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Attentats aux Etats-Unis - Réactions
(11/10)
ARMENIE :
Le Président de la République Arménienne
Robert Kotcharian a envoyé un message de condoléance au
Président des Etats-Unis G.W. Bush suite aux événements
tragiques survenus le 11 septembre 2001.
Le message est :
“ I have learned with utter shock the news about the terrorist attacks
on the World Trade Centre in New York and the Pentagon Building in Washington,
which resulted in human losses and massive destruction. The evil of terrorism
has shown its ugly face and should be confronted with determination and
resolve. Armenia joins the world in condemning this most deplorable and
inhuman act violence. On behalf of the people of Armenia and I personally
express our most heartfelt condolences to the people of America and to
the bereaved families. We share your grief and wish you strength and patience”.
Traduction non officielle :
J'ai appris avec une profonde émotion les informations concernant les
attaques terroristes contre le World Trade Center à New York et le bâtiment
du Pentagone à Washington, qui a eu pour conséquence d'importantes pertes
humaines et une destruction massive. Le terrorisme a montré son visage
le plus abominable et doit être combattu avec détermination et résolution.
L'Armenie rejoint le Monde dans la condamnation de cet acte de violence
inhumain et déplorable. Au nom du peuple arménien et de moi-même, je présente
nos plus sincères condoléances au peuple américain et aux familles endeuillées.
Nous partageons votre douleur et vous souhaitons force et patience. Robert
Kocharian
Message du Ministre des Affaires Etrangères, Vartan
Oskanian :
STATEMENT BY HIS EXCELLENCY VARTAN OSKANIAN MINISTER OF FOREIGN AFFAIRS
OF THE REPUBLIC OF ARMENIA
12 September, 2001
It is with deep shock and grief that we express our condolences to the
people and the government of the United States of America. Yesterday,
President Kocharian relayed his and the Armenian people¹s sympathies to
President Bush. The United States and the American people have been good
friends of Armenia and Armenians and we are grieved that a tragedy of
such horrendous proportions has befallen them. Of course, the implications
of the tragedy do not stop with the United States. They impact the entire
world community. We consider this an attack not only against the US but
against all peace-loving, democratic peoples everywhere. We are all shaken
by the arrogance and brazenness which has led to so much destruction.
Nothing nothing justifies such wanton disregard for human life. We
strongly condemn this act of terror. However, we are convinced that the
scope and scale of this horrific act can serve to create solidarity among
civilized nations against all violent expression of political and social
aspirations. Acts of terror, for any purpose, of any kind, sacrifice the
cause they purport to support. We are convinced that New York, the city
which welcomed the huddled masses, shall soon find itself breathing free
from fear. We are also sure the United States of America and its capital
will recover, overcome and continue to be at the forefront of global leadership.
Réaction du bureau
de la FRA Dachnaktsoutioun de Erevan :
Along with the whole world, we are shocked by the great tragedy resulting
from the criminal attacks that took place on September 11, 2001 in the
United States of America.
This terrorist act, which took the lives of thousands of innocent victims,
cannot have any justification.
In condemning this terrible crime, which is counter to every civilized
standard and basic principle of morality, we express our condolences to
the families of the thousands of victims and to the American people, who
have paid a very high price for the fact that we still live in a world
in which force is used to influence the course of international affairs.
ARF Bureau - September 12, 2001 - Yerevan
TURQUIE :
Soutien de la Turquie aux USA (19/09) : La Turquie,
seul pays de l'OTAN à majorité musulmane, a réaffirmé son soutien aux
Etats-Unis dans leur lutte contre le terrorisme, et sa volonté d'inciter
l'Union européenne (UE) à renforcer son arsenal juridique anti-terroriste.
