Comité de Défense de la Cause Arménienne

Le Parlement du Canton suisse de Vaud a reconnu le génocide arménien
23/09/2003

Le Parlement du Canton suisse de Vaud a reconnu le génocide arménien. "Par ce geste, nous ne voulons pas condamner la Turquie, mais seulement exprimer notre solidarité avec les Arméniens", a souligné le député Massimo Sandri (parti ouvrier), à l'origine de cette initiative.
Mardi 23 septembre 2003, le Grand Conseil (i.e. le parlement régional) du canton de Vaud a accepté à une très large majorité le postulat de M. le député Massimo Sandri proposant des mesures propres à reconnaître officiellement le génocide commis en 1915 par le gouvernement ottoman à l'encontre du peuple arménien et qui a fait un million et demi de victimes.
L'ensemble des partis s'est exprimé en faveur du postulat, malgré l'opposition d'un député de l'UDC (Union Démocratique du Centre). M. le député Massimo Sandri a souligné les similitudes entre ces deux pays montagneux sans ressources naturelles et il a rappelé la grande solidarité dont ont témoigné les Suisses, dès les premiers massacres au XIXè siècle, avec une pétition rassemblant 453'015 signatures. M. le député Massimo Sandri projette de se rendre en été 2004 à Erevan pour y planter un arbre près du monument dédié aux victimes du Génocide.

> La Turquie réagit vivement
Ankara annule une visite de travail de la ministre des Affaires étrangères Suisse. Motif: la reconnaissance récente du génocide arménien par le Grand Conseil vaudois. (Par Adrien Bron / 24heures.ch)

Les Turcs sont fâchés! De mémoire de diplomate, cela faisait longtemps que la Suisse n’avait dû affronter pareille rebuffade. Micheline Calmy-Rey s’apprêtait à effectuer une visite de travail à Ankara la semaine prochaine. Le Gouvernement turc a annoncé lundi à l’ambassadeur suisse qu’il annulait purement et simplement la visite. C’est ce qu’ont révélé hier les médias de la SSR. Motif du courroux: les parlementaires vaudois ont accepté voilà une semaine un postulat reconnaissant le génocide des Arméniens par les Turcs en 1915.

«Micheline Calmy-Rey estime cette réaction complètement exagérée», fait savoir son porte-parole. La ministre des Affaires étrangères devait passer deux jours à Istanbul, Ankara et au Kurdistan. La Genevoise a très mal pris cette annulation. Elle n’a pas caché hier son «déplaisir». «Cette annulation n’est pas de nature à faciliter les relations avec la Turquie que nous avons patiemment reconstruites ces dernières années.» Les contacts bilatéraux ont en effet longtemps été rompus, empoisonnés entre autres par la mort d’un militant kurde assassiné à Berne. Un diplomate turc avait tiré des coups de feu lors d’une manifestation devant son ambassade. Ce n’est qu’en l’an 2000 que le dialogue a repris entre Berne et Ankara.

La cheffe du Département fédéral des affaires étrangères doit en revanche avoir beaucoup de compréhension pour les décisions des parlementaires vaudois. Le Conseil d’Etat genevois a en effet lui aussi adopté une déclaration, en juin 1998, reconnaissant le génocide arménien. Le gouvernement cantonal était alors présidé par une certaine... Micheline Calmy-Rey, dont la signature figure — comme de juste — en tête du document. A Lausanne, on estime que le postulat adopté mardi dernier ne visait pas à condamner la Turquie. «Nous voulons simplement exprimer notre solidarité avec les Arméniens», a déclaré à l’Agence télégraphique suisse Massimo Sandri (POP), auteur de la proposition acceptée à une très forte majorité. L’an dernier, Pascal Couchepin, encore ministre de l’Economie, s’était également rendu en Turquie. Il avait quant à lui donné tous les gages d’amabilité pour ne pas effaroucher Ankara. Il avait notamment fait part de «son respect pour la sensibilité turque sur la question arménienne». Ses hôtes avaient néanmoins sévèrement froncé les sourcils, froissés par un postulat du conseiller national genevois Jean-Claude Vaudroz (PDC). Signé par 114 parlementaires fédéraux, le texte réclame la reconnaissance officielle du génocide arménien.

L’objet est un serpent de mer de la politique fédérale. En 2001 encore, les élus ont refusé une demande similaire du popiste vaudois Joseph Zisyadis. Depuis lors, le Parlement ne s’est pas prononcé sur la nouvelle tentative de Jean-Claude Vaudroz. La position du Conseil fédéral est en revanche inchangée. «Il regrette et condamne les tragiques déportations en masse et les massacres qui ont marqué la fin de l’Empire ottoman et ont fait de très nombreuses victimes dans la population arménienne.» Mais le gouvernement estime en revanche que ce n’est pas à lui d’écrire l’histoire de l’Anatolie.

 

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