LA CAUSE ARMÉNIENNE

Naissance de la question arménienne

La Cause Arménienne est une séquelle de l’administration corrompue ainsi que du racisme des différents régimes turc-ottoman, "Jeune turc " et kémaliste.

La domination ottomane s’est exercée durant des siècles au cours desquels les Arméniens ont vécu sous le régime de despotisme, de la cruauté, du pillage, des massacres et de l’autodéfense perpétuels.

Le démembrement de l’Empire Ottoman a provoqué, dans la sphère géopolitique du Moyen-Orient, des Question nationales, parmi lesquelles on peut citer les problème palestinien, kurde et arménien.

La défaite turque face à la Russie en 1878, conduisit l’Empire Ottoman à admettre l’introduction dans le traité de Sans Stéfano d’un article exigeant la réalisation de réformes dans les provinces arméniennes, sous le contrôle des Grandes Puissances ; c’est le célèbre article 16 – acte de naissance internationale de la Question Arménienne – qui au traité de Berlin de la même année est transformé en article 61, lequel ne contient plus la clause de garantie de sécurité.

Mais la Question Arménienne est aussi la conséquence des appétits économiques et territoriaux de l’impérialisme européen, de l’expansionnisme de la Russie tsariste ainsi que des visées pantouraniennes des jeunes-Turcs et du racisme et laborieux a été sacrifié à la "Réalpolitik ".

Le premier génocide de l’époque contemporaine minutieusement organisé et mis à l’exécution par le gouvernement turc durant la période 1915-1916 et parachevé durant cinq années suivantes, a donné à la Question Arménienne une nouvelle dimension.

Cette dimension internationale, politique, humaine et juridique à la fois, de la Question Arménienne, est donc due à l’élimination, du territoire de l’Arménie historique, d’une population autochtone de deux millions et demi d’arméniens (dont un million et demi d’innocents avaient été exterminés), et à la destruction de son patrimoine culturel millénaire.

Elle est le résultat de la politique ouvertement déclaré de l’État Turc de dépeupler et d’usurper l’Arménie historique ; d’un crime d’une telle envergure aurait dû être condamné et réparé sans hésitation, après sa mise à l’ordre du jour de la Société des Nations ou de l’Organisation des Nation Unies ultérieurement.

La "Réalpolitik " ne doit en aucun cas servir d’alibi aux assassins ; les faits accomplis d’origines criminelle ne sauraient prévaloir contre le droit à l’autodétermination et à l’indépendance des peuples opprimés.

La solution de la Question Arménienne, comme celle des problèmes de tous les peuples spoliés, a une signification universelle ; les idéaux internationaux de sécurité, de paix, de stabilité, de coexistence et de fraternité ne seront jamais atteints, tant qu’il restera des peuples spoliés acculés à la lutte violente pour leur libération nationale.

Le mur de l’indifférence et du silence

Après la naissance "miraculeuse ", en 1918, de la République Arménienne indépendante, celle-ci avec les Alliés d’une part et la Turquie d’autre part, signe le 10 août 1920 le Traité de Sévres qui reconnaissait une Arménie libre dans les frontières fixées par le président des États-Unis Woodrow Wilson, et dont la superficie couvrait une partie importante de l’Arménie historique.

Ce traité ne fut pas appliqué : les Arméniens dispersés dans le monde entier décident alors de poursuivre la défense de leur juste cause avec la délégation de la République d’Arménie, la Délégation Nationale Arménienne, leurs partis politiques et divers comités ou personnalités d’Europe et des États-Unis.

Fin 1920,la République Arménienne indépendante de Transcaucasie (ce qui restait de l’Arménie historique) est attaquée par la Turquie nationaliste ; un tiers de son territoire est annexé par Mustapha kémal et le reste est contraint d’accepter le régime soviétique.

A l’approche de la Conférence de Londres (février 1921) et de celle de Lausanne (1923) les deux Délégations arménienne ont eu des entrevues avec des porte-parole alliés (ministres, politiciens…) afin de préparer un terrain favorable aux revendications arméniennes minimales, dans l’éventualité d’une révision du traité de Sèvres.