"Dans la lutte américaine contre le terrorisme, bien sûr, nous sommes
avec les Etats-Unis, à côté d'eux", a déclaré le ministre turc des Affaires
étrangères, Ismail Cem, dans un entretien à la chaîne privée NTV. Mais
il a refusé de dire si la Turquie soutiendrait d'éventuelles représailles
contre l'un de ses voisins, comme l'Irak, l'Iran ou la Syrie, accusés
par Washington de soutenir le terrorisme. "Rien de tel n'est prévu pour
l'instant. Ne parlons pas d'hypothèses", a ajouté M. Cem. Le Premier ministre
turc, Bulent Ecevit, avait déclaré auparavant que la Turquie prendrait
part à une opération de l'OTAN, même si celle-ci devait viser un voisin
de la Turquie. M. Cem a affirmé que, pour l'heure, Washington n'avait
pas demandé à la Turquie d'intervenir. La base aérienne d'Incirlik, dans
le sud du pays, accueille les appareils américains et britanniques chargés
de la surveillance de la zone d'exclusion aérienne imposée à l'Irak par
les alliés, après la guerre du Golfe en 1991. M. Cem a également indiqué
qu'Ankara allait demander à l'Union européenne --à laquelle la Turquie
est candidate-- d'esquisser une "définition légale" du terrorisme, afin
que soient renforcée la lutte contre le terrorisme.
(18/09) : D'après une représentante de la représentation
diplomatique, l'ambassade d'Afghanistan en Turquie reçoit de "nombreux
appels chaque jour" de Turcs voulant combattre aux côtés du peuple afghan
en cas de riposte américaine aux attentats du 11 septembre. "Nous recevons
de nombreux appels tous les jours de gens qui veulent se rendre là-bas
et prendre les armes contres les Américains pour aider le peuple afghan",
a-t-elle dit après avoir répondu à un tel appel, en présence d'un correspondant
de l'AFP. Elle explique au téléphone à un volontaire que l'ambassade ne
peut aider à se rendre en Afghanistan, mais qu'elle donne des "renseignements"
sur les moyens d'y aller. Dans le passé, des Turcs ont combattu aux côtés
des musulmans de Bosnie et des combattants tchétchènes, orientés parfois
par des milieux islamistes et leurs associations en Turquie. La cause
des musulmans dans le monde, surtout celle des Tchétchènes, fait l'objet
d'une sympathie certaine en Turquie.
L'ambassade d'Afghanistan en Turquie représente le gouvernement antitaliban
du président déchu Burhanuddin Rabbani, en exil depuis la prise du pouvoir
en 1996 à Kaboul par la milice islamiste intégriste des taliban. Le régime
des taliban n'est reconnu que par le Pakistan, l'Arabie Saoudite et les
Emirats arabes unis. Elmurad Argoon, le représentant afghan qui a rang
de chargé d'affaires, a estimé que la cause des taliban recueillait de
la "sympathie" parmi "certaines personnes" en Turquie. "Comme dans tout
le monde musulman, ils ont aussi des sympathisants en Turquie", pays musulman,
mais dont l'Etat est laïque, a-t-il précisé. La Turquie qui ne reconnaît
pas officiellement les taliban et qui a fermé ses représentations diplomatiques
à Kaboul et à Mazar-i-Sharif, au nord, s'est engagée ces dernières années
dans des projets humanitaires, dont la construction de l'hôpital Ataturk
pour enfants dans la capitale afghane.
GEORGIE :
Tbilissi prêt à mettre ses bases au service des Occidentaux
(17/09) : le vice-ministre géorgien de la Défense, Guela Bejouachvili,
a déclaré que son pays était prêt à mettre ses bases et ses aéroports
à la disposition de la communauté internationale en vue d'une éventuelle
opération antiterroriste. Il a toutefois souligné qu'une "décision finale"
sur cette question "relevait de la direction politique" du pays, c'est-à-dire
du président Edouard Chevardnadzé et du parlement, dans des déclarations
à la presse. Un tel feu vert, surtout s'il s'agit d'une opération de représailles
exclusivement américaine, devrait susciter l'irritation de Moscou, qui
a déjà des relations houleuses avec cette ex-république soviétique du
Caucase souhaitant se rapprocher de l'Otan. "Je crois que la direction
politique (du pays) donnera son accord si la question vient à se poser,
car la lutte contre le terrorisme international n'est pas seulement le
problème des Etats-Unis. La Géorgie ne peut pas rester à l'écart", a déclaré
le responsable géorgien.
