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La colère turque retombe, les sanctions
sont relativisées (09.02.01, AFP)
Trois semaines après l'adoption par le parlement français
d'une loi reconnaissant le génocide arménien, la colère turque retombe
et les sanctions économiques se résument pour l'essentiel à une mise à
l'écart d'entreprises françaises d'appels d'offre.
Que ce soit à Ankara ou Istanbul, mis à part les manifestations
de divers groupes devant les représentations françaises, aucune animosité
envers les Français ou boycottage de leurs produits de marque n'est perceptible
dans la vie quotidienne. Derrière les effets d'annonce politiques, les
dégâts pour les industriels français semblent devoir être limités. "Les
dirigeants turcs ne peuvent pas se permettre de dire que tout ça n'est
pas très grave, il y a des figures imposées, mais ils ont l'intelligence
de ne pas casser la machine", note un homme d'affaire français installé
à Istanbul.
Jusqu'ici, aucun contrat n'a été annulé en relation directe
avec l'adoption de la loi.
Le seul qui apparaissait l'objet d'une sanction, celui pour la construction
d'un satellite espion conclu avec Alcatel et Astrium, connaissait en
fait déjà des difficultés d'ordre non politique ayant abouti à une sanction
légale et administrative: l'exclusion des firmes pendant un an des appels
d'offre du ministère de la défense, annoncée jeudi 8 février
dans le Journal officiel.
Le projet de pont autoroutier au-dessus du golfe d'Izmit, annulé pour
participation de firmes françaises, était déjà incertain, tant pour
son coût, estimé jusqu'à un milliard de dollars, en période de restriction
budgétaire, que pour sa localisation dans une zone frappée par un violent
séisme en 1999, note-t-on de source industrielle.
L'annulation d'un contrat avec Thales (ex Thomson-CSF) pour la modernisation
du système de navigation de 80 F-16 est toujours suspendue à une décision
officielle qui n'a toujours pas été annoncée à la firme.
Côté diplomatique, la tonalité est à l'apaisement, la Turquie étant
consciente que la France est un important soutien à sa candidature à
l'Union européenne. Et il s'agissait aussi de marquer le coup pour décourager
d'autres pays susceptibles de suivre l'exemple français, en particulier
les Etats-Unis, où une résolution similaire au congrès américain, retirée
d'extrême justesse de l'ordre du jour sous pression du président Clinton
en octobre dernier, pourrait ressurgir.
La fâcherie continue toutefois et l'ambassadeur turc à Paris
Sonmez Koksal, rappelé pour consultations sitôt la loi votée le 18 janvier,
n'a toujours pas regagné son poste.
C'est sans doute du côté de l'armée turque que la glaciation est la
plus nette: la coopération militaire est gelée depuis le vote et les
médias turcs se font l'écho de décisions de l'état-major, non confirmées
officiellement, selon lesquelles les militaires ont instruction de boycotter
toute activité liée à leurs homologues français, y compris sociales.
Côté français, aucune notification officielle de ces décisions n'a été
reçue, mais la mission militaire à Ankara est de fait quasiment en chômage
technique.
"Dans un mois, tout sera oublié", prédisent pourtant depuis le début
de la crise les diplomates de plusieurs pays européens. Ils en veulent
pour preuve la fureur anti-italienne qui avait saisi le pays au moment
où Rome abritait le chef rebelle kurde Abdullah Ocalan, à l'hiver 1999,
mais qui a laissé peu de traces, tant du point de vue politique qu'économique.
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