Discussions sur le Karabakh sur fond de tensions entre Bakou et Erevan (18.05.01)

Le président azerbaïdjanais Heydar Aliev a appelé vendredi les médiateurs de l'OSCE, réunis à Bakou, à faire pression sur son homologue arménien Robert Kotcharian pour résoudre le conflit du Nagorny Karabakh sur fond de nouvelles tensions entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. M. Aliev a demandé aux responsables américains, russes et français, dont les pays co-président le groupe de Minsk de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) sur le Karabakh, d'exercer des pressions sur son homologue arménien Robert Kotcharian en prévision d'un sommet-clé sur ce conflit prévu le mois prochain à Genève. "Après une courte sieste, le groupe de Minsk s'est mis intensivement au travail et nous en sommes heureux. Car la résolution de ce conflit est essentielle pour l'Azerbaïdjan et l'Arménie, ainsi que pour le développement de tout le Caucase du Sud", a déclaré M. Aliev. "Nous espérons un nouveau pas de votre part", a-t-il lancé à l'adresse des médiateurs internationaux. Mais le médiateur américain Carry Cavenaugh a aussitôt renvoyé la balle dans le camp des parties en conflit, affirmant qu'il incombait aux chefs d'Etat arménien et azerbaïdjanais de faire aboutir les pourparlers de paix. "La paix est beaucoup plus qu'un rêve maintenant. Elle se profile à l'horizon", a déclaré M. Cavenaugh en ouvrant un entretien d'une heure avec M. Aliev. "Le but de notre voyage est de faire avancer le processus de paix", a-t-il ajouté. Samedi, les envoyés du groupe de Minsk se rendront pour la première fois au Nagorny Karabakh depuis le cessez-le-feu instauré en 1994 avant de s'envoler dimanche pour Erevan. Les discussions entre le groupe de Minsk et M. Aliev ont cependant été ternies vendredi par un nouvel accroc diplomatique entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, ce dernier réclamant l'expulsion d'Erevan du Traité de sécurité collective liant six des Etats de la Communauté des Etats indépendants (CEI, ex-URSS moins les pays Baltes). "Nous appelons les pays signataires du Traité de sécurité collective à suspendre la participation de l'Arménie et à n'accorder aucune aide ni aucun soutien militaire à cet Etat agresseur", a déclaré le ministre azerbaïdjanais de la Défense Safar Abïev lors d'une rencontre avec ses homologues de la CEI. M. Abïev a également regretté "les déclarations de certains pays signataires du Traité et notamment de l'Arménie qui ont exprimé des menaces contre des pays voisins", dans une allusion à l'Azerbaïdjan. Moscou a aussitôt rejeté la demande de Bakou, soulignant qu'elle n'était "pas correcte", par la voix de son ministre russe de la Défense Sergueï Ivanov. Il a souligné qu'une adhésion à ce traité ou un refus d'y adhérer se faisait sur une base volontaire.

A Erevan, le Premier ministre arménien Andranik Margarian a pour sa part affiché son optimisme sur les prochaines négociations de Genève qui vont, selon lui, aboutir à "une grande avancée" dans le règlement du conflit sur le Nagorny Karabakh. Il a cependant prévenu que l'Arménie n'accepterait pas que le Karabakh soit reconnu comme une partie du territoire azerbaïdjanais.

Les dernières négociations sur le Karabakh, qui s'étaient tenues en avril aux Etats-Unis, avaient permis une avancée sur cette question épineuse, selon les participants. Situé en territoire azerbaïdjanais mais peuplé majoritairement d'Arméniens le Nagorny Karabakh a proclamé son indépendance en 1991 avec le soutien d'Erevan qui l'a défendu par une guerre qui a duré trois ans, faisant près de 30.000 morts et un million de réfugiés. Depuis le cessez-le-feu instauré en mai 1994, aucune solution diplomatique n'a été trouvée.