Les Etats-Unis soupçonnent le milliardaire d'origine saoudienne Oussama
ben Laden, réfugié auprès de la milice fondamentaliste des taliban en
Afghanistan, d'être derrière les attentats du 11 septembre à New York
et à Washington. La Géorgie dont la capitale est située à quelque 2.000
km de la frontière afghane, est la première ex-république soviétique à
offrir aussi ouvertement son territoire aux Occidentaux pour mener d'éventuelles
représailles. Le Kazakhstan a laissé entendre samedi qu'il était prêt
à faire de même. En revanche, le Tadjikistan, qui partage une frontière
de plus de 1.200 kilomètres avec l'Afghanistan, a indiqué qu'il consulterait
Moscou avant de prendre une décision sur cette question. Le Turkménistan
s'est également montré réticent à une utilisation de son territoire pour
une telle opération. Le ministre russe de la Défense Sergueï Ivanov avait
déclaré vendredi dernier qu'il ne voyait "pas de fondement" à un déploiement
d'unités de l'Otan sur le territoire des ex-républiques soviétiques d'Asie
centrale, en cas de représailles après les attentats aux Etats-Unis.
AZERBAIDJAN :
Le président de l'Azerbaïdjan, Heydar Aliev, a fait part mardi 9 octobre
2001 au secrétaire d'Etat américain Colin Powell de son total soutien
aux frappes aériennes américaines et britanniques contre le régime des
taliban. "Le président Aliev a souligné que les mesures prises par les
Etats-Unis contre les terroristes étaient pleinement justifiées et qu'il
les soutenait totalement", a indiqué un communiqué de la présidence, remis
à la presse après un entretien téléphonique entre le chef de l'Etat azerbaïdjanais
et M. Powell. M. Powell avait appelé M. Aliev pour le remercier de l'aide
apportée à la lutte antiterroriste menée par les Etats-Unis, a précisé
le communiqué. Le président Aliev lui a encore dit que son pays "soutenait
cette bataille décisive contre le terrorisme" et souhaitait voir "le terrorisme,
comme phénomène, détruit à la racine", a ajouté le texte. L'Azerbaïdjan,
pays de 8 millions d'habitants, dont une forte majorité de musulmans,
avait, comme les autres anciennes républiques soviétiques voisines, la
Géorgie et l'Arménie autorisé les Etats-Unis à utiliser son espace aérien
pour une opération militaire en Afghanistan. L'accord de Bakou à l'utilisation
de son espace aérien fournit un corridor aux appareils provenant des bases
américaines en Turquie.
Washington veut aider l'Azerbaïdjan sur
le plan militaire (16/10)
Le gouvernement américain a demandé au Congrès de lever certaines restrictions
visant l'Azerbaïdjan afin de pouvoir aider sur le plan militaire ce pays,
jugé exemplaire dans sa coopération avec Washington après les attentats
du 11 septembre.
Le secrétaire d'Etat Colin Powell a fait parvenir une lettre aux membres
de la Commission des affaires étrangères du Sénat soulignant que Bakou
avait "accordé des droits de survol aux Etats-Unis, l'utilisation de ses
bases aériennes, et a fourni une coopération cruciale en matière de renseignement".
Le chef de la diplomatie américaine demande, dans cette lettre, que les
Etats-Unis puissent fournir "l'assistance militaire nécessaire pour permettre
à l'Azerbaïdjan de contrer les organisations terroristes et les éléments
qui opèrent à l'intérieur de ses frontières". A cette fin, M. Powell demande
la suspension d'une section du Freedom Support Act adopté en 1992, qui
limite l'aide à cette république ex-soviétique en raison du conflit dans
l'enclave séparatiste à majorité arménienne du Nagorny-Karabakh. Cette
loi "impose des contraintes sévères à notre capacité d'aider le gouvernment
azerbaïdjanais, y compris pour l'assistance nécessaire au soutien de nos
opérations dans le cadre de la guerre actuelle contre le terrorisme",
fait valoir M. Powell. Le secrétaire d'Etat indique également que Washington
souhaite étendre son assistance à Bakou dans d'autres domaines de l'action
antiterroriste, comme les mesures financières ou le renseignement. Cette
demande fait suite à une proposition allant dans le même sens déposée
le 9 octobre par le sénateur républicain Sam Braownback.
REFLEXION :
- Le
Monde
| Horizons 17.09.01
"Ce n'est pas une guerre, c'est le stade ultime du terrorisme classique"
par Gérard Chaliand, spécialiste des relations internationales
L'auteur du fameux
"Atlas stratégique", qui étudie depuis de nombreuses années les questions
géostratégiques et les mouvements de libération, revient sur les causes
et les conséquences des attentats meurtriers du 11 septembre à New York
et Washington.
