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Pour mémoire
Avec « Ararat », le Canadien Atom Egoyan a réalisé sur le génocide arménien le film quil portait en lui depuis toujours. Après avoir reçu dix minutes de standing ovation à Cannes, « Ararat » le film du réalisateur canadien Atom Egoyan sort aujourdhui sur les écrans. Hier soir, il a été projeté à Saint-Etienne, en avant-première, à linitiative dune nouvelle association les « Amis des Arméniens ». Car si Ararat ne relate pas directement le génocide quont subi les Arméniens vivant dans lempire ottoman en 1915, il est pourtant bien un film sur la mémoire du génocide, puisquil relate lhistoire (fictive) dun cinéaste qui veut réaliser une uvre sur le génocide arménien. Un film qui raconte le tournage de ce film et révèle au fur et à mesure de sa progression, des personnages vivants dans la hantise du crime perpétré contre leur humanité. Des acteurs confrontés à leur identité de descendants du génocide. Les interprètes confortent admirablement la démarche, puisquils sont eux même pour la plupart directement concernés par la question. Au premier chef, Charles Aznavour, qui interprète le rôle du metteur en scène et sappelle dans le film Edouard Saroyan (un clin dil à la carrière cinématographique du chanteur qui portait déjà ce nom dans le premier film quil a tourné : Tirez sur le pianiste, de François Truffant). Dans Ararat, plus que lévénement lui-même cest la mémoire de lévénement qui est en jeu. Du coup, Atom Egoyan, en construisant son film sur la construction de lidentité, à travers les doutes, les questionnements, les hantises, et les interrogations en a fait un film universel. Universel, comme le crime de génocide. Comment oublier quHitler lui-même a pris limpunité du génocide arménien en référence, pour justifier celui des Juifs. Universel comme lArarat lui-même. Le sommet bien réel, porteur de tant de mythes. La tradition veut que lArche de Noé se soit posée sur le mont Ararat. La référence biblique portant en elle-même le destin de lhomme, la spécificité du juste sauvé de lanéantissement que menace une humanité inconsciente et pécheresse est lun des symboles structurant les racines culturelles du judéo-christianisme. Pour les Arméniens, quils vivent dans lArménie devenue indépendante en 1991, ou dans la diaspora, limage du sommet perpétuellement enneigé (qui est aujourdhui en territoire turc) crée toujours lémotion, car il symbolise les terres de leurs ancêtres, leurs racines millénaires. A Erévan, capitale de lArménie, le monument au génocide se découpe directement dans le paysage de lArarat. Le passé y rejoint le présent. Autant dire que la simple évocation du titre du film dEgoyan fait déjà battre les curs et ravive le sentiment dinjustice, pour un génocide non encore complètement reconnu. J. P. |