ARTE
diffuse un THEMA partiel et partial, omettant la question du Génocide
des Arméniens
Le Comité
de Défense de la Cause Arménienne (CDCA) proteste de la
manière la plus solennelle contre la diffusion d'un documentaire
consacré à la Turquie intitulé "Turquie, histoire
d'une laïcité musulmane" diffusé sur ARTE, mardi
6 janvier 2004 à 21h35 dans le cadre d'un THEMA sur "La
Turquie : un enjeu stratégique".
Durant ce documentaire, l'historien Gilles Veinstein a pu largement
s'exprimer sur la naissance de la Turquie moderne. Le CDCA est consterné
de constater qu'une chaîne du service public en l'occurence ARTE,
donne la parole à un négationniste du génocide
arménien. En effet, Gilles Veinstein refuse de reconnaître
la réalité du Génocide arménien de 1915.
Déjà, en avril 1995, dans un article de la revue "L'HISTOIRE",
il a présenté ses thèses sur les événements
de 1915 en minimisant le nombre des victimes et en prétextant
que les preuves d'un plan d'extermination de la population arménienne
ne sont pas fondées. En outre le reportage, retrace un historique
de la Turquie moderne passant de 1914, date d'entrée de la Turquie
dans le premier conflit mondial, à l'avènement de Mustapha
Kémal en 1923, en omettant de signaler les persécutions
commises à l'encontre des populations arméniennes entre
1915 et 1920 qui constituent le premier génocide du 20ème
siècle, reconnu par la France.
Le CDCA regrette qu'ARTE se prête à ce document de propagande
qui ne vise qu'à justifier l'acceptation de la candidature turque
dans l'Union européenne, ce qui a été rappelé
à plusieurs reprises par les intervenants du débat qui
a suivi le reportage, débat qui s'est déroulée
sans contradicteurs et hors du champ supposé de l'émission.
Ainsi les différents intervenants ont repris à leur compte
les différents arguments de la Turquie pour sa candidature (passerelle
avec l'Asie Centrale, lien avec Israel, mur contre un islamisme radical
et contre le terrorisme) en omettant de signaler les points de non conformité
actuelle de la Turquie notamment sur la question du génocide
arménien, sur l'évacuation de Chypre occuppée illégalement
depuis 1974 et sur le respect du droit de ses minorités. Ainsi,
une récente circulaire adressée aux 81 préfets
du territoire turc, précise que dès le début 2004
toute l'information concernant les minorités serait centralisée
et qu'il ne sera plus possible de modifier les données. Il s'agit
de recenser les personnes appartenant aux minorités arméniennes,
grecques, juives, assyriennes, chaldéennes, et yezidis ce qui
contraire aux principes des droits de l'homme.
Si un débat sur l'intégration de la Turquie dans l'Union
européenne doit s'instaurer au sein des médias français,
il est regrettable qu'il s'organise d'une façon aussi caricaturale
en se faisant le relais de la propagande de l'Etat Turc et en omettant
la question du Génocide des Arméniens sur lequel la Turquie
moderne s'est construite et qu'elle persiste à nier. La construction
européenne avec l'Allemagne aurait elle pu avoir lieu si l'Allemagne
n'avait pas reconnu la Shoah et fait acte de repentance ?
Le CDCA attire aussi l'attention du CSA sur la responsabilité
de la rédaction d'ARTE qui permet la diffusion d'un reportage
partiel et partial, sans chercher à instaurer le débat
contradictoire. Il s'agit là d'une faute, qu'il convient de réparer
pour que le débat s'instaure sur des bases saines.
Le Comité de Défense de la Cause Arménienne demande
en conséquence à ARTE et au Conseil supérieur de
l'audiovisel de prendre toutes les mesures dont ils disposent et qui
s'imposent, pour endiguer la montée du négationnisme du
Génocide des Arméniens et instaurer un débat contradictoire
sur la question des conditions de l'intégration de la Turquie
dans l'Union Européenne.
Paris, le 7 janvier
2004
Le bureau national du CDCA