"Les attentats
contre les Etats-Unis sont-ils un acte de guerre ?
– Ce n'est pas la guerre, ce n'est pas une guerre, comme on le dit partout.
La riposte américaine ne débouchera pas sur un conflit d'envergure. C'est
le stade ultime du terrorisme classique. Je dis classique parce que, même
si cet attentat en est l'expression la plus violente, le bond est quantitatif,
pas qualitatif.
"Le détournement
d'avions, d'abord : il s'agit d'un phénomène bien connu depuis trente
ans. Ensuite, la clé ultime du succès de ces opérations tient au fait
que les auteurs des détournements se placent dans la perspective d'opérations-suicides.
Ce qui n'est pas nouveau non plus. En ce sens, nous sommes dans le terrorisme
classique, mais porté à son stade ultime parce qu'il s'agit du territoire
américain, parce que les cibles sont hautement symboliques et parce qu'on
a cherché à faire le maximum de victimes. Il n'y a pas de bond qualitatif
sur le plan technique, parce qu'on n'est pas passé à ce terrorisme chimique,
biologique, voire nucléaire, auquel les Américains ont donné la priorité
depuis l'attentat du métro de Tokyo par la secte Aum, en 1995 : on y voyait
l'avenir du terrorisme dit de destruction de masse.
"Le précédent n'est
pas à rechercher à Pearl Harbor, qui illustrait la surprise, élément classique
en stratégie, mais à Beyrouth en 1983. Deux camions-suicides y avaient
causé la mort de 241 marines et de 53 parachutistes français, provoquant
le départ des forces armées occidentales du Liban. Multiplié par 20 (en
admettant qu'il n'y ait pas plus de 5 000 à 6 000 morts), et sur un terrain
infiniment moins familier, donc plus difficile, c'est ce qui vient de
se produire.
Si ce n'est pas
une guerre, peut-on parler pour autant de victoire des terroristes ?
C'est un fantastique succès technique. Le camouflet est payant. Tout dépend
de ce que vous cherchez à démontrer. Si c'est que le colosse a des pieds
d'argile, vous avez gagné. Précisons que si la même chose s'était passée
dans un autre pays, ça n'aurait pas eu le même impact. Les Etats-Unis
sont le centre du monde actuel, et c'est la peau de Blanc qui vaut le
plus cher. Mais il ne faut pas croire que le succès de ces attentats va
créer une nouvelle forme de terrorisme. Il y aura une lutte patiente pour
démanteler autant que possible les réseaux. La surprise passée, des parades
vont se mettre en place. Regardez l'Etat d'Israël, cible de tous les terrorismes
depuis 1968. A-t-il survécu, oui ou non ? Quand vous prenez un avion d'El
Al, la compagnie aérienne israélienne, avez-vous vu le temps qu'ils prennent
avant l'embarquement, les fouilles manuelles, les interrogatoires ?
Malgré cela, comment
expliquer l'inefficacité du FBI et de la CIA, qui disposent des moyens
d'écoute les plus sophistiqués du monde ? Ont-ils fait preuve de défaillance
?
Je pense qu'il est facile d'accabler des services qui ont été pris par
surprise. Il faut savoir que le renseignement implique l'infiltration
et que celle-ci n'est pas facile dans des milieux restreints. Cependant,
il faut dire que les services américains se cantonnent trop souvent dans
la technique (écoutes, etc.), ce qui est fort utile mais n'exonère pas
du travail de terrain. A cet égard, les services français sont, je crois,
plus performants : les réseaux ou fragments de réseaux discrètement démantelés
au cours des deux dernières années, ne manquent pas, et cela dans l'espace
Schengen.
Un pays démocratique,
aux frontières ouvertes et dont les citoyens ne sont pas tenus d'avoir
une pièce d'identité, a-t-il ses chances contre le terrorisme ?
