Arsinée Khanjian : Intimité
Chronic'art - Le Mag- 3 Septembre 2002

Présente dans chacun des films d’Atom Egoyan, Arsinée Khanjian est la muse et compagne du cinéaste. Une fidélité sans failles qui n'exclut cependant pas quelques belles échappées au théâtre ou dans le cinéma européen chez Assayas, Hanneke ou encore Breillat. C'est avec passion que cette actrice d'origine arménienne nous a parlé d'Ararat , le dernier film du cinéaste canadien.

Chronic’art : Lors de la présentation du film à Cannes c'est la polémique qui a primé (on a bien plus parlé du génocide arménien que de cinéma ), est-ce que vous vous attendiez à un accueil aussi politisé ?

Arsinée Khanjian : Oui car la polémique ne date pas d'hier. On s'est rapidement rendu compte que s'il y avait beaucoup de gens qui attendaient un film sur le génocide arménien, d'autres personnes n'avaient aucune envie qu'il se fasse. Depuis sa préparation, avant même le tournage, Ararat a donc fait l'objet de nombreux débats. Il y a eu énormément de spéculations autour de ce projet ; tout le monde avait une opinion sur le film alors que personne ne l'avait encore vu ! Une fois le montage terminé, on avait donc vraiment hâte d'être à Cannes pour montrer enfin ce que l'on avait fait. Il était temps que le film ne soit plus de l'ordre du fantasme, du désirs, qu'il devienne enfin un objet concret.

Chronic’art : Les attaques de la presse turque ont été particulièrement virulentes ; on a parlé de film puant la haine, de propagande…

Arsinée Khanjian : C'est la première fois qu'un film parle frontalement de ce thème. On s'attendait forcément à ce genre de réactions puisque vis à vis du génocide arménien les autorités turques ont toujours mené une politique négationniste. Il est très difficile de remettre en cause la politique du gouvernement turc. Souvenez-vous de la violence de ses réactions au moment de la sortie du film d'Alan Parker Midnight express.

Chronic’art : Sauf que Midnight express est un très mauvais film…

Arsinée Khanjian : Tout à fait d'accord mais au-delà du cinéma le gouvernement turc a réagi de manière extrêmement violente aux critiques qu'on lui adressait à l'époque. Au final, on n’a jamais vraiment été inquiet car, après tout, Ararat est un film canadien et notre droit, même privilège, de réaliser un long métrage sur le génocide arménien n'a jamais réellement été remis en cause. Très vite, le gouvernement turc a compris qu'il ne pourrait pas nous empêcher de le faire. Après, ce qui a vraiment compté c'est la présentation du film au Festival de Cannes. C'est là-bas qu'on a pu voir qu'il pouvait également toucher des personnes qui n'étaient pas d'origine arménienne. C'est à ce moment là qu'on s'est rendu compte de sa portée universelle.