Décès d'Henri Verneuil
11 janvier 2002
Claudia Cardinale, Henri Verneuil et Alain Delon
Henri Verneuil
Henri Verneuil entre à l'Académie des Beaux-Arts
Henri Verneuil, cinéaste populaire !

Patrick MALAKIAN, Sophie et Franck LEMAÎTRE, Sevan MALAKIAN, Gayané MALAKIAN, Ses enfants, Lisa, sa petite fille : font part du décès de Achod MALAKIAN dit Henri VERNEUIL ; Membre de l’Institut, Commandeur de la Légion d’honneur, Officier des Arts et Lettres ; Survenu le 11 Janvier 2002 à l’âge de 81 ans.

Les obsèques seront célébrées le Jeudi 17 Janvier 2002 à 11 heures, en la Cathédrale Arménienne Saint-Jean-Baptiste, 15, rue Jean Goujon, 75008 Paris
et
le Samedi 19 Janvier 2002 à 10 heures en la Cathédrale Apostolique Arménienne, 339, avenue du Parado, 13008 Marseille ; suivies de l’inhumation au cimetière Saint-Pierre de Marseille.
>> Projection exceptionnelle du Film "Mayrig" à Marseille ; dimanche 20 janvier 2002

 

  • Le communiqué du CDCA
  • Dossier ci dessous contient : une dépèche relatant le décès du cinéaste, les réactions de personnalités du monde politique et culturel ainsi qu'une filmographie.

Henri Verneuil, le réalisateur d'origine arménienne est décédé à Paris à l'âge de 81 ans dans une clinique parisienne des suites d'une opération cardiaque.
L'Académie des Beaux-Arts, qui a rendu public le décès du cinéaste, a déploré la perte d'"un des plus grands cinéastes contemporains". Henri Verneuil était membre de l'Académie depuis le 29 mars 2000.
Né Achod Malakian le 15 octobre 1920 à Rodosto (Turquie), Henri Verneuil avait rejoint la diaspora arménienne en France avec sa famille, fuyant le génocide arménien perpétré par la Turquie, s'installant à Marseille en 1924.
Après ses études secondaires, il entre à l'Ecole Nationale des Arts et Métiers d'Aix-en-Provence d'où il sort avec un diplôme d'ingénieur en 1943.
Il s'oriente alors vers le journalisme - il sera rédacteur en chef de la revue "Horizons" de 1944 à 1946 - avant de devenir critique de cinéma sur une radio marseillaise.
Il "monte" ensuite à Paris où il fait ses premières armes dans le court métrage. Il propose en 1947 un court métrage sur Marseille ("Escale au soleil") à Fernandel, qui accepte.
Henri Verneuil tournera sept films avec lui. Son premier long métrage, "La Table aux crevés", sortira en 1951 sur les écrans avec l'acteur comique en vedette.
Une deuxième rencontre déterminante marquera la carrière de Verneuil: Jean Gabin, avec lequel il tourna cinq films jusqu'en 1969, dont "Un Singe en hiver" (1963).
D'autres grands acteurs l'ont accompagné dans sa passion: Alain Delon, Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo, mais aussi les Américains Henry Fonda, Charles Bronson ou Anthony Quinn.
On doit à Henri Verneuil de nombreux succès populaires tels que "Le Mouton à cinq pattes" (1954), "La Vache et le prisonnier" (1959), "Mélodie en sous-sol" (1963), qui obtint le Golden Globe de la critique américaine, ou encore "Le Clan des siciliens" (1969) et "I... comme Icare" (1979). Son dernier film, "588, rue Paradis", remonte à 1992.
Il y évoquait ses souvenirs d'enfance à Marseille comme dans "Mayrig", un livre dédié à sa mère qu'il publia en 1985 et dont il tira un film en 1991.

"Les apatrides, ces gens de nulle part, sont soumis à une enfance en double version, de façon permanente et simultanée. Il leur faut assumer une version originale, avec sa culture, ses coutumes, sa façon de voir les choses de la vie, mais il leur faut aussi, dès la porte franchie, affronter une version doublée en manières et langue du pays d'accueil", confiait en 1985 Henri Verneuil à la Revue Marseille.
Le cinéaste a reçut un César d'honneur en 1996 pour l'ensemble de son oeuvre.

