Recep Tayyip Erdogan reçu par Jacques Chirac
27/11/2002

Le chef du parti islamiste au pouvoir en Turquie, Recep Tayyip Erdogan, a été reçu mercredi 27 novembre à Paris par le président Jacques Chirac auprès duquel il devait plaider en faveur de la candidature de son pays à l'Union Européenne. M. Erdogan a été accueilli à 18h sur le perron du palais de l'Elysée par M. Chirac, un geste habituellement réservé aux chefs d'Etat et de gouvernement.

Les deux hommes se sont longuement serrés la main avant de débuter leur entretien. Le chef du parti de la Justice et du Développement (AKP), qui a remporté une écrasante victoire aux élections du 3 novembre, était accompagné du ministre de la Défense, Vecdi Gonul. Paris est la dernière étape de M. Erdogan qui a entamé le 13 novembre une tournée européenne pour convaincre les Quinze de fixer une date pour le démarrage de négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE lors du sommet de Copenhague les 12 et 13 décembre. Cette visite revêt un intérêt particulier dans le contexte de la polémique créée récemment par le président de la Convention européenne, Valéry Giscard d'Estaing, qui a exprimé en termes clairs son opposition à l'adhésion de la Turquie.
L'ancien président français s'était prononcé fermement début novembre contre l'intégration de la Turquie à l'UE, estimant que ce serait "la fin de l'Union européenne". Il est revenu sur cette question à la fin de la semaine dernière en soulignant qu'il fallait d'abord réussir "le plus grand élargissement de l'histoire de l'Europe" avant de "poser d'autres problèmes".

Cette question a visiblement embarassé les dirgeants français. Les relations entre Paris et Ankara ont souvent été difficiles ces dernières années, comme ce fut le cas lors du vote par le Parlement - contre l'avis du gouvernement socialiste d'alors - d'un texte reconnaissant le génocide arménien ce qui avait suscité la colère de la Turquie.

De fait, Paris semble vouloir aujourd'hui observer l'évolution politique de la Turquie, et juger ce pays "sur ses actes" avant de se prononcer, malgré les propos plutôt apaisants des dirigeants.
La Turquie a "toute sa place" en Europe, mais la procédure devant éventuellement aboutir à son entrée dans l'UE ne pourra être engagée que si les critères politiques et économiques, définis par les Quinze avant toute adhésion, sont respectés, a ainsi déclaré M. Chirac vendredi dernier à Prague. Les réformes que la Turquie s'est engagée à adopter pour respecter ces critères sont une "condition indispensable, sine qua non", a-t-il encore dit, tout en soulignant qu'Ankara semble toutefois "avoir la volonté d'achever ces réformes".
L'UE a défini en 1993, lors d'un précédent sommet à Copenhague, des critères politiques et économiques qui imposent essentiellement aux pays candidats d'être démocratiques et dotés d'une économie de marché.
M. Chirac a toutefois dit "comprendre" l'objectif de la Turquie d'obtenir une date pour l'ouverture des négociations d'adhésion. Il a également indiqué qu'il n'y avait aucune raison d'avoir de l'inquiètude sur l'arrivée au pouvoir d'islamistes modérés dans ce pays laïc. Le gouvernement turc a annoncé qu'il voulait faire adopter de nouvelles lois d'harmonisation avec les critères européens avant le sommet de Copenhague.
Quoi qu'il en soit, le gouvernement français a clairement pris ses distances des déclarations de M. Giscard d'Estaing, en soulignant que cette position "n'était pas celle de la France".