Ces efforts aboutirent à l’adoption, par l’Assemblée Générale de la Société des Nations en 1921 et 1922, de deux résolutions en faveur de l’instauration d’un " Foyer National Arménien " en Arménie historique.

Le traité de Lausanne (24 juillet 1923), cependant, ignorera ces résolutions et l’Arménie ne sera pas mentionnée dans le texte final clôturant le processus de paix entre Alliés et Turc.

Ainsi, la Diaspora fut condamnée à s’organiser dans un nouveau cadre de vie, avec des conditions difficiles pour des immigrés (orphelins en grande partie) réduits au dénuement le plus complet.

Vers la fin des années 20, le Bureau des Réfugiés Arméniens établi à Paris, a entretenu une correspondance importante avec le Secrétaire Général de la Société des Nations et déployé des efforts pour assurer au moins un droit de retour pour les Arméniens de Turquie. En vain. Les autorités turques se montreront inflexibles en ce qui concerne le droit des Arméniens à retourner dans leurs foyer et propriétés, lesquels seront d’ailleurs finalement confisqués au nom de la loi turque, en tant que biens abandonnés.

Dans les années 30 , lors des préparatifs fiévreux en prévision d’un nouveau conflit mondial, les efforts des Arméniens ont perdu de leur intensité;  Les conditions diasporique très précaire exigeaient en priorité une organisation interne dans le cadre des pays d’accueil, et le renforcement d’infrastructures économiques, tant individuelles que communautaires.

Dans cette conjoncture, ce peuple dispersé, dépourvu de moyens, pouvait surtout espérer que le nouvel ordre mondial lui apporterait la Justice souhaitée et appelée de ses voeux.

Après la seconde guerre mondiale, durant laquelle, l’attitude de la Turquie se définit par la duplicité la plus opportuniste, en attendant le moment de s’allier à l’Allemagne nazie contre les Alliés, rien, cependant, ne sera fait pour les Arméniens.

Les grands vainqueurs, réunis à Yalta pour instaurer le nouvel ordre mondial, ignoreront l’Arménie. A San Francisco, où l’O.N.U. est créée en 1945, deux Comités arméniens ainsi que le premier Ministre de la république d’Arménie présenteront des mémorandums, rappelant à la communauté international ses obligations à l’égard des Arméniens, et au moins la nécessité de libérer du joug turc, la région de Kars-Ardahan.

Rien ne sera entrepris dans ce sens.

De l’oubli à la révélation de la cause arménienne

L’année 1965, date anniversaire du cinquantenaire du génocide a été pour les Arméniens du monde entier l’occasion de commémorer solennellement le massacre des 1 500 000 victimes innocentes et l’usurpation de leur patrie, par des manifestations très importantes.

Ils ont clamé, à une opinion mondiale mal informée, leur protestation et leur attente de justice ; mais ces revendications pacifiques, ces marches ou meetings politiques, ces divers mémorandums et publications adressés aux Grandes Puissances et à l’O.N.U. ne déclenchent rien ; le mur du silence élevé autour de la Cause Arménienne par la Turquie et ses amis, est trop efficace.

Alors, dans le monde entier s’organisent, des Comités de Défense de la Cause Arménienne ou Armenian National Committee qui ont pour rôle essentiel l’action auprès des médias, des instances politique, des organismes internationaux et de l’opinion publique afin d’obtenir une prise de conscience et des disposition concrètes envers la Question Arménienne.

En 1970, des Comités arméniens se sont une nouvelle fois adressés à la conscience international et aux nations pour rappeler aux signataires du traité de Sèvres, que leurs promesses écrites garantissant au peuple arménien l’indépendance et la jouissance de sa patrie historique, n’avaient pas été tenues après plus de cinquante années.

Le cinquantième anniversaire du Traité de Lausanne, en 1973, a été une nouvelle occasion pour rappeler à l’opinion mondiale les promesses oubliées et les trahisons dont les Arméniens avaient été victimes.

