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Le président Kotcharian, grand favori à sa propre succession en Arménie
14/02/2003

Le président sortant Robert Kotcharian apparaît comme le grand favori de la présidentielle de mercredi en Arménie, la population de cette ex-république soviétique du Caucase semblant rechercher une certaine stabilité après dix années de crise économique et politique.

M. Kotcharian est crédité de 21% à 46% des intentions de vote alors qu'aucun de ses huit adversaires n'atteindra la barre des 10%, selon la quasi-totalité des sondages qui laissent cependant prévoir un second tour le 5 mars.

Les analystes considèrent que seule une alliance de dernière minute dans les rangs de l'opposition pourrait mettre en danger le président sortant. "Tous les sondages montrent que M. Kotcharian sera vainqueur", a déclaré l'un des directeurs de campagne du président sortant, Vaag Mkrtchian, selon qui "la population a senti les résultats concrets du travail du président et veut que cela continue". "Ils voient en M. Kotcharian un véritable homme politique qui a mis le pays sur la voie de la croissance économique", selon lui. L'Arménie, peuplée de 3,2 millions de personnes en majorité chrétiennes, et bordée de la Turquie (ouest), de l'Iran (sud), de l'Azerbaïdjan (est) et de la Géorgie (nord), a connu une histoire agitée depuis son indépendance en 1991 à l'effondrement de l'URSS.

De 1988 à 1994, une guerre contre l'Azerbaïdjan au sujet du Nagorny-Karabakh, a fait plus de 20.000 morts et des centaines de milliers de réfugiés. Un cessez-le-feu a été signé en 1994, mais aucune solution diplomatique n'a été trouvée.

En 1999, des hommes armés ont fait irruption au Parlement, assassinant le président de l'assemblée Karen Demirtchian et le Premier ministre Vazguen Sarkissian.

Mais ces thèmes ont été largement éclipsés durant la campagne électorale, qui durera officiellement jusqu'au 17 février inclus, la population étant nettement plus intéressée par son niveau de vie.

Au cours de son premier mandat, M. Kotcharian a su mettre l'Arménie sur la voie d'une croissance économique stable et la population ne subit plus les incessantes coupures d'électricité et de gaz comme dans les années 1990.

Le salaire moyen en Arménie reste cependant très bas (50 dollars par mois), le pays a une importante dette extérieure (870 millions de dollars), le chômage atteint 9% de la population active et le taux d'émigration est l'un des plus importants de l'ex-URSS, 800.000 Arméniens ayant quitté le pays depuis son indépendance, selon les chiffres officiels.

"Je vais voter pour Kotcharian car il a une personnalité plus forte, il ne perd pas la tête en temps de crise et il fait ce qu'il dit", affirme Arman Aïrapetian, étudiant à Erevan.

M. Kotcharian, 49 ans, était l'un des chefs des indépendantistes du Karabakh avant d'être nommé Premier ministre en 1997 sous la présidence de Levon Ter Petrossian. Il est ensuite devenu chef de l'Etat par intérim à la démission
de M. Ter Petrossian en 1998, avant d'être élu président la même année avec 59,5% des voix au second tour.

Il est soutenu par l'armée et une dizaine de partis politiques dont le Parti républicain, majoritaire au Parlement. Le politologue Mguer Chakhgueldian considère en outre que le nombre élevé de candidats "joue en la faveur de M. Kotcharian".

Deux candidats seulement semblent en mesure de représenter une réelle menace, selon les experts. Il s'agit d'Artaches Guegamian, un ancien apparatchik communiste de 53 ans, et de Stepan Demirtchian, 43 ans, fils de l'ancien président du Parlement qui était le principal rival politique de M. Kotcharian jusqu'à son assassinat en 1999.