La Commission européenne recommande l'entrée de 10 nouveaux pays dans l'UE pour 2004
10/10/2002

La Commission européenne a déclaré mercredi 10 pays candidats bientôt prêts à rejoindre l'Union européenne et a recommandé leur adhésion pour 2004, ce qui fera passer l'UE de 15 à 25 membres. En revanche, la Turquie devra encore patienter.

Parmi les 10 pays déclarés aptes pour 2004 figurent huit pays d'Europe orientale (Estonie, Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovénie, Lettonie, Lituanie et Slovaquie), ainsi que Chypre et Malte.

Certes l'intégration reviendra cher, a reconnu le président de l'exécutif, Romano Prodi, devant les parlementaires européens, mais "le coût de l'élargissement n'est rien comparé à ce que cela coûterait de ne pas élargir (...) Nous allons créer le plus grand marché unique du monde". "Le projet historique d'unification de notre continent pour assurer la paix, la stabilité et la démocratie en Europe est à notre portée", a-t-il ajouté.

Les invitations à la table des Quinze devraient être lancées à la mi-décembre au sommet européen de Copenhague (Danemark), laissant deux ans aux législatures des pays membres de l'UE et des pays candidats ainsi qu'au Parlement européen pour ratifier les traités d'accession de Malte, de Chypre, d'Estonie, de Hongrie, de Pologne, de République tchèque, de Slovénie, de Lettonie, de Lituanie et de Slovaquie. Bruxelles estime que ces pays devraient être prêts pour 2004.

En revanche, la Roumanie et la Bulgarie, qui ont également entamé les négociations, ne seront pas de la première vague et devront patienter jusqu'en 2007, comme elles l'ont prévu.

En ce qui concerne la Turquie, la Commission reste sourde aux appels de Washington à son intégration, les Etats-Unis considérant ce pays comme un allié musulman loyal et stratégiquement important dans la guerre contre le terrorisme. L'exécutif européen estime dans son rapport qu'Ankara a "accompli des progrès considérables" mais insuffisants au regard des principaux critères économiques et politiques de l'UE, ainsi que sur les droits de l'Homme.

Bruxelles suggère pour aider Ankara, qui a déposé sa première demande d'adhésion en 1987, de doubler l'aide de "pré-accession" que perçoit la Turquie, en l'élevant à 350 millions d'euros par an.

Avec l'élargissement à 25, l'UE sera confrontée à de nombreuses questions financières, dont celle des aides à l'agriculture (d'où la volonté de l'Allemagne, des Pays-Bas de la Suède et de la Grande-Bretagne de réformer la politique agricole commune -PAC-, qui représente la moitié du budget de 100 milliards d'euros de l'UE), celle d'un possible rejet de l'ouverture par les électeurs irlandais le 19 octobre prochain, ou celle des relations entre la Grèce et la Turquie au sujet de Chypre.

En cas d'échec des négociations de réconciliation menées sous l'égide des Nations unies, la Grèce, déjà membre des Quinze, exige, sous peine d'opposer son veto à l'élargissement, que la partie grecque de Chypre entre dans l'Union.

De son côté, Ankara menace d'annexer la partie turque de l'île, le nord, si celui-ci n'était pas admis dans l'UE, ce qui risquerait d'avoir de graves conséquences sur les relations entre la Grèce et la Turquie.

L'élargissement n'ira donc pas sans grincements de dents, même si ce n'est pas la première fois que l'Union européenne ouvre ses portes depuis le Traité de Rome de 1957 instituant la Communauté économique européenne (CEE) entre l'Allemagne, la France, l'Italie, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg.

En 1973, le Danemark, l'Irlande et la Grande-Bretagne rejoignaient l'union, suivis par la Grèce en 1981, l'Espagne et le Portugal en 1986 et l'Autriche, la Finlande et la Suède en 1995.

Les négociations d'adhésion à l'Union européenne portent sur les questions économiques, financières, politiques, commerciales et fiscales, et sur tout autre dossier dans lequel les candidats doivent se mettre au diapason des règlements et législation européens.

Pour protéger l'Europe occidentale d'un soudain afflux d'importations à bas prix à l'occasion de l'entrée des dix nouveaux, la Commission propose une "clause de sauvegarde" de deux ans maximum, concernant le marché intérieur, y compris la sécurité alimentaire, mais aussi la justice et les affaires intérieures.

L'élargissement de l'UE à l'Est, à Chypre et à Malte est parallèle à celui de l'OTAN, qui invitera la Slovénie, la Lettonie, la Lituanie, l'Estonie, la Slovaquie, la Roumanie et la Bulgarie à rejoindre l'Alliance atlantique en novembre.