L’Arménie fut la première nation à adopter le christianisme
comme religion officielle, après sa conversion définitive par saint Grégoire
l’Illuminateur, vers 295. Il est caractéristique que l’alphabet arménien
ait vu le jour avec la première traduction de la Bible. Autonome par rapport
à Césarée dès 374, l’Église d’Arménie ne se sépara de la Grande Église
qu’au Ve siècle, en rejoignant l’opposition au concile de Chalcédoine
(451). De ce fait, cette Église indépendante n’est en communion qu’avec
les autres Églises non chalcédoniennes (copte, éthiopienne, syrienne d’Antioche
et de l’Inde du Sud), mais non avec les Églises catholique et orthodoxe. Sa constitution en Église distincte s’inscrit dans le
vaste mouvement de diversification interne qui anime le christianisme
oriental à la fin de l’Antiquité. Des facteurs complexes y présidèrent:
divergences sur le mystère du Christ, compliquées par la difficulté de
traduire d’une langue à l’autre les termes techniques qui expriment l’unité
de la personne et la dualité des natures dans le Christ; peut-être refus,
plus tardif, de l’orthodoxie de l’Église d’Empire par solidarité avec
la culture et la politique d’une nation qui refusait l’assimilation byzantine;
contingences historiques surtout, qui ont lourdement conditionné le repli
de cette Église sur elle-même. Elle avait «reçu» les trois premiers conciles
œcuméniques (qui, après l’Écriture, forment aujourd’hui encore sa base
dogmatique), mais elle ne put être présente à Chalcédoine parce que le
pays se rebellait contre les Perses. Réticente envers les termes de la
nouvelle définition, qu’elle soupçonnait de nestorianisme (doctrine qui
avait des sympathies en Perse), elle s’engagea peu à peu dans la voie
monophysite (synodes de Vakarsapat en 482 et surtout de Dwin en 551).
Elle entra alors dans une ère nouvelle. Moins d’un siècle après, la conquête
arabe la confina dans un particularisme que renforceront les dominations
byzantine et turque. L’Église d’Arménie souscrira cependant à l’éphémère
union de Florence en 1439. On le voit, la liaison est étroite entre l’histoire
de la nation et celle de l’Église; au début du XXe siècle encore, le clergé
arménien paiera un lourd tribut aux massacres dont le peuple sera victime. Particularisée mais non isolationniste, l’Église arménienne
assimile de nombreux traits du christianisme syriaque, grec et latin;
elle multiplie les traductions de documents émanant de ces Églises. Créatrice
en architecture, en liturgie, en hymnologie, elle a un droit et des institutions
propres (tel le ministère de vardapet, ou de moine-théologien), mais elle
conserve une étroite parenté avec les Églises orthodoxe et catholique. Forte de quatre millions de fidèles, répartis entre les «catholicosats» d’Etchmiadzine (Arménie soviétique) et de Sis (Antélias au Liban) et les patriarcats d’Istanbul et de Jérusalem, l’Église d’Arménie retrouve de nos jours le contact avec les autres Églises: elle est entrée au Conseil œcuménique des Églises en 1962, a envoyé des observateurs au deuxième concile du Vatican (1962-1965), à l’issue duquel ses patriarches ont été reçus officiellement à Rome en 1967 et 1970; elle a soutenu activement le regroupement des Églises non chalcédoniennes (notamment à Addis-Abeba en 1965). Son orthodoxie christologique est reconnue par les catholiques: Pie XII dans son encyclique Sempiternus Rex qualifie son monophysisme de «purement verbal». Un large accord s’est manifesté lors de la consultation non officielle entre théologiens orthodoxes et non chalcédoniens (Aarhus, 1964). Les Églises arménienne catholique et arménienne réformée cessant leur prosélytisme, le dialogue œcuménique peut s’engager. Il porte principalement sur la nécessaire communion entre Églises, sur le rapport entre l’Église et la nation, sur le caractère historique et culturellement conditionné des formulations dogmatiques.
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