En 1975, à l’occasion du soixantième anniversaire du Génocide, une vague de protestations indignées a secoué les masses arméniennes, ainsi que ses partis politiques, les Comités nationaux, les Comités de Défense de la Cause Arménienne, l’intelligentsia, les milieux estudiantins, voire l’Eglise.

Les Arméniens ont assailli de télégrammes, de mémorandums et de lettres, les représentants des organisations internationales, chefs d’États et politiciens, ainsi que divers organismes et groupe défenseurs des Droits de l’Homme.

Des marches, des meetings à New-York, Los Angeles, Washington, Sydney, Buenos Aires, Londres, Paris, Lyon, Marseille, Beyrouth, Téhéran, Athènes… ont réclamé une solution urgente et équitable au Problème Arménien, insistant sur l’extrême impatience de certains milieux arméniens et plus particulièrement des jeunes générations.

L’exaspération fut à son comble, lors de l’adoption, en 1978, par la Sous-Commission de la lutte contre les mesures discriminatoires et de la protection des Minorités des Nations Unies, d’un rapport sur le Génocide, où le paragraphe 30, mentionnant le génocide arménien été supprimé à la suite des pressions turques.

Les protestations émanant d’Arméniens de divers pays, ainsi que de leurs Amis (Conseil Oecuménique des Église, Ligues des Droits de l’Homme) et une recommandation de la Commission des droits de l’Homme de l’O.N.U. pour la réinsertion du paragraphe, sont demeurées sans effet jusqu’en 1985.

On doit cependant noter, l’organisation de plusieurs séminaires internationaux sur la Cause et le génocide arméniens, en particulier en Europe, ainsi que la formation d’un Comité Européen pour la Défense des Droits du Peuple Arménien.

La préparation et la diffusion de débats, interviews documentaires par les Arméniens et les télévisions de pays européens (Suisse, France, Grande-Bretagne, Allemagne…) doivent également être mentionnées, de même que de nombreux articles parus dans la presse européenne et américaine.

Mais ces maigres résultats sont davantage dû aux actions armées développées depuis 1975 par les groupes arméniens clandestins, qu’aux moyens pacifiques mis en oeuvres pour la réalisation des objectifs nationaux arméniens au cours des soixante dernière années.

Aujourd’hui, cette solution est défini de la manière suivante, par la grande majorité du peuple arménien

  • Création d’une Arménie libre, indépendante et réunifiée dont les frontières engloberont les territoires attribués à l’Arménie par le traité de Sèvres en 1920 (une partie de la Turquie Orientale ainsi que les provinces du Nakhitchevan, du Karabagh et de l’Akhalkalak actuellement rattachées à l’Azerbaïdjan et à la Géorgie).
  • Sur ce territoire national, se regrouperont tous les Arméniens arrachés à leur terre et condamnés à l’exil en Diaspora.
  • Le génocide impuni perpétré par la Turquie doit être condamné, et le peuple arménien indemnisé pour toutes les pertes humaines et matérielles, tous les sévices, ainsi que pour les préjudices moraux dont il a été victimes.

La Cause Arménienne a pour fondement le Droit naturel des Arméniens à vivre, à prospérer et à créer en paix dans leur patrie ancestrale ; le repeuplement du territoire de sa population autochtone constitue le coeur même du Problème Arménien ; le crime de génocide ne doit en aucun cas permettre la réalisation d’objectifs politiques tels que l’usurpation d’une patrie.

En ce sens, la Charte des Nations Unis, la Convention sur le génocide et la Déclaration des Droits de l’Homme permettent aux peuples spoliés d’espérer et de poursuivre leur lutte avec vigueur.

Nous considérons toutes les Nations du monde comme individuellement et collectivement responsable de l’application intégrale du Droit International ainsi que la sauvegarde des Droits de l’Homme et des peuples.

Les Arméniens luttent pour la reconquête de leurs droits ; ils appellent tous les peuples et nations épris de justice à les soutenir dans ce combat.