Le film "Ararat" bat des records d'affluence en Arménie
09/10/2002

Des files d'attentes interminables et des spectateurs en larmes, c'est bien le résultat des premières semaines de projection du film d'Atom Egoyan "Ararat", premier grand film international traitant de la mémoire du génocide arménien perpétré par le Gouvernement "Jeunes Turcs" en 1915/1917. En effet, le film bat des records d'affluence.

Présentée cette année à Cannes, cette production franco-canadienne mettant en vedette Charles Aznavour, chanteur français d'origine arménienne, relate les déportations et les massacres de 1,5 million d'Arméniens perpétrés de 1915 à 1917 sous l'Empire ottoman.

Le film a provoqué une levée de boucliers en Turquie où il n'a guère de chances de sortir, Ankara niant le génocide.

"Le thème du génocide n'est pas nouveau dans le cinéma arménien. Mais j'ai regardé avec beaucoup d'émotion le film d'Egoyan. Il porte un regard extérieur sur ces événements, il donne la vision de ceux dont la vie est le résultat de cette tragédie", estime un biologiste de 48 ans, Arman Araian.

"Egoyan montre la douleur des Arméniens et présente leur point de vue, mais il rend aussi compte de l'opinion des Turcs qui ont tué des millions d'Arméniens", a-t-il ajouté. M. Araian a pourtant hésité avant de permettre à ses jeunes enfants de
voir "Ararat". Son fils David, 9 ans, affirme "ne pas comprendre pourquoi les Turcs détestaient tant les Arméniens, pourquoi ils ont battu et tué des enfants".

La première arménienne du film a eu lieu le 23 septembre au Moscou, l'un des deux cinémas de la capitale, en présence d'Egoyan et de son épouse Arsiné Khanjian, une Canadienne d'origine arménienne qui tient un rôle de premier
plan dans le film.

Le cinéaste avait alors souligné "l'importance d'assister personnellement à la première arménienne" de son film qui, selon lui, "ne porte pas seulement sur le génocide mais sur les fantômes qui hantent aujourd'hui les Arméniens".

Réalisateur des films Exotica (1994) et De Beaux lendemains, Grand Prix du Jury à Cannes en 1997, Atom Egoyan est né en 1960 au Caire de parents réfugiés qui, trois ans après sa naissance, ont choisi d'émigrer au Canada.

L'idée de tourner un film sur le génocide, a-t-il dit, "m'est venue il y a quelques années lorsque mon fils a commencé à poser des questions sur ce sujet".

A la sortie du cinéma Moscou, une femme de 70 ans, Arpiné Akopian, le visage bouffie par les larmes, affirme avoir été "secouée" par le film. "Les paroles de ce jeune Turc dans le film m'ont fait une sombre impression.
Avec quelle certitude dit-il que le monde ne se souviendra jamais du génocide arménien! Et qui, vraiment, se souvient aujourd'hui du génocide arménien, à part les Arméniens", lance-t-elle.

Une étudiante de 19 ans, Anna Aroutunian, estime qu'Ararat est justement destiné à sensibiliser le public étranger à cette question. "Ce film se base sur des faits réels conservés dans des archives et peut aider, je crois, la communauté internationale à comprendre cette tragédie", dit-elle.

Atom Egoyan aurait aimé que son film soit présenté à Istanbul, un voeu pieux également fait par le président arménien Robert Kotcharian qui, juste avant la première, a remis au cinéaste et à son épouse des passeports arméniens.