 

 

Les réactions :

- Jacques Chirac
Le président Jacques Chirac a fait part de sa ''profonde tristesse'' en apprenant la mort du cinéaste Henri Verneuil, qui ''par son itinéraire a incarné le rêve français et, par son oeuvre magistrale, écrit une part de la légende du cinéma''.
Henri Verneuil ''savait voir et donner à voir les choses de la vie avec un regard tendre, juste et sensible que le public plébiscitait'', écrit-il dans un communiqué. Ce fils d'une ''famille modeste blessée par les tragédies de l'histoire du peuple arménien'' a ''profondément aimé la France, son pays d'adoption, auquel il a offert son talent de cinéaste, la finesse et la générosité de son regard'', ajoute-t-il.
Ce ''grand maître du cinéma laisse un oeuvre qui (...) fait intimement partie de notre culture et de notre histoire'', écrit Jacques Chirac, soulignant qu'il a également offert ''quelques uns de leurs plus beaux rôles'' aux grands acteurs qu'ils a réunis à l'écran. Il a ajouté "Malgré ses succès retentissants qui l'ont porté jusqu'aux Etats-Unis, cet homme de coeur et de fidélité n'a jamais oublié ce qu'il devait aux siens, ce qu'il a magnifiquement exprimé avec ses derniers films, superbes et touchants hommages à ses parents".

- Lionel Jospin
Le Premier ministre Lionel Jospin a salué la mémoire du cinéaste Henri Verneuil, ''maître incontesté dans la grande tradition française du cinéma populaire'', ''indissociable'' des plus grands acteurs ''auxquels il a offert des rôles inoubliables''.
Henri Verneuil a ''su trouver un langage cinématographique qui parlait à chacun'' et cet ''homme de coeur, fidèle à son enfance de petit réfugié arménien'', ''nous laisse des images et des histoires qui nous habiteront longtemps''.

- Catherine Tasca
La Ministre de la Culture et de la Communication a rendu hommage à Henri Verneuil :
" Je viens d'apprendre avec émotion la disparition de Henri Verneuil.
Le petit immigré arménien de Marseille qui aimait la France nous laisse en deuil de son éblouissante jeunesse de cœur et d'esprit.
Celui qui se disait comblé par la vie nous a comblés à son tour, pendant ses 50 années de cinéma, en nous offrant une œuvre qui fait partie intégrante de notre patrimoine et qui a marqué notre propre chemin de vie. Nombre d'entre nous ont grandi au contact de ces merveilleux films que sont Le mouton à cinq pattes, La vache et le prisonnier, Un singe en hiver, Mélodie en sous-sol, Cent mille dollars au soleil, Le clan des Siciliens et Mayrig. Car Verneuil, en venant au cinéma, avait renoué avec la tradition du conteur oriental, une tradition familiale et nationale qui a fait de lui le défenseur farouche d'un cinéma populaire.
Avec 36 films et autant de succès, la complicité de grands auteurs parmi lesquels Fernandel et Gabin, Anthony Quinn et Yul Brynner, il a implanté en France un art proche du spectateur, où chantent le lyrisme et les accents de tendresse de ses origines. Sa toute récente élection à l'Académie des Beaux-Arts est un dernier hommage de la France au très grand Maître du cinéma que fut Achod Malachian.
"

- Michèle Alliot-Marie
La présidente du RPR Michèle Alliot-Marie a exprimé sa ''grande tristesse'' à l'annonce de la mort du réalisateur français Henri Verneuil, rendant hommage à un ''professionnel brillant'' au ''cinéma exigeant''.
''Professionnel brillant, talentueux, reconnu du plus large public, il a su captiver la France entière avec un cinéma exigeant'', souligne-t-elle dans un communiqué. ''Fuyant le génocide arménien avec sa famille, il fut de ceux qui, accueillis par la France, surent donner le meilleur de leur talent à notre pays'', ajoute Michèle Alliot-Marie.

- Jean-Noël Guerini
Pour le président du Conseil Général des Bouches-du-Rhône, "Le cinéma perd un de ses maîtres et Marseille un de ses fils venu, comme tant d'autres, trouver refuge et amour dans notre ville et notre département, terre d'accueil et de partage (...) Marseille et le cinéma sont aujourd'hui orphelins."

- Jean-Claude Gaudin
"Marseille était sa ville d'adoption, une ville qui l'a accueilli, lui et les siens, et qu'il a superbement décrite", a déclaré Jean-Claude Gaudin. Le maire de Marseille a rendu hommage à une oeuvre et à "sa personnalité attachante" qui "resteront à jamais gravées dans nos mémoires, à la fois dans celles de tous les Marseillais et de toute la communauté arménienne, profondément enracinée à Marseille".

