des avantages de circonstances et la mort annoncée de l'Union Européenne.