La Turquie accuse Israël de "génocide" envers les Palestiniens
04/04

Le Premier ministre turc Bulent Ecevit a dressé un réquisitoire en règle contre Israël, l'accusant de perpétrer un génocide" contre les Palestiniens, dans une déclaration d'une sévérité inédite venant d'un dirigeant turc pour son principal allié dans la région. "Un génocide est perpétré contre les Palestiniens devant les yeux du monde entier", a déclaré M. Ecevit, cité par l'agence Anatolie, devant le groupe parlementaire de son parti de la Gauche démocratique (DSP). "Ce n'est pas seulement (le président de l'Autorité palestinienne) Yasser Arafat, mais aussi l'Etat palestinien, qui sont détruits pas à pas", a-t-il ajouté.

M. Ecevit a rappelé une conversation téléphonique qu'il avait eue en décembre avec le Premier ministre israélien Ariel Sharon, à l'issue de laquelle il avait dit que le dirigeant israélien avait ouvertement exprimé son intention de se débarrasser d'Arafat --ce qu'avait démenti un porte-parole de M. Sharon. M. Ecevit a relevé que l'opération massive d'Israël dans les territoires palestiniens montrait qu'il avait raison. "Les intentions de Sharon sont maintenant claires, et de fait, elles sont mises en oeuvre. Yasser Arafat est aujourd'hui prisonnier des soldats israéliens", a-t-il dit. "Soit il s'exile, soit il meurt".

Il a accusé le gouvernement israélien de violer les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU, tout en soulignant qu'une part de responsabilité incombait aux militants islamistes radicaux qui "transforment les enfants de l'Intifada en bombes humaines" "La situation est hors de contrôle. Le gouvernement Sharon a choisi la guerre et l'occupation au lieu du dialogue et de la paix", a-t-il dit, réclamant une intervention "immédiate et efficace" des Etats-Unis. Le gouvernement turc a multiplié ses critiques ces derniers temps envers l'option militaire israélienne. Les relations entre les deux pays se sont tendues depuis l'arrivée au pouvoir de M. Sharon. Ils sont liés par un accord de coopération militaire depuis 1996
dénoncé par la plupart des pays arabes et l'Iran. Depuis, les deux pays sont de plus en plus engagés dans des manoeuvres aériennes et navales et ont élargi le champs d'action de leur alliance aux domaines culturels et économiques. Ils négocient aussi un important contrat de fourniture d'eau potable à Israël. Mais Ankara soutient également la revendication de la création d'un Etat palestinien, et a dénoncé ces derniers jours le traitement "inacceptable" réservé à Yasser Arafat, appelant à la reprise du processus de paix. Mardi 2 avril , les deux partis islamistes représentés au parlement de la Turquie musulmane mais à l'Etat laïque, Saadet (Bonheur) et Ak (Parti de la Justice et du développement) --101 sièges à eux deux sur 550-- avaient dénoncé le "terrorisme d'Etat" exercé par Israël. Un dirigeant d'AK avait comparé Ariel Sharon à Adolf Hitler. M. Ecevit a néanmoins exclu l'annulation d'un important projet de modernisation de 170 chars M-60 américains récemment confié à la compagnie publique israélienne Israeli Military Industries (IMI) pour 668 millions de dollars. Et le vice-Premier ministre turc Mesut Yilmaz a relevé mercredi que "la Turquie ne peut jeter ses relations et l'avenir de ses liens avec Israël à la poubelle".

L'emploi du mot "génocide" par M. Ecevit est d'autant plus remarquable que la Turquie le manie généralement avec prudence, dès lors qu'elle le rejette catégoriquement pour qualifier les massacres qu'elle a perpétré en 1915 envers les Arméniens et qui ont fait 1,5 million de morts.