Le terrorisme est le prix que paie l'Occident, et plus particulièrement
les Etats-Unis, pour son hégémonie. Les Etats démocratiques d'Occident
sont plus vulnérables que les dictatures policières, mais leurs opinions
publiques sont plus déterminées qu'on ne le croit face aux crises. Il
faut surtout souligner que le terrorisme est l'unique façon de frapper
un pays comme les Etats-Unis. Aucun combat frontal n'a de chance contre
eux. Seule la stratégie indirecte est payante. Peut-on leur faire la guerre
? Quel Etat, même le plus perturbateur, serait assez stupide pour lancer
un missile sur les Etats-Unis ? A cet égard, l'obsession d'une attaque
de cette nature est une preuve de la non-compréhension de la réalité des
menaces d'aujourd'hui. Aucun Etat n'est prêt à prendre un risque mortel.
Des groupes informels idéologiquement motivés le peuvent. La mondialisation
n'est pas à sens unique. Les Etats-Unis, et particulièrement le président
Bush, viennent de se rendre compte qu'ils ne sont pas un isolat territorial.
La sécurité totale n'existe pas. Le 11 septembre marque la date de l'introduction
de la tragédie en Amérique continentale. Sinon, il faut remonter à 1812,
date à laquelle, près de quarante ans après l'indépendance, les Britanniques
prenaient Washington et brûlaient la Maison Blanche. Mais les écoliers
américains ne le savent pas.
Le "professionnalisme"
des terroristes est une caractéristique de ces attentats. Quel type de
préparation cela suppose-t-il ?
Trois opérations sur quatre réussies, c'est effectivement remarquable
sur le plan technique. Cela implique un patient travail d'organisation
(au moins plusieurs mois), des acteurs suffisamment spécialisés pour mener
à bien ce type d'opération aérienne et, par- dessus tout, la volonté suicidaire
d'aboutir. Souvent on a tendance à sous-estimer l'adversaire issu de société
traditionnelle, surtout lorsqu'il s'agit de capacité technique et d'efficacité
organisationnelle. Il n'est pas nécessaire d'avoir la collaboration d'un
Etat pour organiser ce genre d'attentat. Signalons en passant que les
Tigres tamouls qui luttent au Sri Lanka n'ont l'aide d'aucun Etat, parviennent
à acheminer par mer des tonnes d'explosifs et ont réussi, malgré leur
petit nombre, à s'imposer comme le mouvement le plus redoutable du monde
parce que tous leurs militants ont choisi de s'immoler. L'attentat-suicide
pose de sévères problèmes. Voyez Israël. "Chez les Palestiniens, par exemple,
les "recruteurs" des mouvements militants se rendent dans les écoles pour
y détecter les éléments les plus portés à s'intéresser à autrui et à faire
don d'eux-mêmes. On sélectionne ceux qui paraissent sensibles à la cause.
Passé la période d'endoctrinement, ils s'engagent publiquement à l'attentat-suicide
devant leurs camarades. Il devient ensuite difficile de se dédire.
La piste Ben Laden
vous paraît-elle plausible ?
C'est possible, bien que Ben Laden symbolise, peut-être par commodité,
l'adversaire diabolique dont le public a besoin. L'islamisme radical,
en revanche, est en cause. Les services américains, même après le retrait
soviétique d'Afghanistan, ont continué, en liaison avec ISS (les services
pakistanais), à favoriser les islamistes. C'est, en quelque sorte, un
choc en retour, comme à Dar es-Salaam ou à Nairobi, ou dans le port d'Aden
avec le navire Cole. Le Mossad avait, lui aussi, joué les apprentis sorciers
en favorisant, au début, le Hamas pour affaiblir l'OLP. "En tout cas,
quelque 10 000 à 15 000 combattants ont été formés en Afghanistan au cours
des deux dernières décennies. L'épicentre de la perturbation islamiste
se trouve là et au Pakistan, avec les services pakistanais et le parti
Jamiat. L'Afghanistan joue, pour les islamistes radicaux, le rôle que
tenait le Liban de 1975 à 1982, comme matrice pour former tous les groupes
dits terroristes de l'époque. Parmi ces anciens "Afghans", comme on les
appelle, il y a ceux qui participent à des conflits (3 000 en Bosnie,
plusieurs centaines en Tchétchénie, au Cachemire, etc.), ceux qui retournent
subvertir dans leur pays d'origine et ceux qui, en Europe, et notamment
en France, cherchent à organiser des réseaux. Contrairement à ce qu'on
entend trop souvent, il ne s'agit pas d'un "choc de civilisations". Ce
choc a déjà eu lieu au XIXe siècle avec l'irruption des impérialismes
européens dans le monde afro-asiatique. Il n'y a pas de conflit avec le
monde musulman. Il s'agit de fractions ultraminoritaires d'islamistes
radicaux, dont la capacité de nuisance est redoutable, mais qui n'ont
qu'un avenir historique modeste, contrairement à leurs aspirations.