- Garo Hovsépian
Le maire des 13 et 14èmes arrondissements de Marseille Garo Hovsepian (PS) a estimé que la communauté arménienne avait "perdu un merveilleux conteur" en la personne du cinéaste Henri Verneuil. Henri Verneuil, de son vrai nom Achod Malakian, qui était "foncièrement, éminemment arménien dans ses sentiments", a déclaré Garo Hovsepian qui rencontrait régulièrement le réalisateur quand il revenait dans la cité phocéenne.
Henri Verneuil, président d'honneur de la Maison arménienne de la jeunesse et de la culture ouverte en mai 1976, avait déclaré à M. Hovsepian que "revenir à Marseille, ce serait peut-être boucler la boucle". C'est à Marseille aussi, selon Garo Hovsepian, qu'Henri Verneuil avait tourné l'une de ses premières oeuvres, le court métrage "Escale au soleil".

- Patrick Menucci
Le président du groupe PS à la Mairie de Marseille a rappelé qu'"Henri Verneuil incarnait l'intégration des Arméniens dans notre ville. Ce cosmopolitisme si important à l'équilibre de notre cité".

- La communauté arménienne
Alexis Govciyan, Président du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France :
"Les Français d'origine arménienne, comme l'ensemble de leurs concitoyens français, sont très attristés par le décès de ce grand artiste. La mémoire et la culture arméniennes lui doivent beaucoup".
Hilda Tchoboian, responsable de la maison de la culture arménienne à Décines (Rhône) et présidente du CDCA Europe:
"La disparition d'Henri Verneuil est pour nous celle de la première génération d'immigrants arméniens qui a eu un rôle très difficile, assumer son intégration complète dans la vie sociale, culturelle, professionnelle française, et ne pas renier sa culture d'origine à laquelle elle était très fidèle".

-Alain Terzian
Le président de l'Unoin des producteurs de films (UPF) a déclaré : "C'est un monument de talent et de culture au rayonnement européen et internatinal qui s'éteint. Tous les films cultes qui ont fait sa légende sont inscrits dans nos coeurs et forment une page ineffacable de notre patrimoine."

- David Kessler (Directeur Général du CNC)
"C’est avec beaucoup d’émotion que je salue la mémoire d’Henri Verneuil. Avec la réalisation d’une trentaine de films, dont un très grand nombre sont ancrés dans l’imaginaire collectif, comme " la vache et le prisonnier ", " mélodie en sous-sol ", " un singe en hiver ", " le clan des Siciliens ", " I comme Icare " … , il savait raconter des histoires, croiser des destinées, et insuffler des valeurs humanistes et sociales à chacun de ses personnages.
Aujourd’hui, au-delà de son œuvre d’une rare importance pour le cinéma français, c’est aussi le parcours exceptionnel d’un homme modeste et généreux - de sa naissance en Arménie aux heures les plus noires jusqu’à l’Académie des Beaux-Arts, en France - que je garderai en exemple."


Filmographie :

· Escale au soleil - 1947
· On demande un bandit
· La Table aux crevés - 1952
· Le Fruit défendu - 1952
· Brelan d'as - 1952
· Le boulanger de Valorgue - 1952
· Carnaval - 1953
· L'Ennemi public no 1 - 1953
· Le Mouton à cinq pattes - 1954
· Les Amants du Tage - 1955
· Des gens sans importance - 1955
· Paris, Palace Hôtel - 1956
· Une manche et la belle - 1957
· Sois belle et tais-toi - 1958
· Maxime - 1958
· Le Grand chef - 1959
· La Vache et le prisonnier - 1959
· La Française et l'amour - 1960
· L'Affaire d'une nuit - 1960
· Le Président - 1961
· Les Lions sont lâchés - 1961
· Un singe en hiver - 1962
· Mélodie en sous-sol - 1963
· Cent mille dollars au soleil - 1963
· Week-end à Zuydcoote - 1964
· La Vingt-cinquième heure - 1967
· La Bataille de San Sebastian - 1968
· Le Clan des Siciliens - 1969
· Le Casse - 1972
· Le Serpent - 1972
· Peur sur la ville - 1975
· Le Corps de mon ennemi - 1976
· I...comme Icare - 1979
· Mille milliards de dollars - 1981
· Les Morfalous - 1984
· Mayrig - 1991
· 588 rue paradis - 1992