Comité de Défense de la Cause Arménienne

 

Paris, le 24 septembre 2003

Monsieur le Premier Ministre,

Nous venons d'être informés par une dépêche de l'agence de presse turque Anadolu, que le 7 septembre dernier, vous vous êtes entretenu avec votre homologue turc Recep Tayyip ERDOGAN sur la position de la France quant à l'adhésion de la Turquie à l'Europe lors d'une rencontre en marge du Forum Ambrosetti à Milan (Italie). Selon cette agence de presse, vous lui avez réaffirmé le soutien effectif du Président Chirac à la candidature de la Turquie à l'entrée dans l'Union européenne. Interrogé sur la politique à l'égard des Arméniens, vous avez indiqué que cette décision [le vote de la loi reconnaissant le génocide] s'est effectuée lorsque vous étiez dans l'opposition et que vous aviez voté contre cette proposition.

Si de tels propos sont confirmés, le CDCA et au delà les français d'origine arménienne sont profondément choqués par de telles affirmations qui désavouent la loi sur la reconnaissance du génocide des Arméniens et marquent un recul inacceptable de la position de la France à l'égard de la Turquie.

A cet égard, nous vous rappelons tout d'abord que contrairement aux affirmations faites au Premier Ministre turc, vous ne vous êtes jamais prononcé contre le texte même si vous n'aviez pas pris part au vote de la proposition de loi " reconnaissant publiquement le génocide arménien " présentée par le sénateur Jean Claude Gaudin, qui appartenait au même groupe politique que vous-même. Mais il n'est jamais trop tard pour commencer à devenir un serviteur zélé de la politique négationniste de l'Etat turc.

Par ailleurs, Monsieur le Premier Ministre, vos propos témoignent d'un profond mépris prononcé à l'égard d'une loi votée deux fois à l'unanimité par l'Assemblée Nationale, et ratifiée par le Président de la République M. Jacques Chirac le 29 janvier 2001. Or, en tant que Premier Ministre de tous les citoyens français vous avez pris la responsabilité de respecter et de faire respecter la loi. De telles affirmations dénotent un manquement caractérisé à la fois à ce devoir sacré et à la position forte que la France avait défendu face au chantage turc lors de la reconnaissance en 2001. Elles sont de plus, contraire à la position exprimée par le Chef de l'Etat M. Jacques Chirac qui avait indiqué lors de la campagne électorale de 2002 : "J'ai toujours, vous le savez, reconnu et salué l'importance de la contribution des Français d'origine arménienne à la vie de notre pays. Descendants des rescapés du génocide de 1915, génocide reconnu aujourd'hui par la loi française, une loi dont la portée ne saurait être remise en cause". Nous n'entendons pas que la France revienne sur cette position de principe.

Vos propos, Monsieur le Premier Ministre ont créés un profond malaise dans la communauté française d'origine arménienne et parmi toutes les femmes et hommes de ce pays qui ont fait de la reconnaissance de ce génocide et de la lutte contre les crimes de masse un devoir moral qui ne souffre aucune concession politicienne. Ce malaise renforce également le sentiment d'une discrimination à l'égard des Français d'origine arménienne, pourtant considérés par l'ensemble de la communauté nationale comme une réussite exemplaire d'intégration en France depuis plus de quatre générations.

Nous prenons enfin acte de votre soutien à l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne. Nous aussi nous sommes favorables à une Turquie démocratique et laïque. Mais une Turquie qui continuerait à nier les crimes de son passé n'a pas sa place dans une Europe de la paix et des Droits de l'Homme, tout comme une Allemagne qui aurait refusé de reconnaître la Shoah.

De fait, nous vous réitérons la nécessité d'une mise au point urgente de votre part, sur un sujet dont nous ne manquerons pas d'informer les citoyens français d'origine arménienne de France, en Europe et dans le monde.

Restant à votre disposition pour clarifier cet " incident " malheureux et regrettable, veuillez agréer, Monsieur le Premier Ministre, l'expression de notre haute considération.

Pour le CDCA

Le Président
H. MARDIROSSIAN

> Lire le communiqué de presse du CDCA

 

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