Y a-t-il une corrélation
entre le terrorisme islamiste et l'état du conflit au Proche-Orient ?
Le terrorisme islamiste déborde le conflit israélo-palestinien et s'en
nourrit. Le gouvernement Sharon, par la poursuite de la colonisation,
jette de l'huile sur le feu. Tout en rendant plus délicate la politique
des Etats-Unis à l'égard du monde arabe, il sera le plus fidèle allié
du président Bush dans sa croisade contre le terrorisme. L'avenir politique
de Yasser Arafat paraît, dans ces circonstances, singulièrement limité,
sinon tout à fait compromis.
Ces derniers attentats
sont sans signature, sans revendication. Est-ce que le terrorisme islamiste,
contrairement à celui des groupes exprimant des revendications nationales,
est un terrorisme sans objet ?
Il est évident qu'une série d'attentats de cette importance, avec autant
de victimes, ne se revendique pas. L'objectif est de démontrer la vulnérabilité
du colosse américain et d'enflammer par l'exemple l'enthousiasme des sympathisants.
Le rêve des islamistes est de recréer une "oumma", une communauté de musulmans
qui n'est pas nationaliste mais panmusulmane. Ce projet est utopique,
comme celui du panarabisme ou du panafricanisme, mais les islamistes radicaux
représentent une capacité de nuisance considérable. Les Etats-Unis n'ont
d'autre choix que de riposter. La matrice et les camps d'entraînement
de ces mouvements sont en Afghanistan et au Pakistan. Il va falloir sans
doute discrètement intervenir auprès des Saoudiens, dont l'argent, au
nom du wahhabisme, a fait beaucoup pour la propagation de l'islamisme,
ainsi qu'auprès des Pakistanais et des autres Etats qui abritent volontairement
les islamistes. "C'est par une combinaison de pressions diplomatiques
et économiques, d'une part, et, d'autre part, par la destruction des camps
d'entraînement que la riposte peut être entamée. Le régime des talibans
peut en subir les conséquences. Le terrorisme pourra être affaibli par
la destruction de ses sanctuaires. On ne l'éradiquera pas pour autant.
Même si le terrorisme n'a pas la capacité de mettre à genoux un Etat fort,
il faudra vivre avec comme une nuisance chronique."
Propos recueillis
par Marion Van Renterghem
Un expert des conflits
du Sud :
Spécialiste des questions géostratégiques et des conflits indirects (guérillas
et terrorismes), Gérard Chaliand est d'abord un homme de terrain. En observateur
et/ou en militant, il accompagne, depuis vingt ans, la réalité quotidienne
des mouvements de libération. De la guerre d'Algérie, où il fut anticolonialiste
actif (fondateur de la revue Partisans), au Kurdistan irakien (2001),
en passant par les maquis de Guinée-Bissau, la Colombie, le Nord-Vietnam
pendant les bombardements américains, les mouvements palestiniens en Jordanie
et au Liban, l'Erythrée, le Kurdistan iranien, l'Afghanistan, le Pérou,
l'Angola, les Philippines ou le Sri Lanka, il a tiré de son expérience
de nombreux livres d'enquêtes et également le premier bilan critique d'un
tiers-mondisme qu'il a partagé : Mythes révolutionnaires du tiers-monde
(Seuil). Il est l'auteur du fameux Atlas stratégique (Fayard, en collaboration
avec J.-P. Rageau) et d'Anthologie mondiale de la stratégie ("Bouquins"),
entre autres. Visiting professor à Harvard, Berkeley et UCLA, professeur
à l'ENA et au Collège interarmées de défense, Gérard Chaliand a été directeur
du Centre européen d'étude des conflits. Il publiera dans quelques semaines
un livre d'entretiens avec Jean Lacouture, Voyage dans le demi-siècle
(Complexe).
Gérard Chaliand a aussi signé la post face des Actes du
Colloque du CDCA "L'Actualité du Génocide des Arméniens".
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