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La Turquie contre "Ararat", le
film qui raconte le génocide arménien La tension monte en Turquie au sujet du nouveau film du réalisateur
canadien d'origine arménienne Atom Egoyan, intitulé Ararat.
En relatant le tournage d'un documentaire historique dans la Turquie d'aujourd'hui,
le film, interprété notamment par Charles Aznavour, met
en scène pour la première fois le génocide arménien
- jamais reconnu par l'Etat turc - perpétré en 1915 dans
les provinces orientales de l'Empire ottoman alors en pleine déliquescence.
En délivrant une version jugée "mensongère"
de l'histoire, cette représentation cinématographique du
"prétendu génocide arménien", selon l'expression
officielle en vigueur en Turquie, s'apparente aux yeux des médias
nationaux à une production "anti-turque" soutenue par
les "lobbies arméniens". Plusieurs scènes du film
ont provoqué des réactions outragées. Mais c'est surtout l'ouverture du film, montrant des têtes de combattants arméniens empalées sur des piques le long d'une route, qui a suscité les commentaires les plus acerbes. Présentés dans le film comme des héros luttant pour les droits des Arméniens, ils ne sont que des "terroristes", selon les médias turcs. L'annonce de la possible présentation du film au prochain Festival de Cannes, qui devrait lui assurer une reconnaissance mondiale, a entraîné une mobilisation sans précédent en Turquie. De nombreuses associations, tant officielles que privées, ont lancé une campagne de protestation, notamment sur Internet, afin de faire pression sur la société américaine Miramax, filiale de la société Walt Disney, qui s'apprête à distribuer le film aux Etats-Unis. La très influente Association des industriels et hommes d'affaires de Turquie (Tüsiad) - le patronat turc - a également entrepris de mener des actions de lobbying en Europe et aux Etats-Unis. Les autorités officielles, enfin, entendent déclencher un procès dès la première projection du film afin d'obtenir son interdiction immédiate, pour le motif qu'il véhicule une "propagande de haine" et de nature "diffamatoire" envers la nation turque. En attendant, le ministère turc des affaires étrangères a déjà mis au point un plan de riposte internationale en deux temps, en utilisant à son tour les armes des médias et de l'audiovisuel. Deux documentaires sont en cours de production: l'un est consacré à l'histoire de l'Empire ottoman, l'autre aux Arméniens. L'objectif est de disqualifier les accusations de génocide. Par ailleurs, le lancement d'une campagne d'affiches, au mois d'avril - date anniversaire du début du génocide -, vise, elle aussi, à contrer la "propagande" arménienne.
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