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L'Europe, l'Arménie et la peine de mort
04/05
Les pays du Conseil de l'Europe se sont alliés à
Vilnius pour bannir la peine de mort, même en temps de guerre, pressant
les Etats-Unis et le Japon de mettre fin à "ce châtiment
barbare" Trente-six pays de l'organisation paneuropéenne,
qui en compte 44, ont paraphé le nouveau protocole 13, un chiffre
record pour l'ouverture d'un nouveau texte à la signature des Etats,
et trois l'ont également ratifié, l'Irlande, Malte et la
Suisse.
Pour la France, qui a signé ce texte à deux jours du second
tour de l'élection présidentielle briguée par un
candidat d'extrême droite partisan du rétablissement de la
peine de mort, cette signature constitue "un signal fort".
"Dans le contexte international actuel, face aux forces de régression,
d'obscurantisme et de fermeture qui se manifestent trop souvent dans le
monde, cette signature s'inscrit dans la continuité de la politique
de notre pays, pays des droits de l'Homme", a déclaré
le nouvel ambassadeur français auprès du Conseil de l'Europe,
Gilles Chouraqui.
Selon le secrétaire général du Conseil de l'Europe,
Walter Schwimmer, la signature de ce protocole "montre un engagement
très fort des pays membres" pour l'abolition de la peine de
mort, car "il existe toujours un risque, dans
certains pays d'Europe, que des gens se laissent séduire par des
arguments en faveur de la peine capitale". "C'est aussi un message
politique fort à nos amis extra-européens", a-t-il
dit en citant les Etats-Unis et le Japon, deux pays qui ont le statut
d'observateurs auprès de l'organisation et chez qui la peine capitale
est en vigueur. "Le Conseil de l'Europe était déjà
fier d'avoir banni la peine de mort en temps de paix de tout un continent
sur lequel vivent plus de 800
millions de personnes", a déclaré M. Schwimmer. "Avec
le protocole 13, il fait une nouvelle fois oeuvre de pionnier en abolissant
ce châtiment barbare en toutes circonstances", a-t-il souligné.
Les grands pays de l'Union européenne et de nombreux pays de l'Est,
comme l'Ukraine et la Géorgie, ont signé le protocole, ainsi
la Bosnie-Herzégovine, qui vient tout juste d'adhérer à
l'organisation, fin mars. Mais ni la Turquie, seul pays membre du Conseil
de l'Europe à n'avoir pas aboli la peine de mort de sa constitution,
ni l'Arménie ni la Russie ne figurent parmi les signataires du
protocole 13.
Pour l'ambassadeur arménien auprès du Conseil de l'Europe,
Christian Ter Stepanian, le parlement arménien devrait adopter
dans quelques mois un projet de loi sur l'abolition de la peine de mort
qui permettra ultérieurement à son pays
de ratifier les textes européens. La dernière exécution
dans ce pays remonte à 1991.
La Turquie a adopté récemment un amendement à sa
législation qui limite la peine capitale aux cas de terrorisme
et de trahison de l'Etat. Elle est donc incapable actuellement de ratifier
les protocoles européens, mais dans les faits, aucune exécution
capitale n'a eu lieu depuis 1983, a souligné l'ambassadeur Numan
Hazar. Le protocole 13 interdit totalement la peine de mort, en n'admettant
aucune réserve ni dérogation, même en période
de conflit armé ou de danger de guerre. Il renforce l'impossibilité
pour les Etats membres d'extrader une personne vers un pays qui pratique
la peine de mort. Il entrera en vigueur trois mois après que dix
Etats membres l'auront ratifié. Les 44 pays du Conseil de l'Europe
constituent dans les faits une zone sans peine de mort depuis 1997, date
de la dernière exécution (en Ukraine).
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